Quels sont les signes qu’un changement de vie s’impose ? Quelles sont les précautions à prendre avant de se lancer ? Comment s’y prendre pour que l’expérience ne se transforme pas en cauchemar ? Voici quelques conseils et solutions pratiques…

Changer de vie, mode d'emploi
Changer de vie, mode d'emploi © Getty / Hero Images

Charles Bukowski : 

A mon avis, c’est ça qui déglingue les gens, c’est de ne pas changer de vie assez souvent. 

Le changement de vie n’est pas seulement un effet de mode, qui ne concerneraient que les cadres en quête de sens : d'après un sondage Opinionway, sept Français sur dix rêvent de changer de vie. Dans son émission Grand Bien vous fasse, Ali Rebeihi et ses invités Philippe Gabilliet, professeur de psychologie et de management à l'ESCP Europe et Lomig Guillo, journaliste à Management, proposent conseils et solutions sur le sujet.

Peut-on changer de vie ?

Changer sa vie est impossible : on en n’a qu’une. En revanche, on peut changer sa situation professionnelle, ses relations sociales, son lieu de vie, sa religion des éléments de son corps...

Et c’est important de faire ces modifications quand on sent que cela devient nécessaire. Philippe Gabilliet cite les propos d’une infirmière en soins palliatifs qui avait interrogé ses patients proches de la mort sur leurs  grands regrets. Parmi eux, figurait toujours : "J’aurais souhaité avoir le courage de vivre la vie que je voulais, et non pas celle que les autres attendaient de moi". Souvent dans le changement de vie, ce n'est pas la peur de rater sa vie qui motive les gens, mais plutôt le regret de passer à côté de quelque chose, de passer à côté de ce pour quoi on est vraiment fait.

Le changement de vie, c’est pour quand ? 

Quand on s’ennuie. Aujourd’hui on parle même de « bore-out », d’épuisement par l’ennui. Si on s’ennuie dans son travail, si on n’a plus goût à faire ce que l’on fait, c’est qu’il est temps de changer quelque chose. On peut se poser cette première question : « est-ce que si je change deux ou trois choses du quotidien, ça peut changer mon rapport au travail, me redonner un peu d’envie ? » 

Le témoignage de Jean-Benoît, auditeur, ex-ingénieur devenu oliveron : 

Parti jeune aux Etats-Unis pour développer une machine, tout allait très bien. Suite à un burn-out, j’ai changé de voie. J’avais toujours eu ce rêve de travailler les oliviers… Il faut changer pour une bonne raison, avoir des passions et penser à soi. 

L’environnement dans lequel vous êtes, les personnes autour de vous, les rythmes, vous conviennent-ils ? Si vous arrivez à changer en même temps : un lieu, un mode de relation avec quelqu’un et un rythme, on est sur la bonne voie.

Interrogez les motivations réelles et profondes de votre désir de changement

Pour cela, il faut se poser les bonnes questions pour connaître "pourquoi" et "pour quoi" vous voulez changer. 

Le pourquoi : c’est le rapport au passé. Vous avez une insatisfaction par rapport à quoi ? Au travail ? Aux autres ? Avec vous-même ? 

Et le pour quoi ? Pour un rêve alternatif ? Il faut avoir une illusion motrice, un rêve déraisonnable (mais à suivre avec modération). Il faut aussi se poser la question du "contre quoi ?"

Imaginez-vous si vous ne changiez rien. Pouvez-vous apprendre à aimer ce que vous avez, et réussir à appliquer la philosophie stoïcienne ? 

Quels sacrifice êtes-vous prêt à faire ?  C’est la question centrale parce que le premier frein au changement de vie, ce sont les liens que nous tissons et les engagements que nous prenons vis-à-vis d’autrui, et en plus de gens qu’on aime. On les aime, on tient à leur estime… On appelle ça des "engagements concurrents cachés". C’est ce qui va nous empêcher, nous ralentir, ou nous faire procrastiner : "Je vais attendre que les enfants soient partis, d’être à la retraite, d’avoir vendu mon entreprise…" Ces freins intérieurs sont dits "positifs", ils partent d’un bon sentiment. 

