Abdelhamid Abaaoud s'était mis en scène dans une vidéo filmée en Syrie
Abdelhamid Abaaoud s'était mis en scène dans une vidéo filmée en Syrie © Ap/Sipa

La jeune femme morte à Saint-Denis ne s’est pas faite exploser, c'est la troisième personne présente qui l'a fait. La mort d'Abdelhamid Abaaoud a été confirmée jeudi à la mi-journée, comment celui qu'on pense être l'organisateur des attentats a-t-il pu entrer en France et reste-t-il des terroristes liées aux attentats du 13 novembre toujours en cavale ?

Hasna Ait Boulahcen ne se serait pas faite exploser

Les fouilles dans les décombres de l'appartement de Saint-Denis et les autopsies ont permi de confirmer, vendredi matin, après comparaison d'empreintes digitales, que la femme dont le corps a été retrouvé dans l'immeuble est bien Hasna Ait Boulahcen. Un passeport à son nom a également été retrouvé dans un sac à main. On a appris également, de manière formelle, la presence d'un troisième corps qui reste à identifier. Et ce serait donc ce troisième terroriste, encore non identifié, qui s'est fait exploser et a provoqué la mort de la jeune femme. Hasna Ait Boulahcen ne serait donc pas morte en kamikaze.

L'enquête de Sara Ghibaudo

On a appris ce vendredi matin qu'Abdelhamid Abaaoud était dans le métro vendredi soir , il a été vu sur les images de vidéosurveillance de deux caméras vendredi 13 novembre à 22h14, à la station de métro Croix de Chavaux, près de Montreuil. Il passe en fraudant les portiques du métro au moment où l'attentat du Bataclan est toujours en cours.

Abdelhamid Abaaoud pourrait donc avoir été à bord de la Seat qui a servi au commando des terrasses et qui a été retrouvée à Montreuil par les enquêteurs à quelques centaines de mètres de la station de métro Croix de Chavaux.

On sait aujourd'hui que Brahim Abdeslam était à bord de ce véhicule, son empreinte digitale a été retrouvée à l'intérieur. Le troisième homme de ce commando pourrait quant à lui être Salah Abdeslam toujours activement recherché.

Deux kamikazes sont passés par la Grèce

Le troisième kamikaze du Stade de France était jusqu'ici non identifié. On a apprice ce vendredi soir qu'il a été contrôlé le 3 octobre en Grèce, en même temps que l'autre kamikaze qui s'était mêlé aux migrants qui fuyent la guerre en Syrie.

Le procureur de la République, François Molins a expliqué que les empreintes de cet homme, qui s'est fait exploser à 21h30 rue Rimet, porte H, à Saint-Denis, ont été été formellement identifiées comme étant celles d'un individu dont les empreintes ont été relevées lors d'un contrôle en Grèce le 3 octobre 2015.

Lors de ce même contrôle avaient été relevées les empreintes de l'autre kamikaze toujours non identifié, mais qui était porteur d'un faux passeport syrien.

Pour ce deuxième homme dont on ignore l'identité et la nationalité, la police a publié mardi un appel à témoins.

L’annonce, jeudi soir, de la mort du présumé cerveau des attentats, soulage autant qu'elle inquiète

Car comment cet homme qu'on pensait en Syrie et qui faisait l'objet d'un mandat d'arrêt international, a-t-il pu entrer et voyager en Europe pour coordonner au moins neuf personnes et mener les attaques de vendredi soir ?

Manuel Valls l’a reconnu jeudi soir :

Nous ne savons pas comment Abaaoud est rentré en France.

Abdelamid Abbaoud était parti en Syrie début 2013 rejoindre les rangs de EU, ce qui ne l'a pas empêché de revenir en Europe sans doute à plusieurs reprises

Le djihadiste avait quitté la Belgique pour la Syrie une première fois il y a un peu moins de trois ans en février 2013. Selon nos confrères du Monde, le jeune homme aurait fait au moins deux allers retours cette année-là en avril et en septembre il est de nouveau en Belgique. Puis en janvier 2014 Abaaoud est contrôlé en Allemagne, à Cologne, en direction de la Turquie. Un contrôle resté sans suite.

Un an plus tard, lors du démantèlement du commando de Verviers en Belgique, Abaaoud qui a piloté cet attentat déjoué, est localisé en Grèce, une perquisition aura même lieu à Athènes là où il est hébergé : ordinateur et téléphone portable ont été retrouvés. Le djihadiste belge s'est vanté d'ailleurs dans la revue du groupe Etat islamique de faire des allers retours entre la Syrie et son pays sans être repéré.

