Le sommet de la Vap' 2019 s'est tenu lundi 14 octobre à Paris. Scientifiques, professionnels de santé, commerçants et usagers ont échangé leur connaissance sur le vapotage. Une rencontre sereine, qui contraste avec l'inquiétude montante autour de la santé des usagers de la cigarette électronique.

La conférence dédiée à la e-cigarette a duré toute la journée dans un hôtel particulier du 7e arrondissement de Paris
La conférence dédiée à la e-cigarette a duré toute la journée dans un hôtel particulier du 7e arrondissement de Paris © Radio France / Simon Cardona

Près de 250 personnes ont tenu à se rendre, ce lundi, à cette troisième édition de ce sommet de la Vap'. Une conférence de 9 heures, dédiée à la cigarette électronique, dans un hôtel particulier du 7e arrondissement de Paris. Le but : dissiper les doutes sur une pratique de plus en plus contestée.

Un militantisme revendiqué 

Un rendez-vous militant ? "C'est un peu comme si vous alliez à un congrès de AIDS pour parler du sida, compare le Pr Bertrand Dautzenberg, pneumologue et coordinateur du premier rapport sur le vapotage pour le ministère de la Santé.

Pr Bertrand Dautzenberg, pneumologue et coordinateur du premier rapport sur le vapotage pour le ministère de la Santé.
Pr Bertrand Dautzenberg, pneumologue et coordinateur du premier rapport sur le vapotage pour le ministère de la Santé. © AFP / XAVIER LEOTY

700 000 personnes ont arrêté la cigarette d'après Santé publique France. D'un autre côté : le tabac tue 75 000 personnes en France chaque année. Tout au long de la journée, les participants ont enchaîne ce type de comparaisons entre la cigarette classique et son alternative électronique. 

E-cigarette à la main, Sébastien Beziau est le vice-président de Sovape, association organisatrice du sommet qui promeut le vapotage pour lutter contre le tabagisme. "60% de la population française pense que vapoter au lieu de fumer c'est un risque égal, voire pire. Alors que la réalité scientifique montre que c'est moins dangereux. La perception des risques a énormément augmenté."

Un faux procès ?

Des craintes renforcés par l'annonce de 26 morts aux États-Unis liés au vapotage. Tandis que 1 299 cas de maladies pulmonaires sévères ont été recensés dans tout le pays. Un faux procès fait à la cigarette électronique, affirment les participants au sommet de la Vap' 2019. 

Du côté des professionnels de santé et de ceux qui vivent de la cigarette électronique, tout roule. "On n'a pas eu de questions inquiètes, remarque Antoine Deutsch, responsable projets au Département Prévention de l’Institut National du Cancer (INCa). 

"Les commerçants en vendent moins mais personne n'est inquiet parce que dans un ou deux ans, les études confirmeront que ça marche aussi bien que les meilleurs médicaments pour arrêter", confirme le professeur Dautzenberg. On ne sait pas tout, mais la fourchette d'ignorance sur la cigarette électronique est très étroite. Les incertitudes qu'on a sur le sujet sont infiniment moins grandes qu'il y a quatre ou cinq ans," assure-t-il.

L'Étude publiée par l'Organisation mondiale de la Santé (page 57) cet été n'a pas arrangé les choses. En qualifiant la cigarette électronique "d'incontestablement nocive", elle a provoqué l'ire d'une partie du monde médical français.

Le gouvernement, grand absent du sommet

Autre problème pour les défenseurs de la e-cigarette. La direction générale de la Santé (DGS) était présente aux deux premières éditions. Mais personne n'a voulu se déplacer cette année. "C'est difficile à expliquer, c'est d'ailleurs l'une des principales questions de ce sommet, regrette Sébastien Beziau. Le dialogue était pourtant ouvert il y a quelques années. Il y a des peurs, de la controverse. Aujourd'hui on est plus dans un déni, un silence alors qu'il faudrait justement en parler pour étouffer ces peurs."

D'autres participants parlent de frilosité et critiquent le silence du gouvernement. Contacté, le ministère de la Santé s'explique : ce dernier "ne peut pas affirmer que le vapotage est sans risque. D’une part, nous ne disposons d’aucune étude de ses effets à long terme. D’autre part, la diversité croissante des dispositifs électroniques ou des composants utilisés dans le liquide complexifie sérieusement la possibilité d’avoir une position affirmée sur ce sujet." 

La DGS prend elle aussi l'exemple des États-Unis, et affirme avoir mis en place un dispositif spécifique pour "détecter l’émergence d’une éventuelle épidémie de pneumopathies sévères."

Quant au rôle du vapotage dans l’arrêt du tabac, la DGS enfonce le clou : "il n’est en réalité pas clairement établi. Les preuves concernant son efficacité dans l’aide à l’arrêt font toujours débat parmi les scientifiques." 

Malgré ses réticences, le DGS reconnait que "le vapotage peut être un outil d’aide à l’arrêt du tabac, uniquement en arrêtant complètement de fumer. Malheureusement, la majorité des utilisateurs français ont une consommation double."

Il y a au moins un point sur lequel les deux parties sont d'accord. "La cigarette est une m**** absolue, ça rend tout de suite addict et il ne faut pas y toucher, point. La solution que je donne aux jeunes, c'est de ne rien prendre", souligne le pneumologue Bertrand Dautzenberg. 

Un précieux conseil à deux semaines du mois sans tabac.

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