Est-ce raisonnable de se mettre en rogne ? De piquer une crise ? De « péter » un plomb ? Qu’est-ce que cette fureur dit de nous ? Fait-elle du bien ? À quoi sert-elle ?

La colère : stop ou encore ?
La colère : stop ou encore ? © Getty / ViewStock

La colère, cette émotion primaire, parfois saine, s’exprime souvent de façon violente et peut avoir des conséquences néfastes. Dans Grand bien vous fasse, Ali Rebeihi et ses invités, Sophie Cadalen (pychanalyste), Didier Pleux (psychologue) et Michel Erman (philosophe), tous spécialistes de la colère, ont fait le tour de la question. 

Peter Sloterdijk, philosophe :

La colère, cet affect le plus inquiétant et le plus humain

La colère : une émotion composite

La colère est un état affectif violent et passager résultant du sentiment d’avoir été agressé traduisant un vif mécontentement accompagné de réactions brutales, nous dit le Larousse. C’est une émotion archaïque qui va chercher sa composition dans la tristesse, la frustration, la peine, le désir.

Il en existe trois types :

  • Colère contre les autres : s’énerver après le distrait au péage qui s’est mis dans la mauvaise file, le lent à la station d’essence… C’est développer la haine du petit vieux qui va à la pharmacie à l’heure de pointe. C’est l’idée que l’autre ne fonctionne pas comme il devrait parce que le colérique a une idée préconçue de ce qui doit être, il a un mode d’emploi universel.
  • Colère contre la vie : il s’agit de l’intolérance aux frustrations. Par exemple : je suis sur le périphérique et qu’il faut que je passe absolument même si c’est risqué. C’est une colère que l’on rencontre de plus en plus. Le seuil de tolérance est de plus en plus vite atteint.
  • Colère contre soi : c’est le cas des personnes qui se disent : « je ne suis pas assez leader à mon travail, je devrais être plus dominant » au lieu de se dire : « je suis plutôt timoré tendance introverti, mais j’ai d’autres talents ». C’est quand on ne se fait pas de cadeau, que l’on n’arrête pas de se dévaloriser en fonction de ce qu’on croit que l’on devait être… 

La colère n’est pas universelle

En Micronésie, dans certaines îles, on définit la colère comme bonne, si elle dit à l’autre : « attention tu es en train de déborder, tu marches sur mes valeurs, ou mes plates-bandes ». Et ils en parlent négativement, quand elle vient après n’importe quelle frustration. Et chez les Inuits la colère n’existe pas : elle est assimilée à un comportement d’enfant. 

La colère exprime un mal-être 

La colère est souvent le fruit d’une frustration ou d’une souffrance. Pour le philosophe, c’est une manière de dire : « je suis mal », d’être saisi des émotions qui nous dépassent sans que nous ayons d’intention particulière. 

Les crises de débordement sont souvent liées à la difficulté d’accepter la réalité. Le colérique a des absolus de pensée. Il reproche beaucoup ("voilà comment tu dois être : sensuel, romantique, pas footeux…") au lieu d’être dans une acceptation… 

Plus généralement, la colère caractérise très bien l’époque. Le mot est un peu partout. Mais c’est assez récent. Il y a quinze ans, un essayiste s’étonnait que la colère soit condamnée. Aujourd’hui, c’est tout le contraire. Nous vivons dans une société individualiste où les émotions sont à la base du lien social. 

Conséquences pas si anodines de la colère

Avant, on disait que cela faisait du bien d’exploser régulièrement, que c’était mieux que de tout garder, que la rétention des émotions créait des ulcères. Mais il faut savoir que la colère a des conséquences sur la santé : les attaques, les AVC, on les trouve chez les colériques pas chez les anxieux.

Le « pétage de plomb » est également mauvais parce qu’il créé de la dopamine (neurotransmetteur qui joue un rôle dans le plaisir ressenti par la consommation de drogue par exemple) qui entraine elle-même de la création de dopamine ce qui abaisse le seuil de tolérance aux frustrations. Mieux vaut chercher à aller vers la sérotonine (neurotransmetteur qui joue un rôle sur le sommeil, quand on en manque on est déprimé), il faut plutôt aller vers de la pleine conscience, de la médiation et des activités douce.

La colère entraîne souvent un sentiment de culpabilité, de honte, donc de dévalorisation de soi.

On rencontre beaucoup de personnes qui souffrent de ces colériques. C’est donc une émotion à travailler, car si les gens deviennent de plus en plus colériques, il y a de moins en moins d’empathie globalement.

Conseils pour apprendre à gérer ses colères

Le mieux, est d'apprendre à se connaître, d’identifier si on est de tempérament colérique. Et si on l’est, tenter d’anticiper en repérant les moments sensibles et propices aux explosions. Ensuite se poser les questions : pourquoi je pète un plomb sur le Périphérique ? Pourquoi je suis irrité quand je suis en couple ? Ou avec mes enfants ? Puis, s’interroger plus profondément, peut-être avec l’aide d’un « psy » : « Qu’est-ce qui se passe à ces moments-là ? » « Qu’est-ce que je me raconte ? » Une remise en cause de son mode de fonctionnement pour aller vers les trois acceptations :

  • Acceptation inconditionnelle de soi. À un moment, il faut accepter son histoire, son parcours, ce que l’on est. 
  • La vie est une réalité, et elle comporte des frustrations.
  • L’acceptation inconditionnelle des autres. Ce qui ne veut pas dire qu’on est le "ravi de la crèche" : juste les autres sont différents… l’accepter profondément. 

Et aussi...

Peut-être qu'il ne faut pas avoir trop honte quand on explose. Plus on est culpabilisé, plus les émotions sortent de manière désordonnée…

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