Cela fait vingt ans que la journée sans téléphone se déroule le 6 février, à l'initiative de l'écrivain Phil Marso. Une pause salutaire alors qu'il se vend 1,5 milliards de téléphones par an dans le monde.Voilà quelques conseils et informations à destination des accros aux smartphones et autres nomophobes.

La journée sans téléphone portable se déroule le 6 février
La journée sans téléphone portable se déroule le 6 février © Getty / sorbetto

Désormais 95 % des Français sont équipés d'un téléphone mobile et 51 % d'entre eux se connectent à internet par ce petit écran. L'hégémonie croissante du smartphone tient donc, en partie, à un désintérêt relatif des moins de 40 ans pour l’ordinateur, moins mobile. Les jeunes en sont de grands utilisateurs et une étude américaine a montré que les étudiants se servaient de leur téléphone 56 fois par jour.

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2 min

Vie connectée, journée sans téléphone mobile

Par Christine Siméone

Mode d'emploi pour passer (au moins) une journée sans téléphone portable.

Sevrez-vous progressivement

Avant cette journée sans téléphone, faites des sessions d'entrainement au sevrage. Suivez les conseils du chercheur Larry D.Rosen : mettez votre téléphone en mode avion, à portée de vue, face retournée, et réglez une alarme sur 15 minutes. Pendant ce temps, continuez votre activité, et si vous travaillez sur un ordinateur, coupez toute notification, fermez les onglets. Restez concentré sur une tâche pendant 15 minutes. 

Normalement, vous y êtes arrivés. Faites une autre session de 20 minutes, puis une encore de 25, et de 30 minutes et ainsi de suite. Votre cerveau va s'habituer à travailler sans interruption. A l'heure où fleurissent les appli pour aider à la déconnexion, le constructeur chinois, OnePlus, n'y va pas par quatre chemins et propose simplement un blocage du téléphone pendant 20, 40 ou 60 minutes. Un laps de temps pendant lequel il ne reste plus que la possibilité des appels d'urgence. Le blocage est total.

Sortez, partez, marchez, sifflez, chantez...

Dix minutes suffisent pour permettre au cerveau de nettoyer ses circuits. Alors offrez-vous des pauses sans écrans du tout, les mains dans les poches. Allez à la cantine de votre entreprise, faites des courses, aérez vous, sans ce maudit petit écran. Bref délassez votre matière grise en n'emportant pas des mégaoctets d'informations, de blagues, d'images, d'avatars, et émojis. Ne vous inquiétez pas, si on vous cherche vraiment, on finira toujours par vous retrouver, surtout s'il s'agit de votre employeur, du fisc, de la cantine scolaire ou le syndic de copropriété.

C'est aussi pour cette raison que vous pouvez différer de 24 heures la lecture de vos courriels. Il suffit de mettre une réponse automatique, qui explique que vos courriels seront lus plus tard. Ne les consultez donc pas plus sur votre PC, que sur votre smartphone. 

Reposer son pouce, relâcher sa nuque

Michel Serres, auteur de Petite Poucette, ne dirait pas le contraire : le pouce est le meilleur ami de nos smartphones. Il révolutionne notre accès à l'information et à la communication. Devant la télé, à l'heure du déjeuner, ou dans les transports, nous devenons tous ni marcheurs ni spectateurs, mais des scrolleurs.  Selon Marine Monréal, directrice de la communication chez OnePlus France, "une étude menée sur 9 000 Européens, a permis de mesurer que près de la moitié des sondés utilisent  l'index pour scroller sur l'écran, un résultat qui indique l'utilisation d'un smartphone à deux mains". Le scroll du pouce, ou éventuellement à l'index, est donc devenu un sport national. 

En faisant défiler des écrans, votre pouce parcourt en moyenne 180 mètres par jour. De quoi développer une tendinite, comme c'est de plus en plus souvent pour les jeunes utilisateurs, atteints de douleurs que l'on n'a pas à endurer normalement avant 50 ans. 

Maux de tête, gêne dans les bras, cervicalgies, sont aussi les nouvelles maladies, dites maladies du SMS.  Notre tête pèse entre 4 et 5 kilos, et nous la penchons plusieurs heures par jour sur l'écran du smartphone. Faute de lever le pied dans le travail, levez la tête, et regardez plus souvent le ciel.

Reposez la rétine

Si les pouces se musclent, on sait en revanche que les yeux souffrent et le sommeil diminue. L'exposition à la lumière bleue émise par les écrans produit tant des effets négatifs que positifs. Comme la lumière bleue naturelle, émise par le soleil en pleine journée, celle des écrans stimule la vigilance et la cognition. Il en faut bien sûr, mais pas trop. 

Pour Nicolas Bessot, chercheur chronobiologiste, membre de l’unité de recherche COMETE INSERM à l’université de Caen, "cette lumière bleue, naturelle ou non, a une toxicité pour la rétine reconnue. Pour l'instant il n'a pas été prouvé que cela cause de graves dégâts, seule a été prouvée la toxicité aiguë de la lumière sur les rongeurs, quand elle est très intense. L'émission par les écrans est de plus faible intensité que celle du soleil, mais nous y sommes exposés très longuement. L'effet chronique d'une utilisation fréquente et prolongée n'est pas encore prouvée. Néanmoins il faut s'en prévenir et les constructeurs ont un rôle à jouer".

Les filtres de lumière bleue installés sur nos smartphones ne semblent pas donner satisfaction. "Les études n'ont pas montré d'efficacité, en tout cas ce n'est pas significativement efficace. En revanche, les lunettes avec filtre de lumière bleue en revanche ont prouvé leur efficacité", selon Nicolas Bessot. 

Ceci étant, les chercheurs ont identifié la longueur d'ondes précise de la lumière toxique, les constructeurs pourraient donc réduire cette émission dans les écrans.

Jouissez de la lumière bleue naturelle, au bon moment

Au-delà de la rétine, c'est le sommeil qui est impacté par l'usage intensif des écrans et de la lumière bleue, par le blocage de la production de mélatonine, qui est l'hormone du sommeil. "La lumière est un donneur de temps", explique le chercheur, "elle aide notre horloge interne à se re synchroniser chaque jour. Si nous vivions sans lumière, nous nous décalerions de jour en jour". En clair, il est très important pour le corps de s'abreuver de lumière naturelle, car elle est stimulante. La baisse de la luminosité progressive le soir met notre corps dans de bonnes conditions pour le sommeil. 

En restant le nez sur notre téléphone avant de s'endormir, pour vérifier les derniers post des réseaux sociaux, nous nous exposons encore à la lumière bleue qui empêche le sommeil. Un tiers des jeunes utiliseraient leur téléphone mobile entre 19 heures et 3 heures du matin. 

L'université de Normandie va mener une étude, financée par des fonds européens (FEDER), sur l'ensemble des doses de lumière captées chaque jour par individu. "Il faut prendre en compte toutes les sources de lumières bleues, les leds des maisons, quand il s'agit d'éclairage dit blanc froid, les écrans, la lumière naturelle", explique Nicolas Bessot. Il participera cette année à cette étude pour mesurer la quantité et la qualité de la lumière au cour d'une semaine, afin de la mettre en relation avec la qualité du sommeil nocturne. 

Sinon, rappelons que tous les smartphones sont munis d'un bouton "éteindre", qui miraculeusement, une fois actionné, libère totalement votre imagination. 

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