Dans le Parc national des Cévennes, les chasseurs testent des munitions sans plomb. Un métal qui est une source de contamination insoupçonnée. Un risque pour l'environnement mais aussi pour la santé de ceux qui consomment le gibier. Les humains, mais aussi les rapaces qui mangent les carcasses.

Le gypaète barbu, le plus grand rapace d'Europe avec une envergure de près de trois mètres
Le gypaète barbu, le plus grand rapace d'Europe avec une envergure de près de trois mètres © Maxppp / Eric BALEDENT

"Alors voilà, les munitions pour carabine." Bernard Boutin, retraité, fait partie de la cinquantaine de chasseurs de Lozère qui ont accepté de tester des munitions sans plomb pour le gros gibier : "Le parc finance une partie des achats de balles en cuivre ou en zinc. Ce sont des alliages qui sont beaucoup plus durs. J’ai tiré ces balles-la l'année dernière, j'ai tué sept sanglier et deux cerfs avec, et il y a aucun problème. Les balles sans plomb sont très efficaces. Nous on mange notre gibier et forcément on n'a pas envie de se retrouver avec du plomb dans le gibier et de l'ingérer."

Un risque pour les chasseurs, mais aussi pour les vautours, espèce protégée qui mange les carcasses

L'opération munitions sans plomb est menée dans le cadre d'un programme de réintroduction du gypaète barbu, "Life Gypconnect" financé par le programme "Life" de l’Union européenne. Le plus grand vautour d'Europe fait jusqu'à trois mètres d'envergure.

Hervé Picq garde moniteur National des Cévennes : "Plusieurs études ont montré que les espèces nécrophages et l'ensemble des vautours qui sont un petit peu en bout de chaîne alimentaire accumulaient du plomb - c'est le saturnisme - donc ça va entraîner des soucis au niveau de l'individu avec une accumulation un peu plus importante et directement la mort au bout de quelques années."

Pas question de compromettre les chances de survie du gypaète barbu qui fait un retour timide dans le massif central :  "Depuis 2012 il doit y avoir une petite quinzaine d'individus qui ont été lâchés et actuellement il y a trois individus sur le secteur. Les autres sont où partis ou morts, par accident ou par divers soucis, donc actuellement on a trois oiseaux ici."

Le frein pour les chasseurs c'est la force de l'habitude mais c'est aussi le prix exorbitant des munitions sans plomb. Bernard Boutin : "J'ai des balles à plomb à 1 euro et celles-la on nous en a financé une partie, mais elles sont trois ou quatre fois plus chères, donc c'est pas gagné encore que tout le monde s'y mette, il faudrait qu'un effort soit fait au niveau des tarifs."

En Europe, plus de 30 000 tonnes de plomb sont dispersés dans les écosystèmes par la chasse et le tir sportif d'après une étude récente de l'Agence européenne des produits chimiques. 

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.