Nous vivons mieux aujourd'hui qu'aucune génération auparavant. En sommes-nous conscient ? Pas vraiment. La situation s'améliore objectivement et pourtant, on observe parallèlement, l'augmentation un peu sidérante des peurs, dans des domaines nouveaux (on a peur de manger, de respirer, de boire, ...). Pourquoi ?

Nous ne croyons plus au progrès alors que nous sommes, pour une grande majorité, dans une période de progrès intenses de l'économie, de la santé, de la longévité, de l'éducation.
Nous ne croyons plus au progrès alors que nous sommes, pour une grande majorité, dans une période de progrès intenses de l'économie, de la santé, de la longévité, de l'éducation. © Getty / Isabel Pavia

"Pendant 99% de son existence, l'humanité a été pauvre, malade, vivant dans la guerre et la souffrance…" souligne Jean-François Dortier. Nous vivons aujourd'hui dans une période de progrès intenses de l'économie, de la santé, de la longévité, de l'éducation. 

Pourtant, il semble que notre génération soit désabusée et ne croit plus à l'idéal de progrès.

Le philosophe note au micro d'Ali Rebeihi sur France Inter : "On est rentré dans XXIe siècle avec une vision très pessimiste, très noire de l'avenir. Parce qu'il y a eu le 11 septembre bien sûr, ensuite une crise financière majeure, il y a eu le retour de l'islamisme, Daesh, et puis les cataclysme écologiques qui se préparent. Tout cela donne un climat extrêmement noir - en tous cas pour le nord de la planète - puisque des enquêtes montrent que les pays les plus optimistes dans leur vision de l'avenir sont le Ghana et le Bangladesh".

Des progrès à effets collatéraux

L'idéal de progrès est né au XVIIIe siècle avec l'espoir porté par les sciences et techniques : celles-ci devaient apporter la richesse et le confort matériel, éradiquer les maladies - et elles l'ont fait d'ailleurs, dans une grande partie... Jean-François Dortier : Dans les années 1960, au cœur des Trente-Glorieuses, on a commencé à voir ce versant un peu négatif du progrès. Des jeunes ont commencé à se révolter contre pratiquement tout ce à quoi espéraient les générations précédentes, c'est-à-dire plus de confort, plus de richesse. 

On a découvert que la richesse, la santé, le confort matériel, qui étaient l'espoir de toutes les générations qui  nous ont précédées, n'amènent pas le bonheur.

D'autre part, les progrès amènent parfois leur lot d'"effets collatéraux". Par exemple la Chine, depuis 1978, est passée du communisme au capitalisme : 500 millions de personnes sont sorties de la pauvreté et ont accédé à des biens de consommation élémentaires. Cela a un coût écologique extrêmement lourd.

Même conséquence négative sur la planète avec l'augmentation de l'espérance de vie... Comme le note Michel Serres :

Le progrès a un coût ! 

Sommes-nous trop pessimistes ?

Pierre-Henri Tavoillot souligne néanmoins que ce pessimisme est aussi une posture : 

On adore détester notre époque mais en même temps, pour rien au monde on ne voudrait revenir en arrière.

L'essentiel reste de ne pas se laisser paralyser par le pessimisme. Il faut essayer de naviguer entre les deux écueils : un pessimisme excessif qui aboutirait à tétanisation de l'action et un optimisme excessif qui aboutirait à la bêtise totale. 

Michel Serres pratique l' "optimisme de combat", il l'expliquait au micro de François Busnel dans La Grande Librairie :

Ça ne sert à rien finalement de dire "C'est épouvantable", tandis que si vous êtes un peu optimiste, vous aidez quand même, un peu, les générations futures à survivre".

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