Devant les sénateurs, le ministre de l'Intérieur s'est engagé à ce que "chaque excès" de la part des forces de l'ordre "fasse l'objet d'une enquête, d'une décision, d'une sanction". Il a également défendu l'image des policiers et gendarmes, largement plus positive qu'on ne le pense. Mais sa source est contestable.

Christope Castaner devant le Sénat en novembre 2019
Christope Castaner devant le Sénat en novembre 2019 © AFP / Daniel Pier / NurPhoto

C'est un Christophe Castaner combattif qui a répondu au sénateur RDSE Olivier Léonhardt, au lendemain d'une vaste manifestation de soutien à la famille d'Adama Traoré et contre les violences policières et dans un contexte de dénonciation du racisme, y compris au sein des forces de l'ordre. Le ministre de l'Intérieur a estimé que le meilleur moyen de "défendre cette police républicaine", c'est d'être "particulièrement exigeant" avec elle : "Faire en sorte que chaque faute, et il peut y en avoir, chaque excès, chaque mot, y compris des expressions racistes, _fasse l'objet d'une enquête, d'une décision, d'une sanction._"

Il cite ainsi des cas de sanctions bien réelles à l'encontre de policiers, comme la condamnation de certains à quatre mois de prison, citée par le Défenseur des droits dans un récent rapport, ou d'autres policiers à 40 mois de prison à Marseille.

"85,3 % d'opinions très positives" de la police et la gendarmerie

Pour conclure, Christophe Castaner a tenté de démontrer que contrairement à certaines idées reçues, police et gendarmerie n'avaient rien perdu de leur place dans le cœur des Français. "Je nous renvoie non pas aux commentaires mais à la réalité d'analyses sérieuses : récemment l'Université du Mont-Blanc a travaillé sur le rapport entre les citoyens et la police."

"48.134 personnes ont été interrogées dans ce cadre-là, et 85,3 % d'entre eux ont une opinion très positive de la police nationale et de la gendarmerie."

Le ministre de l'Intérieur en concluait que "c'est aussi cela, la réalité. Ce ne sont pas les commentaires médiatiques, et la réalité, elle ne se fait pas sur les réseaux sociaux."

Pourquoi c'est assez bancal

L'Université Savoie Mont Blanc a effectivement mené une telle enquête, nommée "EQP19", au sein de son laboratoire Langages, Littératures, Sociétés, Études Transfrontalières et Internationales (en coopération, d'ailleurs, avec le ministère de l'Intérieur et l'École Nationale Supérieure de la Police). C'est la deuxième année consécutive qu'il l'organise, mais la première fois qu'elle prend une telle ampleur : près de 50.000 personnes ont accepté de faire partie du panel.

"Accepté", car ce panel a été constitué sur la base du volontariat, suite à une campagne "de plusieurs milliers d'affiches", comportant une adresse internet où s'inscrire pour répondre à plusieurs questions, et un QR code pour accéder à cette même adresse depuis son smartphone. Toutes les réponses étaient anonymes.

Cela pose un réel problème de représentativité : n'ont répondu que des personnes qui ont vu les affiches, et qui souhaitaient le faire, sans représentativité particulière comme peut par exemple le faire un sondage, qui va essayer d'avoir un échantillon ressemblant à la population dans sa diversité.

Le panel est certes large, mais au final ce ne sont pas ces 50.000 personnes qui ont répondu : dans sa première analyse des résultats, rendue début 2020, l'université assurait avoir recueilli 12.000 réponses. C'est parmi ces réponses qu'on trouve, effectivement, les 85,3 % d'opinions favorables évoquées par Christophe Castaner.

En comparant ces résultats à une étude soumise à des contraintes de représentativité (sexe, âge, profession etc.), le résultat est bien moins stratosphérique : l'IFOP, en janvier dernier, estimait ainsi que 60 % des personnes interrogées avaient une opinion positive de la police, et 38 % estimaient que les policiers sont inefficaces. Des chiffres qui s'étaient largement aggravés par rapport à l'étude précédente en août 2019 (-11 points d'opinions favorables, 9 points d'opinions défavorables).

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