Les jeunes sont impitoyables entre eux sur les réseaux sociaux. Une campagne télé, sur les réseaux et youtube commence : Le virtuel c'est réel.

Adolescente utilisant Snapchat
Adolescente utilisant Snapchat © AFP / PATRICK SEEGER / DPA

Cette campagne est portée notamment par les youtubeuses du Meufisme. Ces jeunes femmes sont féministes et se sont fait connaître par YouTube.

Elle fait suite à l' étude réalisée en 2015-2016 par l'Observatoire universitaire international d'éducation et prévention (OUIEP, rattaché à l'université Paris-Est Créteil) et coordonnée par le Centre francilien pour l'égalité femmes-hommes (Centre Hubertine Auclert).

Clémence Pajot, directrice du Centre Hubertine Auclert, Centre francilien de ressources pour l'égalité femmes-hommes.

"Une fille sur cinq rapporte des insultes en ligne sur son physique. Ça concerne la corpulence, trop grosse, ou trop maigre; la manière dont elle sont habillées est scrutée en permanence. 13% des garçons en sont victimes aussi. Les conséquences, c'est qu'elles ont des stratégies d'évitement. Elles changent de vêtements pour ne pas être jugées. Les insultes qu'elles subissent : "Pute" et "salope", ça ne change pas beaucoup avec les époques. C'est en rapport avec la sexualité. Pour les garçons ce sont des insultes homophobes qui les renvoient à une norme de virilité hétérosexuelle. Les garçons dénudés se font traiter de "Beaux gosses", et ils se font harceler quand ils n'ont pas l'air assez viril. Le plus souvent on lit ou on entend "Fais pas ta meuf ! " et on comprend bien que le fait d'être une femme est considéré comme péjoratif. Cela veut dire "tu es faible". Les filles se font traiter de salopes ou de putes, dès qu'elles dévoilent trop d'elles-mêmes. Mais elles se font aussi "repérer comme étant coincées" si elles ne se montrent pas assez sexy."

L'étude comporte un volet quantitatif, avec un questionnaire sur la "victimisation" et le climat scolaire auprès de 1.127 élèves, et un volet qualitatif comportant des entretiens individuels et collectifs avec des jeunes et des adultes des douze établissements.

Qu'est ce que le cybersexisme ?

Le cybersexisme est défini par des "violences qui se déploient à travers le cyberespace dans le but d'insulter, harceler, humilier, répandre des rumeurs, ostraciser, exercer une coercition externe et qui contaminent l'espace hors ligne ou inversement".

Les adolescents, grands consommateurs de réseaux sociaux qui leur permettent d'être connus et reconnus, sont des cibles de choix.

La réalisation de selfies intimes concerne 6 à 7,5% des élèves et 4% des filles les ont fait sous la contrainte, le plus souvent de leur petit ami.

Paroles d'ados recueillies par Géraldine Hallot :

Les filles sont culpabilisées par leurs parents quand elles avouent leur détresse

Au moindre faux pas, comme une bretelle de soutien-gorge inclinée, "la victime peut continuer à entendre parler de cet épisode des mois, voire des années après", relève l'étude.

Le cybersexisme peut provoquer une perte d'estime de soi, un sentiment d'insécurité, une perte de concentration en classe, voire des idées suicidaires.

Un élève sur quatre victime de violences en ligne ou hors ligne n'en a parlé à personne et près de la moitié des filles qui se confient le font auprès d'amis plutôt qu'auprès de leurs parents.

Leur crainte: que les adultes sanctionnent leurs usages numériques (interdiction de sites, suppression du téléphone...). Outre la honte, ils considèrent que ces expériences concernent leur découverte de la sexualité, à vivre indépendamment de leurs parents.

Quand les adultes ont connaissance d'actes de cybersexisme, ils tendent à culpabiliser les jeunes filles et à évacuer la responsabilité des garçons qui ont relayé les images sans consentement, regrette l'étude.

Parmi les recommandations données par l'étude, il est conseillé de systématiser la prévention du cybersexisme, d'inclure les élèves dans les dispositifs de prévention et de détection, et d'intégrer cette prévention dans l'éducation au numérique.

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