Il aurait à nouveau été signalé en Grèce il y a quelques semaines. A chaque fois il passe sous les radars, étonnamment puisqu'en juillet dernier il a été condamné à 20 ans par défaut, pour sa participation au commando de Verviers et qu'il y avait deux mandats d'arrêts délivrés contre lui européen et international.

La capacité d'Abdelhamid Abaaoud à se déplacer sans être inquiété, c'est probablement ce qu'il lui a permi de monter dans la hierarchie de Daech. Les explications de Manuel Leclère

La France va demander la mise en place des contrôles coordonnés et systématiques aux frontières de l'espace Schengen

La question cruciale est celle de la circulation des terroristes dans et hors de l'espace Schengen. Lors de la réunion des ministres européens de l'Intérieur et de la Justice de ce vendredi, la France doit demander le rétablissement des contrôles de passeports pour tous les ressortissants européens ou non et la mise en place d'un fichier européen pour les voyageurs aériens baptisé PNR (passenger name record).

Les explications de Quentin Dikinson à Bruxelles

Si on ne sait pas comment Abaaoud est rentré en France, on sait par contre comment il a été retrouvé. Ce sont des renseignements venant notamment du Maroc et de pays hors UE, ainsi qu’un témoignage qui ont alerté les enquêteurs sur la présence d'Abbaoud en France, et particulièrement à Saint-Denis qui ont permis de trouver l'homme et sa planque.

Reste-t-il des terroristes liées aux attentats du 13 novembre toujours en cavale ?

L'enquête se concentre sur les personnages qui manquent encore, au premier rang desquels Salah Abdeslam, le frère du kamikaze du boulevard Voltaire.

Salah Abdeslam a été vu pour la dernière fois samedi matin à Cambrai, après avoir appelé deux amis de Bruxelles pour qu'ils viennent le chercher à Paris. On ne sait toujours pas avec certitude s'il était dans la voiture qui a mitraillé les cafés à côté de son frère qui s'est fait sauter boulevard Voltaire - les images de vidéo surveillance sont de mauvaise qualité.

A bord de la Séat noire Il y avait bien trois personnes. Parmi elles, peut-être Abaaoud, peut-être même la femme de qui s'est fait exploser à Saint-Denis qui pourrait être sa cousine de 26 ans Hasna Ait Boulhacen, - certains de ses proches ont décrit la jeune femme comme instable, elle était passée du jean au voile intégral en quelques mois -.

Restent à identifier trois des kamikazes morts vendredi soir : un au Bataclan et deux au Stade de France, y compris celui qui était muni d'un faux passeport syrien et deux des trois personnes mortes dans l'immeuble de Saint-Denis mercredi.

Quatre kamikazes, tous Français, ont déjà été identifiés: Brahim Abdeslam (31 ans), Bilal Hadfi (20 ans), Samy Amimour (28 ans) et Omar Ismaïl Mostefaï (29 ans).

►►► ALLER PLUS LOIN | Attentats de Paris : ce que l'on sait des terroristes

Abdelhamid Abaaoud, un recruteur de terroristes

Le cerveau présumé des attentats de Paris est une figure du djihadisme passé par le théâtre de guerre syrien avant de revenir narguer les polices européennes.

Belge, âgé de 28 ans, Abdelhamid Abaaoud était un petit délinquant en Belgique avant de partir en Syrie. Il a un passé de radicalisé très connu. Il s'est formé dans les rangs de l'organisation Etat islamique, et est devenu l'un des principaux recruteurs de terroristes européens à Raqqa. On a pu le voir sur une vidéo dans son téléphone portable au volant d'un pick up trainant les corps de syriens tués par l'EI, des"mécréants" dit-il sur la vidéo. Selon le site Intelligence Online, Abdelhamid Abaaoud était chargé de coordonner des attentats en France, en Italie et en Espagne.

Alexandre Chateau a défendu Abdelhamid Abaaoud de 2006 à 2013, lorsque celui-ci n’était encore qu’un délinquant de droit commun. Il ne s'était jamais exprimé jusqu'ici, et a été sonné lorsqu'il a appris ce que son ancien client avait fait.

Il a décidé de s'exprimer pour la première fois au micro de Géraldine Hallot

C'était un garçon, quand je l'ai rencontré pour la première fois, qui était un peu perdu, qui commettait des faits de petite délinquance. On ne peut pas considérer que c'était du grand banditisme , c'est vraiment la petite délinquance de quartier, des dossiers comme on en voit énormément. Il n'y avait pas les prémices du comportement qu'on lui prête à l'heure actuelle.

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