Si le projet de mettre fin au changement d'heure à l'échelle européenne est bien enclenché, il est pour l'instant au point mort, entre les désaccords sur les modalités entre les pays de l'Union et la crise sanitaire.

Changement d'heure sur les horloges historiques du Château de Versailles. Image d'illustration.
Changement d'heure sur les horloges historiques du Château de Versailles. Image d'illustration. © AFP / Thomas Coex

La France passe ce week-end à l'heure d'hiver, un changement controversé auquel l'Union européenne a décidé de mettre fin... mais pas avant 2021 au mieux. "À trois heures du matin dans la nuit de samedi à dimanche, il sera en fait deux heures", selon la formule consacrée. Et les horloges reculeront de 60 minutes : on dormira donc (théoriquement) "une heure de plus", une heure de plus de couvre-feu pour des dizaines de millions de Français. 

Mais ce changement semestriel d'heure (passage à l'heure d'hiver le dernier dimanche d'octobre, à l'heure d'été le dernier dimanche de mars) est très contesté pour son effet sur les rythmes biologiques, notamment par des médecins ou des parents d'enfants en âge scolaire. 

Suppression proposée en... 2019

Au niveau européen, où le régime du changement d'heure a été harmonisé en 1980 - justifié à l'époque par des économies d'énergie, dont la réalité est discutée - la Commission européenne a proposé en septembre 2018 de le supprimer... en 2019. Mais finalement, le Parlement européen a voté en mars 2019 un report à 2021. Depuis, la crise de la Covid-19 est passée par là, et le dossier est en suspens. Il s'agit notamment d'inciter les pays à harmoniser leur choix d'heure légale, afin d'éviter d'aboutir à un patchwork de fuseaux horaires entre voisins. 

Le projet de suppression du changement d'heure est "complètement bloqué au niveau du Conseil des ministres" de l'Union européenne, confirmait Patrick Martin-Genier, enseignant à Sciences Po-Paris, spécialiste des questions européennes, interrogé par franceinfo samedi

"On est encore loin d'être d'accord sur la solution. Le Parlement européen a retardé l'échéance de 2019 à 2021."

"Au final, personne n'est d'accord sur les modalités et, par exemple, certains pays préfèrent l'horaire d'été, d'autres l'horaire d'hiver."

Aujourd'hui "il y a deux heures maximum d'écart, trois fuseaux horaires. Mais demain, nous pourrions avoir trois heures d'écart et encore plus de fuseaux horaires", faute d'arriver à un accord, souligne Patrick Martin-Genier. Mais il faut trouver "une solution qui donne satisfaction à la plupart des pays européens en concertation, car on ne pourrait pas se permettre une division en termes de fuseaux horaires pour l'organisation économique pour l'organisation de la société".

En France, l'heure d'été est la préférée

En France, une consultation en ligne organisée en février par la commission des Affaires européennes de l'Assemblée nationale avait reçu plus de deux millions de réponses, massivement (83,74 %) en faveur de la fin du changement d'heure. Plus de 60 % des personnes ayant participé assuraient avoir eu "une expérience négative ou très négative". Quant à l'heure à laquelle rester tout l'année, c'est celle d'été qui a eu la préférence de 59 % des participants. 

Particularité méconnue de l'actuel système : il ne concerne pas les territoires d'Outre-mer, qui ne changent jamais d'heure (à l'exception de Saint-Pierre et Miquelon, qui se cale sur le Canada voisin). En effet, la plupart d'entre eux se trouvent sous des latitudes où les écarts d'ensoleillement sont faibles au long de l'année, contrairement à l'Europe.