L’esprit qui papillonne pendant une lecture ou un film ? Des difficultés à rester concentré ? Comment ne pas se disperser ? Comment résister à l’éparpillement ? Quelques conseils, qui valent aussi pour les adultes, pour accroître la capacité d’attention des enfants.

La concentration, mode d'emploi.
La concentration, mode d'emploi. © Getty / Catherine Delahaye

Une question qui vire au phénomène de société abordée dans l'émission Grand bien vous fasse d'Ali Rebeihi et ses invités : Jean-Philippe Lachaux, chercheur en neurosciences cognitives à l’Inserm, Gwenaëlle Boulet, rédactrice en chef d’Astrapi et Maud Navarre, docteur en sociologie et journaliste à la revue Sciences Humaines

Le meilleur allié de la concentration : le sommeil 

Une étude épidémiologique dans sept pays européens signale que, plus que la multiplication des écrans, c’est le manque de sommeil qui serait à l’origine de la baisse de la capacité d’attention. Avec la fatigue, on ne se concentre plus. Or c’est pendant le sommeil que se régule la quantité de neurotransmetteurs (substances chimiques qui permettent aux neurones de communiquer).

Le témoignage de Sylvie, enseignante, bénévole dans une association avec des enfants :

« J’ai vu hier une petite fille qui n’arrivait pas à se concentrer et à lire cinq lignes. Elle n’arrivait pas à fixer son attention. Et donc à comprendre même deux lignes de consignes en mathématiques par exemple. »

La méthode de l’abeille

Pour lire des consignes, on mobilise la mémoire de travail. Si vous lisez une phrase, arrivé à la fin, il faut que vous ayez encore en mémoire le début, sinon vous ne comprenez pas. Pour recentrer l’enfant, on peut détailler avec lui ce qu’il se passe quand il n’est pas attentif. Pour cela, on peut utiliser l’image d’une petite abeille. A un moment, elle se pose sur une fleur, et butine, puis sur une autre, et encore une autre. Le regard d’une enfant déconcentrée va faire un peu pareil. 

On peut lui demander :

"Que fait ton regard ? Que fait ton abeille ? Est-ce qu’elle reste sur la ligne ? Est-ce qu’elle part n’importe où ? Peux-tu prendre le contrôle de ton abeille, comme si tu avais une petite laisse pour la ramener. Ensuite, une fois que l’abeille s’est posée sur un mot, qu’est-ce qui se passe ?" Par exemple, si ton abeille se pose sur le mot « pomme » et sur « six ». Est-ce qu’une petite image apparaît dans ta tête ? Non ? Que pourrais-tu faire pour y arriver ? On va détailler presque une seule phrase à la fois. Progressivement, avec un accompagnement, on peut arriver, avec l’enfant, à l’aider à comprendre ce qu’il se passe et pourquoi son attention part si vite.

Avoir un projet

Poser des questions à l’enfant : est-ce qu’il sait quel est son projet ? Dans le cas de leçons : qu’est-ce qu’il veut apprendre ? Pourquoi ? Avec les plus grands, on parlera de sens des apprentissages et motivations. Parfois ne pas hésiter à retravailler le projet : l’enfant vous récite parfaitement sa poésie et le lendemain devant la classe ne la sait plus : peut-être s’est-il trompé de projet ?

Se connecter au présent

On a tendance à être dans l’après, or pourquoi ne pas se centrer sur l’instant présent ? Lors d’une balade en forêt, s’arrêter sur ce que l’on voit, compter les champignons… Plutôt que de penser à autre chose. Et de manière générale, quand on vit quelque chose, penser à le commenter. C’est un vrai travail d’adulte de se dire : quelle situation je vais faire vivre à mon enfant pour lui permettre de vivre le présent ? Le yoga, la méditation, la méthode Vittoz…  sont de bons outils. 

Comment ne pas se disperser ? Comment résister à l’éparpillement ? 

Ne pas faire au même moment des activités incompatibles sur le plan neuronal : écouter la radio et lire… Un goulet d’étranglement se crée dans votre cerveau. Si vous prenez dans votre main une bouteille, un couteau etc… Vous comprenez l’image du trop plein. Dans le cerveau c’est pareil, sauf que c’est mental et caché.

Comment se concentrer pour faire ses devoirs ? 

  • Etre vigilant à l’environnement et réduire les distracteurs : enlever le portable, les magazines, la console de jeux vidéo. Il y a aussi l’idée de sacraliser l’espace de travail. 
  • Découper en petites étapes avec des objectifs précis. Par exemple, on peut se dire : pendant deux minutes seulement comprendre la consigne, puis pendant deux minutes les réexpliquer comment si on la racontait à un copain. 
  • Avec un jeu de rôle : si l’enfant doit relire un texte pour traquer les fautes d’orthographe, on peut lui dire qu’il est le chercheur d’or. Ou un détective… Et le voleur a laissé des traces : les fautes d’orthographe, il doit les chercher avec une loupe. Donc là, l’enfant a une mission, hyper claire avec un rôle. 
  • Tout ça est très personnel : chacun sa façon de fonctionner. Certain ont besoin de liste de chose à faire pour avancer. D’autres, non. Le rôle des parents est de poser les questions : qu’est-ce qui t’attire l’œil et te distrait ? De quoi tu as besoin ? Et de proposer des plaisirs : tu travailles une demie-heure et après tu pourras, par exemple, regarder la télé. 

Système PIM : pour perception, intention et manière d’agir

(ou pour les enfants : pouce, index, majeur).  Prenons l'exemple du verre plein jusqu'au bord que l'on veut déplacer. J'ai plusieurs choix : je peux écouter la radio, regarder mes pieds, mais en fait, le mieux, c’est de regarder la surface du verre (la perception). Ensuite, je dois bouger délicatement la main (l'intention) Pour que ça marche, il doit y avoir un couplage entre ce que j’observe et les mouvements de la main, coordonnés par une intention. L’intention : que la surface de l’eau ne touche jamais le bord du verre. 

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