Alors que la France compte un million de fumeurs en moins depuis 2016 (Agence de Santé Publique), la cigarette électronique peut-elle devenir ce palliatif efficace pour conduire les fumeurs à arrêter de fumer ? Le pneumologue Bertrand Dautzenberg, invité de Grand bien vous fasse, mesure ses risques et ses bénéfices.

Une cigarette électronique pour arrêter la cigarette tout court ?
Une cigarette électronique pour arrêter la cigarette tout court ? © Getty / Yaroslav Mikheev

Composition de la vapoteuse 

La vapoteuse consiste en un produit simple qui chauffe un liquide contenant des produits pharmaceutiques, hormis les arômes qui eux sont alimentaires. La cigarette électronique émet un rejet qui présente la même composition que ce qu'il y a dans le liquide utilisé, contrairement à la cigarette. Bertrand Dautzenberg souligne que "ce n'est donc pas quelque chose de toxique, il n'y a pas de cancérogènes, de monoxyde de carbone, rien de vraiment toxique si ce n'est de la nicotine dont la dose est pratiquement la même que celle présente dans une cigarette traditionnelle"

Comme une (vraie) cigarette ? 

En remplaçant la prise de la nicotine émise et insufflée depuis une cigarette classique, la vapoteuse propose une compensation qui peut être parfaite par rapport à la prise de nicotine habituelle. Elle permet aussi, comme le raconte Bertrand Dautzenberg, "de conserver un signe gestuel similaire qui ne conduit pas à rompre totalement avec les habitudes prises antérieurement, ce qui fait que quelqu'un qui arrête de fumer, en sortant sa cigarette électronique, fait preuve de défense comportementale pour poursuivre plus efficacement son traitement contre la dépendance", continuant ainsi à diminuer sa consommation sinon à discipliner sa conduite face à la nicotine. 

Qui sont ces vapoteurs ? 

Faute de preuve de son innocuité à long terme, la cigarette électronique n’est pas reconnue en France comme outil de sevrage tabagique. Depuis son apparition en 2010, elle est pourtant majoritairement utilisée dans cet objectif et a aidé quelque 700 000 fumeurs quotidiens à mettre un terme à leur dépendance, selon une estimation de Santé publique France. "Pour la tranche qui concerne les fumeurs de plus de 45 ans qui en viennent à la cigarette électronique avec ou sans patch et qui, au bout de six mois, arrêtent tout, cela représente 1/3 des vapoteurs, ce qui n'est pas négligeable. Il y a aussi ceux qui continent à vapoter avec peu d'avantages et qui finalement se remettent à fumer au bout d'un certain temps ; il y a aussi ceux qui ne font que vapoter dont ceux qui vapotent sans nicotine, voire même avec quasiment rien". 

Parfois, c'est la gestuelle simplement qui permet de rassurer et de compenser le manquement à la traditionnelle cigarette, puis ceux qui restent en revanche drogués à la nicotine et son loin d'imaginer l'abandon de la vapoteuse. 

Nocive ou pas nocive ? 

D'après l’Agence de Santé Publique, la cigarette électronique semble perçue comme aussi ou plus nocive que la cigarette ordinaire par la moitié de la population. 

Selon les chiffres, en 2017, 11 % des 18‑75 ans pensaient que la vapoteuse était plus nocive pour la santé que la cigarette ordinaire, 40 % qu’elle est aussi nocive, 35 % qu’elle est moins nocive, et enfin 13 % répondent ne pas savoir.

La cigarette électronique toujours à l'étude

Si d'après Bertrand Dautzenberg, "beaucoup d'essais pharmaceutiques montrent que c'est un produit probablement très intéressant, il affirme aussi qu'on est toujours en attente de la preuve définitive de son efficacité". Il fait référence au fait que l’AP-HP a lancé récemment une étude nationale "ECSmoke" afin de récolter le témoignage de 650 fumeurs pour que ceux-ci évaluent et comparent l’efficacité de la cigarette électronique par rapport à un médicament substituant servant de sevrage tabagique. Ils recherchent des personnes fumant au moins 10 cigarettes par jour, âgées de 18 à 70 ans et souhaitant arrêter de fumer. L'étude inclut actuellement 250 patients, et il est possible de téléphoner pour s'inscrire, et comparer ainsi l'usage de la cigarette électronique au médicament "Champix".

Le pneumologue explique que "la vapoteuse présente toutefois des effets secondaires et continue à poser beaucoup de question aujourd'hui dans la mesure où même l'OMS, dans son rapport mondial sur la tabac ne recommande pas encore l'utilisation de la vapoteuse comme aide au sevrage. Le fait est que nous n'avons pas la preuve que c'est pleinement efficace pour arrêter de fumer. En revanche, en ce qui concerne la toxicité, l'OMS affirme que c'est infiniment moins toxique que la cigarette classique". 

Aller plus loin

🎧 RÉÉCOUTER - Comment arrêter de fumer ? Émission Grand bien vous fasse

📖 LIRE - Le Plaisir d'arrêter de fumer, Bertrand Dautzenberg, 2017, First

📖 LIRE - Promis, demain j'arrête ! Amine Benyamina et Marie-pierre Samitier, 2013, Michel Lafon

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