Photographe, vidéaste, réalisatrice, cette jeune prodige belge et touche à tout, fait le point sur le corps des femmes et les injonctions qui pèsent sur lui.

Dans le magasin Citadium, boulevard Haussmann, "Le Petit Manuel Sexeducation" de Charlotte Abramow est donné gratuitement au sein de son espace Pop Up Store en janvier 2020
Dans le magasin Citadium, boulevard Haussmann, "Le Petit Manuel Sexeducation" de Charlotte Abramow est donné gratuitement au sein de son espace Pop Up Store en janvier 2020 © AFP / Lola Loubet / Hans Lucas

Le premier geste qu’elle fait au réveil ? « Vérifier qu’on est dans la réalité et pas dans un rêve ».  C’est pourtant une paire d’yeux bien écarquillés que la photographe pose sur l’époque et ses pudeurs imbéciles. Instagram interdit le moindre téton (féminin) qui dépasse ? Pas grave, elle y poste quand même les clichés issus de sa série « The Real Boobs » avec les petits rectangles noirs bien apposés sur chaque téton, pile à la taille et l’éventuelle asymétrie de chacun. L’absurdité de la censure n’en est que mieux révélée. Le corps, tout entier, à prendre ou laisser, avec ses creux, ses zones humides, ses lignes certainement pas droites, semble être le leitmotiv d’un travail amorcé toute petite. Quand d’autres (y compris l’autrice de ce portrait) en sont encore à coller des gommettes de traviole dans leur cahier de texte, Charlotte Abramow est adoubée par le photographe Paolo Roversi à 16 ans, lors d’un atelier de photo aux Rencontres d’Arles. Quelques années plus tard, elle toque à la porte du « Elle Belgique » pour proposer, une série de photos présenté un mannequin présentant les mains pleines de frites. L’une d’elle fera la une. Le titre, quelques centimètres à peine et flottant au dessus du papier gras du cornet de patates, et qui annonce neuf recettes light en pages intérieures ne manquent pas de piquant. Tout comme celui qui célèbre les Belges qui s’exportent à paris et ailleurs. Et dont elle fait désormais partie. Les fameux Belges-qui-cartonnent-en-France mais supplément féminisme

Une envie de montrer les femmes qu’elle fait remonter à 2014, notamment avec « Claudette ». 

Femme de 74 ans dont elle photographie le corps nu, « tel qu’il est, âgé, qui a traversé une vie, un corps qu’on n’a pas l’habitude de voir ». 

Le corps féminin dans ses mutations, son ballottement au gré des représentations et injonctions qui pèsent sur lui, est aussi donné à voir dans « Metamorphosis », série sur la puberté des femmes. A mille lieux évidemment des clichetons sur les jeunes filles en fleurs. La référence à la botanique n’est là que pour souligner les bouleversements de l’adolescence et les sensations d’enfermement d’un corps trop étriqué pour tout ce qui s’y trame : pommes pleines de chardons, et utérus éparpillé façon pétales. 

Le passage à la vidéo, déjà entamé par la réalisation des deux premiers clips de la chanteuse Angèle, est lui aussi entaillé par les grands ciseaux de la censure d’un internet censé être le berceau pourtant d’une nouvelle forme de militantisme. 

A l’occasion de la journée internationale des droits des femme cru 2018, Charlotte Abramow signe une vidéo sur le féminin pluriel

« Fan de Radio Nostalgie » elle revisite le poème écrit par Antoine Pol et mis en musique en 72 par Georges Brassens. Elle imagine la vidéo comme « un poème visuel,  Une ode aux femmes, à leur liberté et à leur diversité. À tous types de corps, tous types de métiers. Montrer qu’il ne doit pas y avoir de barrière pour la femme, un être humain avant tout. ». 

Tout court peut-être mais trop explicite pour la plateforme Youtube, qui juge « les représentations métaphoriques de vulves » pas assez allégoriques et trop « offensantes » et en interdit donc l’accès aux moins de 18 ans. Lesquelles vulves étaient évoquées par des épluchures de carottes et un peu de peinture rouge sur un pantalon blanc. Charlotte 1. Youtube 0. La plateforme rétablit l’accès à tous, en raison de la vague de protestation. 

Et accueille, le 15 avril 2019, et sans renâcler, le clip qu’elle réalise pour le titre « Balance ton quoi » de la chanteuse Angèle. Près de 70 millions de vues au compteur et immédiatement salué pour son humour et l’interlude fictionnel calé en plein milieu qui tape dans le mille du sujet du consentement. « Représenter les femmes ne devrait pas être un combat politique » juge la photographe et vidéaste, qui en fait plus que jamais un combat esthétique. La-Belge-qui-cartonne-en-France s’exporte aussi aux USA qui l’accueille, à la galerie Richard Taittinger à New York, dans le cadre de l’exposition collective « The Female Lens », dédiée au « female gaze », et pour laquelle elle  dévoile « this is not consent ».

Du nom du hashtag lancé par des internautes irlandaises après qu’une avocate a invoqué le string que portait la plaignante dans un procès pour viol sur mineure. L’accusé a été acquitté. Charlotte Abramow dégaine cette photo de fesses dans une culotte en dentelle et entourées de gaze. 

Ce mouvement, c'était une sorte de doigt d'honneur digital au sexisme et une façon de dire 'nous avons le droit de porter les vêtements qui nous mettent en valeur, ce n'est pas pour autant que cela autorise à nous violer'. J'ai trouvé ça très fort et j'ai voulu apporter ma contribution. 

Pas étonnant que Netflix la sollicite pour compléter la seconde saison de sa série phénomène « Sex education ». Avec les activistes féministes et sexpostives @metauxlourds et @opheliesecq, et l’artiste @lisavillaret, elle publie « 64 pages pour parler de cul sans tabous et pour aborder les bases d’une sexualité plus épanouie » à destination des adolescents. Un petit manuel d’éducation sexuelle ni bégueule ni cucul. Culottée, on vous dit. 

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►►► 🎧  ECOUTER | Charlotte Abramov invitée de Popopop

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