Un peu plus d'un mois après le concert d'Etienne de Crécy et Indochine à l'AccorArena de Paris, l'équipe de recherche qui a travaillé sur cette expérience publie ses premiers résultats. Ceux-ci sont encourageants : il n'y a pas eu plus de contaminations à la Covid que la normale chez les participants au concert.

Le public de l'AccorArena, à Paris, le 29 mai lors du concert-test
Le public de l'AccorArena, à Paris, le 29 mai lors du concert-test © AFP / STEPHANE DE SAKUTIN

Le 29 mai dernier, un peu moins de 4 000 personnes s'étaient retrouvées à l'AccorArena à Paris, pour un premier concert sans distanciation physique depuis le début des restrictions sanitaires. Un concert organisé dans le cadre d'une expérience scientifique, "Ambition Live Again", menée par l'AP-HP en association avec le Prodiss, le syndicat du spectacle vivant.  

Ce jeudi, les premiers résultats de l'étude nommée SPRING sur ce concert expérimental ont été publiés, et ils sont encourageants : "_On peut conclure au fait que nous n'avons pas déclenché de foyer épidémique dans ce concert"_, explique la professeure Constance Delaugerre de l'AP-HP, coordinatrice de l'étude.  

"Notre hypothèse était fondée sur le fait qu'en testant en amont et en recommandant le port du masque chirurgical, il n'y aurait pas de transmission virale lors d'un concert en salle fermée, sans distanciation physique, et en pleine jauge. Encore fallait-il le démontrer. Et je pense que notre étude l'a démontré rigoureusement sur un plan scientifique", explique la chercheuse.  

Le virus ne s'est pas plus transmis chez les participants que chez les autres 

Au moment de l'expérience, les participants, âgés de 18 à 45 ans sans comorbidités, ont été partagés entre un groupe "contrôle", qui n'a pas participé au concert, mais qui a été testé dans les mêmes conditions, "pour obtenir l'incidence au même moment sur la même population", et un groupe "concert" qui, lui, a participé au spectacle. "Dans le groupe contrôle, nous avons obtenu, sept jours après, trois cas sur 1 947 personnes. Dans le groupe concert, nous avons trouvé 8 personnes sur les 3 917 participants", détaille la Pr Constance Delaugerre. 

En termes d'incidence, cela donne donc un taux de 0,2% dans le groupe concert et 0,15% dans le groupe contrôle. "Ces incidences sont comparables, on parle de non-infériorité", analyse la coordinatrice de l'étude, qui ajoute qu'elles correspondent, par ailleurs, aux taux d'incidence mesurés à cette époque-là en Île-de-France pour cette tranche d'âge, qui étaient entre 150 et 200 cas/semaine pour 100 000 personnes. 

Par rapport aux autres études européennes sur les concerts, celle de Paris présente une spécificité supplémentaire : les participants au concert, qui avaient subi un test antigénique avant le spectacle (pour vérifier qu'ils puissent bien entrer dans la salle) ont aussi réalisé un prélèvement salivaire après le concert, qui a fait l'objet d'un test PCR. "Et nous avons réalisé que parmi les 8 cas positifs identifiés, 5 étaient déjà positifs le jour-même : ce sont des personnes que nous avons 'ratées' avec le test antigénique. Ces cinq personnes auraient pu générer un foyer de transmission. Mais le masque a été très bien porté, ce qui a permis de contrôler la transmission virale". 

Un public pro-actif  sur les mesures sanitaires

Le masque est donc identifié par l'équipe de l'étude comme un élément capital de la non-transmission. Celui-ci a en effet été très bien porté par les participants : un dispositif faisant appel à l'intelligence artificielle a évalué à 91% le bon respect du port du masque.  

Autre enseignement de l'étude : le public prêt à participer à l'expérience s'est révélé être un public "extrêmement pro-actif sur des mesures sanitaires pour reprendre une vie normale" : 50% des participants à l'expérience avaient déjà bénéficié d'au moins une dose de vaccin, alors que ce n'était pas requis, et que la vaccination pour ces tranches d'âge venait d'être autorisée. "C’est intéressant de savoir qu’on a capté là une population qui est prête, qui n’est pas réticente à la vaccination, au port du masque. C’est à la fois une très bonne nouvelle, et en même temps ce sont les limites de tout essai, où il est possible qu’on ne représente pas la totalité des jeunes", note Constance Delaugerre. 

Le masque toujours efficace contre les variants 

Les résultats de l'étude seraient-ils les mêmes aujourd'hui, avec le variant Delta entré en jeu ? Selon la chercheuse, il n'y a pas de différence nette : "Le masque, c’est une barrière physique qui dépasse les variants : le virus a des moyens de mieux infecter les cellules, mais ce virus n’est pas plus petit. (…) Le masque reste donc une étape mécanique majeure dans les grands rassemblements. Je pense qu’avec du testing avant et en mettant le masque, nos résultats sont extrapolables".