Le patron de Qwant, moteur de recherche européen, n'est pas surpris de la condamnation de Google par la CNIL. "Nous savions que Google ne respecterait pas le RGDP", explique Eric Léandri, mais il s'indigne de voir que la liste des amendes infligées au géant de l'internet n'a pas l'air de le faire changer d'attitude.

Google écope d'une amende de 50 millions d'euros infligée par la CNIL
Google écope d'une amende de 50 millions d'euros infligée par la CNIL © AFP / Lionel Bonaventure

50 millions d'euros, l'amende infligée par la CNIL à Google pour non-respect du nouveau règlement  européen sur la protection des données personnelles (RGPD) ne fera sans doute pas plier la firme de Mountain Valley. La sanction reste donc modeste au regard de la puissance financière de Google : sa maison mère, Alphabet, a réalisé en 2017 un chiffre d'affaires en hausse de 23% à 110,9 milliards de dollars, et un bénéfice net de 12,7 milliards. Le montant est néanmoins du jamais vu en Europe pour une affaire de ce type.

Pour Eric Léandri, patron de Qwant, c'est tout de même une victoire sur la défaitisme qui avait accompagné l'entrée en vigueur du RGDP. "Souvenez-vous, tout le monde disait que les acteurs américains du web resteraient intouchables car ils se mettraient en conformité. Il vous ont fait accepter des nouvelles conditions d'utilisation. Mais en fait, ils ne sont en accord sur aucun point avec le RGPD explique-t-il. La CNIL a fait un travail très sérieux. Qwant peut en témoigner car nous aussi nous avons reçu la visite des équipes de la CNIL et je peux vous dire qu'ils sont très au point. Donc Google est condamné à 50 millions d'amendes pour la France, imaginez le même scénario répété dans les 27 pays européens, cela ferait une amende de 27 fois 50 millions."

La CNIL avait été saisie, dès l'entrée en vigueur du RGPD, par des plaintes déposées séparément par deux associations de défense des droits des internautes - la Quadrature du Net (France), et None Of Your Business (NOYB), fondée par le militant autrichien de la protection des données Max Schrems. La Quadrature du Net affirme agir au nom de près de 12 000  internautes français.

Pour son enquête, la Commission a accompli le parcours que doit faire un nouvel utilisateur de smartphone Android (le système d'exploitation pour smartphone de Google) pour établir un compte Google et se servir de son appareil. "Nous ne nions pas que Google informe l'utilisateur qui ouvre un compte, de l'exploitation qui sera faite de ses données", a expliqué Mathias Moulin, le directeur de la protection des droits et des sanctions à la CNIL. Les traitements du type de ceux faits par Google peuvent, potentiellement, "révéler des pans entiers" de la vie des internautes "car ils reposent sur un volume considérable de données, une grande variété de services et des possibilités de combinaisons de données quasi-illimitées", a souligné la CNIL dans son communiqué expliquant la sanction.

"Il faut prendre conscience de jusqu'où ces gens sont prêts à aller"

Mais Eric Léandri va plus loin et rappelle que Google a été condamné en Europe, à deux autres amendes de l'ordre de 2 et 4 milliards d'euros, "cela fait 6 milliards au total, en plus des 50 millions d'euros aujourd'hui, tout le monde leur dit qu'il faut qu'ils arrêtent de nous prendre pour des idiots. Est-ce qu'il est possible d'avoir quelqu'un en face qui veut bien écouter ? Quelle que soit l'amende, ils n'en prennent aucun ombrage. Ils ont fait appel pour les précédentes amendes, et ils paieront dans deux ans. Que faut-il faire pour leur faire comprendre qu'il doivent devenir plus éthiques tout simplement ?", s'indigne-t-il. 

Désormais le petit poucet de l'internet dénonce également l'abus de position dominante de Google sur les smartphones. "Google abuse de sa position dominante en récompensant financièrement les constructeurs de téléphones qui installent son moteur de recherche par défaut, et fait payer ceux qui l'écartent. Ils sont clairement dans un abus de position dominante. C'est comme si France Télécom avait interdit l'accès au marché à des opérateurs comme Bouygues Télécom ou SFR". 

Et Eric Léandri de conclure : " Il faut prendre conscience de jusqu'où ces gens sont prêts à aller et jusqu'où ils sont prêts à pousser le bouchon". 

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