Groupes Facebook dédiés à la survie qui attirent de plus en plus, vidéos sur Youtube, razzia dans les boutiques en ligne... En cette période d'épidémie de Covid-19 et de confinement, le mouvement survivaliste, qui vise à se préparer à une éventuelle catastrophe, connaît un regain d'intérêt.

Une photo du premier "Salon du survivalisme" à Paris, en 2018. L'édition 2020, qui devait se tenir du 20 au 22 mars, a été annulée à cause de l'épidémie.
Une photo du premier "Salon du survivalisme" à Paris, en 2018. L'édition 2020, qui devait se tenir du 20 au 22 mars, a été annulée à cause de l'épidémie. © AFP / Olivier Donnars

Face au coronavirus, ils étaient déjà prêts. S'il y a en a qui n'ont pas dévalisé les rayons des grandes surfaces avant le confinement, ce sont bien ceux que l'on appelle communément les "survivalistes" : ces personnes qui se préparent dans l'éventualité d'une catastrophe, qu'elle soit naturelle ou provoquée par l'homme. 

Fini le cliché du survivaliste terré dans son bunker en attendant la fin du monde. Le survivaliste de 2020 fait partie de groupes Facebook, prodigue souvent des conseils à ses proches, tout en essayant d'adopter un mode de vie autonome. Et en cette période d'épidémie la pratique semble gagner du terrain, comme le montrent le succès de communautés et de vidéos sur le web, ou encore l'attractivité des boutiques survivalistes en ligne.

Facebook : augmentation des abonnés aux groupes survivalistes

Sur Facebook, les survivalistes ont le vent en poupe. En témoigne l'adhésion à des groupes consacrés au sujet. "Survivalisme en France", par exemple : 15 000 membres, dont 1 000 adhérents supplémentaires le mois dernier. Ou encore, le groupe "Survivalistes francophones", communauté de 16 000 personnes ( 2000 membres sur les 30 derniers jours). 

Des groupes où les internautes partagent leurs bons tuyaux ou demandent conseil. Sur "Survivalisme en France", les derniers messages publiés sont pour le moins hétéroclites : "Quelle marque de graines utiliser pour vos plants ?" côtoie ainsi la question "Salut, diriez-vous que l’arbalète est une bonne arme de défense du domicile ?" 

John, contacté par France Inter, fait lui partie du groupe Facebook survivaliste "Citoyens prévoyants" (passé en un mois de 3 500 à 5 000 membres). Survivaliste depuis 10 ans car "persuadé qu’un effondrement va se produire dans les années à venir", il vit en autonomie avec sa femme dans une ferme en pleine campagne bretonne. Ils produisent leurs propre légumes et fruits, 80 % de leur viande et charcuterie.

L’épidémie de coronavirus sera le grain de sel qui va provoquer l’effondrement", John, survivaliste

John indique avoir "tout de suite compris la gravité de la pandémie" et s'est préparé en conséquence : "On a du acheter en urgence tout ce qu’il fallait en matériaux pour les travaux en cours. On a arrêté de voir nos amis, nos beaux-parents. On a doublé nos stocks de bougies et de piles, d’épices, d’outillage. On a doublé nos outils d’autonomie : baratte à beurre, presse à huile, moulin à farine..." Le Breton a aussi prévu "des kilomètres de barbelé pour pouvoir augmenter la sécurité" autour de sa ferme. 

Selon lui, le coronavirus donne raison aux survivalistes : "Les citoyens qui n’étaient pas prêts vont provoquer des pénuries. Les survivalistes, eux, peuvent se confiner sans problème et sans risque de manquer de quoi que ce soit. Une pandémie, c'est l'une des raisons pour lesquelles les survivalistes se préparent."

Youtube : succès de vidéos traitant du survivalisme

Sur YouTube, des vidéos abordant le survivalisme en période d’épidémie sont visionnées des milliers de fois. C’est le cas d’une vidéo intitulée "PANDÉMIE : et si les SURVIVALISTES avaient RAISON ?", postée le 19 mars et déjà vue à 100 000 reprises.

"Grosso modo, se préparer à quelque chose qui peut vous tuer, c'est se donner les moyens d'y survivre", juge le youtubeur "ma ferme autonome" (152 000 abonnés).

Razzia dans les boutiques en ligne

Conséquence aussi de l'épidémie de Covid-19 : le nombre de commandes sur les sites spécialisés en matériel de survie augmente fortement. "Il y a une plus forte demande, je dirais le double par rapport à d’habitude", estime Christophe Garon, fondateur du site survivre.com, joint par France Inter : "Ça concerne les rations de survie longue conservation, tout ce qui est filtration d’eau, et puis les classiques : masques de protection et gel hydroalcoolique." Ces deux derniers produits sont d’ailleurs en rupture de stock : compliqué pour la boutique en ligne de se faire approvisionner en période de confinement et de restriction des déplacements. 

Exemples de produits consacrés au survivalisme proposés sur survivre.com.
Exemples de produits consacrés au survivalisme proposés sur survivre.com. / Capture d'écran survivre.com

"Il y a aura de plus en plus de crises donc les gens vont devoir faire avec. Ceux qui sont intelligents vont s'équiper un peu à l’avance : c’est là où on joue un rôle important. Ça ne nous fait pas plaisir que notre chiffre d’affaire augmente en temps de crise", souligne le créateur du site, qui se décrit non comme un survivaliste "type fin du monde" mais comme "intéressé par l’évolution politique, climatique et écologique de l’humanité."

Un survivalisme bien différent de celui des années 60

Ce qui est sûr, c'est que le survivalisme actuel n'a plus grand chose à voir avec le survivalisme d'hier. "À la base de la pratique, créée aux États-Unis dans les années 60, le survivalisme était quelque chose d'individuel, d'égoïste : c’était se terrer seul dans un bunker en accumulant des stocks, des vivres, parfois même des armes", explique à France Inter Bertrand Vidal, professeur à l'université Paul Valéry de Montpellier spécialisé dans les sociologies de l'imaginaire. 

"Dans les années 2000 et 2010, on est passé à ce qu'on appelle le néo-survivalisme : des personnes qui vont solliciter leur famille, leurs voisins, leurs amis… Et utiliser les réseaux sociaux comme Facebook pour à la fois divulguer leur crainte et essayer de proposer des manières de s’en sortir", poursuit l'auteur de "Survivalisme : êtes-vous prêt pour la fin du monde ?" aux éditions Arkhê. 

Certains survivalistes "déçus" ?

Et face à la crise du Covid-19, "ils sont assez déçus, je pense", avance Bertrand Vidal. "Certains survivalistes ont peut-être l'idée de devenir un leader dans le monde après, de se retrouver : parfois quand on devient survivaliste, on cherche à trouver un sens à notre vie, à s’échapper du métro-boulot-dodo."

Tout l'inverse, en somme, de ce qui se passe actuellement en période de confinement : "les survivalistes ne doivent pas se confronter aux éléments sauvages, mais se retrouvent comme tous à consommer Netflix et occuper leur temps perdu."

Déception aussi pour certains de ne pas avoir pu se rendre au "Salon du survivalisme", qui devait initialement se tenir à Paris du 20 au 22 mars. Rassemblement annulé... à cause du coronavirus.

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