Le Secours Catholique livre son rapport 2020 sur l'état de la pauvreté en France. Une nouvelle fois, l'association alerte sur les effets dévastateurs que la crise sanitaire entraîne sur les couches les plus pauvres de la population.

Distribution alimentaire du Secours Catholique à Toulouse lors du premier confinement, avril 2020
Distribution alimentaire du Secours Catholique à Toulouse lors du premier confinement, avril 2020 © AFP / Lionel BONAVENTURE

Le Secours Catholique vient de livrer ce jeudi son "État de la pauvreté en France", et les chiffres de ce rapport sont évidemment alarmants, encore davantage à la lumière de la crise sanitaire.

Sur l'ensemble des cas étudiés*, 67% se trouvent désormais sous le seuil d'extrême pauvreté (estimé à 716 euros par mois en 2019). Et "23% des ménages ne percevaient même aucune ressource, c’est 8 points de plus qu’en 2010" explique le rapport.

Sur ces mêmes ressources chez les ménages pauvres, le Secours Catholique explique qu'en 10 ans, leur niveau n'a pas vraiment varié, (avec un montant médian de 1037€ en 2019), contrairement au coût de la vie, qui, lui, a bondi : "Structurellement, depuis le début du quinquennat, le pouvoir d’achat de la majorité des Français s’est légèrement accru (...) mais les 10 % les plus pauvres, eux, se sont encore appauvris." 

"Le 'reste pour vivre' est devenu 'reste pour survivre'" 

En 2019, le niveau de vie médian de l’ensemble des ménages rencontrés au Secours Catholique baisse également de 5€ par rapport à 2018 (en euros constants) : il atteint ainsi 537€, un chiffre de nouveau très en dessous de ce seuil d’extrême pauvreté.

Le revenu médian disponible de ces mêmes familles (salaires + aides) s'élève à 1037 euros, sans les factures (logement, eau, électricité, prêt immobilier : soit près de 60% des ressources). Ainsi l'organisation fait la différence entre 'pouvoir d'achat mesuré' face au pouvoir d'achat 'ressenti' : de cette manière, le niveau de pauvreté extrême augmente de 27 points.

"La moitié des ménages qui contactent le Secours Catholique vit avec 2 à 9 € par jour et par personne. Pour un quart d'entre eux, le chiffre passe sous les 4 euros."

La pauvreté :  choisir entre se chauffer et se nourrir

L'étude met aussi en lumière "les privations quotidiennes et les arbitrages impossibles auxquels sont confrontées les personnes en situation de pauvreté : chauffer le logement ou se nourrir, acheter un habit pour la rentrée ou payer la facture d’électricité". Ainsi, pour 4 de ces ménages sur 10, il est impossible d'assurer les dépenses alimentaires :  "Le 'reste pour vivre' se transforme en 'reste pour survivre' " notent les auteurs de ce rapport. Les plus fragiles sont les familles, les parents isolés, les personnes seules, les étrangers.

Coté logement, près d’un ménage sur trois accueilli au Secours Catholique en 2019 n’avait pas accès à un logement stable, c’est 10 points de plus qu’en 2010. Moins que l'augmentation des loyers, c'est surtout la hausse conséquente des factures (prix de l'eau, de l'électricité et du gaz) qui plombent les comptes.

Plus de familles, plus d'étrangers, plus d'urbains 

Les différents profils de cette population fragilisée sont connus : des familles avec enfants, mais aussi des parents isolés ("La part des mères isolées reste trois fois plus importante dans les accueils du Secours Catholique que dans la population générale"), des seniors ("Les plus de 60 ans représentent désormais 15% des adultes français accueillis"), des étrangers ("Près d’un adulte accueilli sur deux (49%), soit une augmentation de 2 points par rapport à 2018"), parmi lesquels de plus en plus de femmes. Et les plus fragiles se trouvent dans les grandes villes : même si la pauvreté est présente sur tout le territoire, le rapport note que le niveau de vie est encore plus faible en milieu urbain.

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Appel pour un revenu minimum garanti

Face à ce phénomène, le Secours Catholique, par la voix de sa présidente Véronique Fayet, réitère sa demande au gouvernement, appel déjà lancé cet été sur l'antenne de France Inter, de relever les minimas sociaux et de mettre en place un revenu minimum garanti pour les foyers les plus pauvres : une somme qui serait "portée à 50% du niveau de vie médian, soit 893€", accessible aux jeunes majeurs dès 18 ans et aux étrangers dès l’obtention de leur titre de séjour, et qui prendrait ainsi la place du "pilier manquant de notre système de sécurité sociale".

*L'étude résulte de l’observation sur l'ensemble du territoire national de plus de 55 400 situations (sur les 1 393 000 personnes accueillies en 2019 par l'organisation).