Après la découverte des tags négationnistes à l'entrée des ruines du village martyr d'Oradour-sur-Glane en Haute-Vienne, les réactions d'indignation sont nombreuses.

Une bache recouvre les tags inscrits sur le mur d'enceinte du Centre de la mémoire d'Oradour sur Glane
Une bache recouvre les tags inscrits sur le mur d'enceinte du Centre de la mémoire d'Oradour sur Glane © Maxppp / Stéphane Lefèvre / Le Populaire du Centre

Après la découverte des tags négationnistes à l'entrée des ruines du village martyr d'Oradour-sur-Glane en Haute-Vienne, les réactions d'indignation sont nombreuses. Le mot "menteur" a été peint pour remplacer le mot martyr barré. Les noms inscrits sur le mur d'enceinte font référence à Robert Faurisson et à un militant négationniste, Vincent Reynouard, auteur d' un livre intitulé "Le Massacre d'Oradour. Un demi-siècle de mise en scène" qui prétend innocenter les Waffen SS du massacre d'Oradour. 

Pour Valérie Igounet, historienne et spécialiste du négationnisme, cet acte est le signe que  "le négationnisme s'étend, au-delà de la question des chambres à gaz". 

Une plainte a été déposée samedi matin, a fait savoir Fabrice Escure, président du centre de mémoire et une enquête est en cours. Elle pourra s'appuyer sur des caméras de surveillance. Fabrice Escure a souligné l'émoi provoqué dans les familles des victimes du massacres. 

Le chef de l'Etat "condamne avec la plus grande fermeté cet acte inqualifiable. Il apporte tout son soutien au maire et à la commune. Il leur assure que tout sera fait pour que les auteurs de cet acte soient traduits en justice", a communiqué l'Elysée.  "Souiller ce lieu de recueillement, c'est aussi salir la mémoire de nos martyrs", a regretté le Premier ministre Jean Castex qui a dit "sa colère" quand il a appris la nouvelle.

"Qu'on barre le mot martyr, qu'on mette menteur et le nom d'un révisionniste à la place, vous comprenez que nous sommes choqués", a dit le maire d'Oradour-sur-Glane, Philippe Lacroix.

"Ça provoque aussi beaucoup d'inquiétude pour l'avenir, je ne vous le cache pas", a dit le maire à France Inter.

Le ministre délégué aux Transports Jean-Baptiste Djebbari, ancien député de la deuxième circonscription de Haute-Vienne, devait se rendre sur place en fin d'après-midi. Dans un tweet au préalable, il a écrit "honte à ceux qui ont souillé  le village martyr" et dit "merci à tous les engagés qui font vivre ce lieu de mémoire". 

Si des vidéos négationnistes ont déjà circulé concernant Oradour-sur-Glane, de telles inscriptions n'avaient jamais été vues, selon les autorités locales.  "Il y a toujours une tentation de revisiter l'histoire", mais "les tags révisionnistes, ça n'a jamais été le cas", a fait savoir le maire. "Ce coup-ci, on a l'impression d'avoir franchi un cran", a déploré de son côté le président du centre de la mémoire.  "Ce qui est agréable pour nous est de recevoir des messages de soutien de partout, ça montre que le devoir de mémoire est ancré", a toutefois poursuivi Fabrice Escure.

"Il y a toujours une tentation de revisiter l'histoire mais les tags révisionnistes, ça n'a jamais été le cas"

Les réactions de la classe politique étaient unanimes samedi. Le chef de file de La France insoumise Jean-Luc Mélenchon se disait "écœuré par la profanation". "Ni oubli ni pardon", ajoute-t-il sur Twitter, pour faire écho à une autre devise qui s'inscrit sur le centre de mémoire, "Ni haine ni oubli". 

Le secrétaire national du Parti communiste Fabien Roussel était "indigné et révulsé". "Le négationnisme est une barbarie autant que l'a été celle du nazisme." Dans un tweet le compte du PCF cite Berthold Brecht dans La résistible ascencion d'Arturo Ui  et écrit : "Le ventre est encore fécond d'où a surgi la bête immonde." 

"Cela doit nous encourager à entretenir la mémoire de ce lieu et de son histoire avant d'autant plus de force"

Le président socialiste de Nouvelle-Aquitaine, Alain Rousset, parle d'actes "indignes et lâches" dans un communiqué de presse. "Cela doit nous encourager à entretenir la mémoire de ce lieu et de son histoire avant d'autant plus de force" poursuit-il.

A droite, le député LR Eric Ciotti appelle "à ne pas banaliser de tels actes et à renforcer la transmission de cette mémoire", sur Twitter.  A l'extrême-droite, pour Marine Le Pen, "il serait temps de mettre un bon coup de vis pour stopper cette recrudescence d'actes qui heurtent profondément".

Pour la Licra,  ligue internationale contre le racisme et l'antismétisme, "les négationnistes sont des lâches en plus d’être des faussaires. La justice devra passer sur ces profanateurs anonymes."

Le centre de la mémoire, qui explique aux visiteurs des ruines du village martyr - environ 300.000 personnes chaque année - le contexte du massacre, est resté ouvert. Le 10 juin 1944, les Allemands avaient rassemblé les hommes dans les granges du village et les avaient fusillés et regroupé femmes et enfants dans l'église avant d'y mettre le feu. De nombreuses personnes ont partagé sur Twitter notamment le témoignage d'un des rares rescapés du massacre, Marcel Darthout.

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