S'interroger : qu’est-ce que vous ne voulez pas changer ? Qu’est ce qui restera dans votre nouvelle vie ? Votre socle ? Votre camp de base ? C’est important parce que les réponses seront peut-être ce qui nous empêchera de faire du mal aux autres. 

Être dans le concret. Qu’est-ce que vous pouvez changer à partir de demain matin ? Parce que le changement de vie on ne peut pas que le penser, c’est quelque chose que l’on fait… ou pas. Être dans le présent signifie aussi être attentif à ce qu’il se passe ici et maintenant. Si vous écoutez ce que vous dit le réel, vous allez limiter les échecs.

Réduire l’écart entre le fantasme et la réalité. Si par exemple vous songez à vous reconvertir dans la boulangerie : ne restez pas sur l’image fantasmée que vous en avez et confrontez-vous à la réalité du métier en passant quelques temps avec un professionnel… 

Un nouveau métier, ça s’apprend. Pour cela, on se forme : changer de métier ne s’improvise pas. Surtout lorsque l’on passe d’un métier intellectuel à un métier manuel. Les fédérations d’artisans proposent souvent des formations. Pour eux, c’est une question primordiale : un tiers des projets dans l’artisanat sont portés par des reconvertis

C’est encore mieux à plusieurs. Changer de vie est une démarche qui peut être longue, fatigante. C’est bien d’avoir un soutien. Et se poser la question du « Avec qui ? » Avec des gens que vous connaissez aujourd’hui ou des nouveaux que vous ne connaissez pas peut avoir des conséquences importantes.

Se donner le droit à l’erreur. Nos ancêtres faisaient toute leur vie dans un rayon de 30 km. C’était un monde ou l’information était rare, où les connaissances étaient chères, où voyager pouvait être dangereux. Aujourd’hui, on a plein de possibilités. Donc on a le droit d’essayer, et… de rater, et on peut revenir où on était. 

En matière de changement de vie, on a tous les droits, la seule limite : le respect des gens autour de nous, il ne faut pas faire souffrir les gens autour….

Ce qu’on évite de faire pour que cela ne se transforme pas en cauchemar :

Il peut y avoir des changements de vie pour de mauvaises raisons : si vous pensez qu’en changeant votre lieu de vie, vous allez changer votre "logiciel"… Par exemple, votre manque de générosité, votre incapacité à décider… Croire qu’en changeant à l’extérieur vous allez changer à l’intérieur… 

Croire qu’on va repartir de zéro. Repartir de zéro a un côté "ardoise magique" : cela peut faire penser qu’on peut effacer ce qu’il y a eu avant. On ne repart jamais complètement de rien, on part avec un bagage. Imaginer qu’on va laisser tous ses problème derrière soi est un des écueils dans la réussite de changement de vie. On peut pivoter légèrement.

Se méfier de la pression sociétale du changement de vie obligatoire. Conséquence collatérale de l’injonction au bonheur, notre société favorise le "bougisme" avec l'injonction d'être flexible, d'être capable de se remettre en question tout le temps. Donc certains se disent : "si je suis malheureux là où je suis, si je change quelque chose souvent à l’extérieur de soi, je serais heureux". Mais on oublie que le meilleur changement sera en soi.

Savoir que nos illusions peuvent nous perdre. Penser : « J’ai trouvé un boulot idéal et ça ne peut que marcher… » Et non, ce n’est pas parce qu’un secteur est porteur, qu’il va nous plaire, et ce n’est pas parce qu’une partie du boulot nous plaît que l’ensemble va nous apporter une satisfaction. 

Croire qu'une passion débouche forcément sur un bon job. Ce n’est pas parce que vous aimez les fleurs que vous ferez un bon fleuriste. 

Aller plus loin 

ECOUTER | Grand bien vous fasseconsacré au changement de vie 

ECOUTER | Ça va pas la tête : changement de vie : ne vous faîtes pas trop d'illusions

ECOUTER | Christophe André : un changement réussi, ça se passe, aussi, dans la tête !

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.