Le centième Tour de France s’annonçait somptueux. Promesse tenue, au moins quant aux paysages qui ont démontré tout leur talent. Quant à la course, dominée sans surprise par l’Anglais Christopher Froome, à vous d’en juger.

Samedi 29 juin : le bus de l’arrivée à Bastia

Bus Bastia
Bus Bastia © Reuters

Départ inédit en Corse pour ce centième Tour. Paysages somptueux, attrait de l’inconnu, tout était réuni pour une première étape mémorable de 213 kilomètres entre Porto Vecchio et Bastia. Et ce qu’on en retiendra finalement, ce n’est pas la victoire (et donc le premier maillot jaune) pour l’Allemand Marcel Kittel, mais la pittoresque incohérence (digne d’une kermesse de village, voire d’une fête votive) qui a régné, lorsque (alors que les coureurs étaient à moins de 20 kilomètres et préparaient un sprint massif et spectaculaire), le bus de l’équipe Orica s’est encastré sous le portique d’arrivée. Panique générale, tango (un pas en avant, deux en arrière des organisateurs, avec pour conséquence indirecte une chute massive à 4 kilomètres de la ligne) et finalement, alors que le séjour insulaire a plutôt été un succès, une fâcheuse publicité en Corse pour un bus, même pas à impériale.

Jeudi 4 juillet : 1er maillot jaune pour le Continent noir

Au moins un homme africain est entré dans l’histoire du Tour : Daryl Impey, de la formation…Orica, celle dont le bus ne passe pas sous les portiques d’arrivée en Corse, ravit le maillot jaune à son coéquipier et leader Simon Gerrans sur les 176 kilomètres séparant Aix en Provence de Montpellier. Il paraît que ça n’a pas affecté l’ambiance dans l’équipe.

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Le Directeur du Tour, Christian Prudhomme interrogé par Antoine Barège

Samedi 6 juillet : Froome monte au Sky

Après un vendredi dédié aux sprinters, et donc de peu d’intérêt, on allait enfin savoir si Christopher Froome (qui avait montré le bout de son pneu avant en Corse, histoire de rappeler aux autochtones que les Anglais finissent toujours par triompher) était aussi fort qu’on le pensait. Il est venu, on a vu, il a vaincu. Il n’était pas aussi fort qu’on le pensait, mais beaucoup plus. Sur les 195 kilomètres séparant Castres de la station pyrénéenne d’Ax 3 Domaines, Froome s’est baladé comme s’il allait chercher le pain à la boulangerie du coin. Bilan, un maillot jaune, un gros coup au moral de ses poursuivants, et pour ceux qui ne sont pas aveuglés par la foi, quelques solides interrogations, notamment sur l’avenir de son foie.

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Jean-François Bernard, consultat de France Inter, croit encore que Froome peut ne pas gagner

Mercredi 10 juillet : journée riche

Pour une journée riche, ça a été une journée riche. Il faut dire que c’était la Saint Ulrich, ce qui ne dira rien à ceux qui ne connaissent pas le vélo et rappellera aux autres que Jan Ullrich, coureur allemand des années Armstrong a remporté un Tour, en 1997, ce qu’aucun de ses compatriotes n’avait et n’a réussi à faire.

Donc, pendant ce contre-la-montre de 32 kilomètres arrivant au Mont Saint Michel, Cavendish, accusé d’avoir faussé le sprint de la veille a été arrosé d’urine par des abrutis déguisés en supporters. Froome, bien que deuxième de l’étape derrière le spécialiste allemand Tony Martin a un peu plus écoeuré ses poursuivants. Et Dédé Verchuren, le « Dylan auvergnat » a cassé sa pipe.

Une journée peut donc être riche et pourrie à la fois.

Hervé Sallafranque, envoyé spécial de France Inter sur le Tour, est convaincu du succès de Froome

Vendredi 12 juillet : Sainte bordure

Bordure ! Ce n’est pas une insulte. Pour connaître la définition de ce phénomène connu des pelotons depuis qu’il y a des pelotons, se reporter à tous les bons ouvrages concernant le vélo. Toujours est-il qu’à la faveur d’une bordure, savamment mise en scène sur les 172 kilomètres entre Tours et Saint Amand Montrond par les équipiers de l’Espagnol Alberto Contador, un prétendant sérieux, l’autre Espagnol Alejandro Valverde perdait toute chance de victoire et le déjà quasi vainqueur Christopher Froome se mettait à douter (ou à se dire que tout n’allait pas être aussi facile).

...ce dont se réjouissait bien sûr le patron du Tour, Christian Prudhomme

Dimanche 14 juillet : Froome, Ventoux pour le Tour

Fête nationale française ou pas, Christopher Froome se devait de marquer les esprits, après les doutes nés à Saint Amand Montrond. Donc, entre Givors et le sommet du Mont Ventoux, Froome n’a pas fait le détail : victoire solitaire, en fin d’une ascension du Géant de Provence comme on n’en avait pas vu depuis Pantani et Armstrong (deux références !) après 242 kilomètres de canicule. Champion, isn’it ?

Dave Brailsford, manager de l'équipe de Froome essaie de garder son flegme

Mercredi 17 juillet : Pérauïque

Encore un contre-la-montre au programme. En côte qui plus est. Autant dire que personne d’autre que Froome ne pouvait s’imposer. Le fait du jour restera pourtant l’exploit de Jean-Christophe Péraud. Meilleur Français (neuvième) au classement général, il trouve le moyen de se casser la clavicule en reconnaissant les 32 kilomètre du parcours. Serrant les dents, il prend quand même le départ, limite les dégâts, jusqu’à ce virage à droite en descente au 30ème kilomètre. Il tombe sur son épaule blessée, qui du coup est broyée, et, naturellement, abandonne. Les chants désespérés sont les chants les plus beaux… (Au fait : le vainqueur de l’étape est un Anglais du nom de Christopher Froome).

Une journée particulière et pourtant si banale avec la victoire de Froome

Jeudi 18 juillet : Riblon, enfin

On l’avait vu aux avant-postes durant les derniers jours, mais malgré sa moustache de séducteur, il ne parvenait jamais à conclure. Pourtant, c’est dans l’étape la plus dure, où l’on attendait un duel au soleil avec tripes à l’air entre le patron Froome et son challenger Contador, que Christophe Riblon allait s’imposer. Une étape qui faisait peur depuis qu’on en connaissait le tracé : deux ascensions de l’Alpe d’Huez, séparées par l’effrayante descente du col de Sarenne. Elle n’a pas fait peur au seul Français vainqueur d’étape de l’année. Christophe Riblon a ainsi tenté de faire oublier à ses co-équipiers, le malheur de son copain Jean-Christophe Péraud.

Riblon n'y croit pas lui-même

Dimanche 21 juillet : rendez-vous à jamais

Chronique d’un sacre annoncé : Christopher Froome s’impose sur les Champs Elysées, au terme d’une étape au tracé splendide (Château de Versailles, vallée de Chevreuse et Paris by night) qui aurait mérité mieux que le spectacle d’une randonnée cyclotouriste offert aux Franciliens et conclu par la logique victoire d’un sprinter, l’Allemand Marcel Kittel (vainqueur de la première étape corse, qui a donc ainsi bouclé la boucle). Rendez-vous dans 10 ans ou rendez-vous à jamais pour Froome, quand toutes les analyses de ce centième Tour seront disponibles, ou quand il entrera vraiment dans l’Histoire du sport comme un champion naturellement exceptionnel.

Analyse du Tour par Fabrice Rigobert dans le journal des sports de Michel Gourdain

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