Comment après avoir été quitté retrouver l’envie d’aimer à nouveau ? Que se passe-t-il dans un travail de deuil amoureux ? Tour de la question douloureuse de la séparation.

Se consoler d'un chagrin d'amour
Se consoler d'un chagrin d'amour © Getty / Rafa Elias

Amour rime rarement avec toujours, même si en la matière nous nous berçons d’illusions. Comment faire pour que les chagrins d’amour… finissent bien ? Dans l’émission Grand Bien vous fasse,Ali Rebeihi, accompagné de trois psys, a proposé des pistes pour une renaissance après ce traumatisme

Dans un chagrin d’amour que se passe-t-il ?

La vie qui était en couleurs passe en noir et blanc brutalement. On n’a plus envie de vivre. Parce que l’être humain est fait pour être aimé, et pour aimer. C’est une vraie catastrophe quand on perd l’amour. La séparation est une des épreuves de la vie.

Pourquoi la séparation fait mal ?

Être quitté est douloureux en soi. Souvent une séparation ravive le souvenir des ruptures antérieures. Les séparations précédentes surchargent la douleur du présent. Et on a tous un enfant qui sommeille en nous : dans un chagrin, on revit la souffrance de ne pas avoir été aimé à certains moments plus anciens de la vie. L’être humain est seul, mais l’amour comble ce vide. Quand l’amour se retire, c’est une double souffrance.

Exemple de rupture avec Le journal de Bridget Jones :

Le témoignage de Philippe, pasteur, auditeur genevois :

On a souvent l’impression qu’on ne se remettra jamais d’une rupture amoureuse. Oui, le monde s’écroule. J’en souffre encore. Je me suis même mis à boire. Le ciel m’était tombé sur la tête. […] Là, après mon divorce, je suis allé voir un psychologue. J’étais détruit. Maintenant, je vais mieux. Le deuil d’une relation est très long.

Que faire après la rupture ?

  • Une rupture est une traversée. Elle réclame d’y être complètement. D’aller mal, de pleurer, de la vivre amplement.
  • Il faut en parler. La parole est nécessaire mais il faut bien choisir son écoute : elle doit être bienveillante, ne pas juger, et ne pas donner de conseil, au moins dans un premier temps. Et admettre qu'il y a un écart immense entre la douleur de la victime de la séparation et l’entourage qui relativise.
  • On peut être aidé par des médicaments un moment quand la douleur est trop aiguë. Mais ils ne doivent pas empêcher le travail de deuil. Un travail sur soi qui doit conduire à une transformation de laquelle naîtra l’envie d’à nouveau prendre le risque d’aimer.
  • Ne pas trop s’isoler. Faire son chemin tout seul, ne veut pas dire s’isoler des autres.
  • S’entourer de beaucoup de douceur et ne pas se priver d’occasions qui peuvent nous apporter du plaisir. Même s’il faut parfois se forcer un petit peu. Retrouver le plaisir, c’est se retrouver soi.
  • Accepter qu’il faut du temps.

Aujourd’hui, le Ghosting

Le ghosting, c’est quand la personne disparaît brutalement de la vie de la personne. Ces ruptures brutales ont toujours existé, même quand les smartphones n'existaient pas. Mais aujourd'hui, alors qu'il y a tellement de moyens et de moments d'être connecté, il est particulièrement violent de ne plus avoir de contact du tout. La séparation est plus difficile à surmonter quand on n’a pas d’explication. Mais parfois il faut renoncer : vouloir se faire expliquer pourquoi l’autre ne nous aime plus, est tout à fait vain. On n’explique pas le désamour. Dans ces cas-là aussi un psy pourra aider à mettre des mots.

Après le choc de la séparation ?

Il faut pouvoir s’approprier la séparation. Ne pas seulement la subir, mais faire des liens avec sa propre histoire, son passé, ses anciens chagrins d’amour qui commencent dès l’enfance. Il faut pouvoir trouver un sens. Et quand on a retricoté tout ça, le renoncement peut se faire. Ensuite viendra le questionnement plus profond : que suis-je allé chercher dans cette histoire ? Qu’est-ce que j’ai projeté ? On s’est tellement raconté le film de cet amour… que peut-être qu’on n’est plus à l’écoute de l’autre, et des signes qu’il nous envoie.

Le travail de deuil

Le deuil d’une relation n’est pas exactement la même chose que la mort d'un proche, mais c’est une perte. Comme toute perte, elle nécessite un travail qui s'apparente à celui du deuil. En tous les cas, on doit passer par des étapes. Avec le deuil et le chagrin d’amour, nous faisons l’expérience de notre humanité. Dans le sens le plus aigu, le plus incroyable, celui de de notre précarité : il n’y a rien qui n’existe toujours. Et ces deux traumatismes nous font toucher du doigt notre profonde solitude. Une notion que l’on passe notre temps à oublier

Le deuil, c’est affronter et assumer cette solitude. On peut parler et pleurer avec d’autres, mais se consoler vraiment il faudra plonger seul dans ce chagrin pour assumer comme être désirant et aimer à nouveau.

Les freins au deuil

Ce qui peut empêcher de surmonter le chagrin, c’est d’anesthésier le travail de deuil, de le refuser. Or, le refuser, c’est reculer seulement ce travail qui sera nécessaire à un moment ou à un autre. On ne peut pas faire l’économie de la souffrance.

Conseil à un « quitteur »

L’abandonneur aimerait souvent ne pas faire mal en quittant l’être qu’il a aimé. Mais c’est illusoire. Honnêteté et bienveillance n’empêcheront pas la souffrance, mais des personnes bien quittés pourront à nouveau aimer. Ils ne seront pas ces grand brûlés de l’amour qui s’empêcheront de retomber amoureux par peur d’être abandonnés.

Quand sait-on qu’on a surmonté le chagrin ?

On sait qu’on a surmonté l’épreuve, quand on ne souffre plus, quand évoquer la séparation ne provoque plus de douleur, que l’on peut penser à l’histoire passée sans que ça nous rende malade. On est guéri quand on s’est réconcilié avec cette histoire, quand, au-delà de la rupture, on est content d’avoir vécu l’histoire d’amour qui l’a précédé. Surtout, le chagrin d’amour finit bien quand on est est prêt à aimer à nouveau.

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