La ligne téléphonique d'écoute et de soutien psychologique, dédiée spécialement aux chefs d'entreprises, a reçu plus de 1.200 appels depuis le mois d'avril. Certains sont en grande détresse psychologique depuis le début du confinement.

Parmi les chefs d'entreprise qui appellent, beaucoup exercent une activité "non essentielle".
Parmi les chefs d'entreprise qui appellent, beaucoup exercent une activité "non essentielle". © AFP / KARINE PÉRON LE OUAY / HANS LUCAS

Que leur commerce soit fermé ou pas, qu'ils aient des salariés au chômage partiel ou pas, la double crise sanitaire et économique est rude pour les chefs d'entreprise qui font le dos rond depuis près d'un an désormais. Le confinement, et les règles sanitaires qui vont avec, ont fait couler plus d'une entreprise. D'autres maintiennent leur société à flots comme ils peuvent. Souvent au prix d'une santé psychologique fragilisée

Depuis le mois d'avril 2020, une ligne téléphonique d'écoute et de soutien psychologique existe, à leur seule destination. Elle sera active au moins jusqu'au mois d'avril 2021, le ministère ayant décidé de la prolonger. Ce numéro, le 0.805.65.50.50, est joignable sept jours sur sept, de 8 heures à 20 heures. 

Dans les cas les plus préoccupants, le chef d'entreprise se voit proposer, "dans la plus stricte confidentialité", une prise en charge rapide et gratuite par un psychologue spécialement formé. Dans autres cas, une réorientation est proposée vers des structures publiques ou privées spécialisées dans ce type d'accompagnement.

Des chefs d'entreprise au bord du suicide

Depuis avril dernier, cette ligne a reçu 1.200 appels, dont la moitié a nécessité une prise en charge. Marc Binnié, le président de l’association spécialisée Apesa (Aide psychologique aux entrepreneurs en souffrance aiguë), qui gère la ligne d’appel téléphonique, raconte ainsi l'histoire de cette cheffe d’entreprise qui, se sentant fragile, décide d’éviter une route bordée de platanes. Ou encore de ce chef d’entreprise qui, à la fin d’une prise en charge, remet au psychologue la corde qu’il venait d’acheter

"Un chef d'entreprise doit s'occuper de ses salariés, de ses clients, adopter des règles, des normes. La question c'est : qui s'occupe de lui quand tout va mal ?" se demande Marc Binnié. Début novembre, l'association comptabilisait une augmentation globale des prises en charge de 46 % par rapport à 2019 sur la même période. 

Les commerces "non essentiels" en première ligne

Difficile d’établir un profil de ceux qui appellent, mais pour Marc Binnié, beaucoup exercent une activité "non essentielle". À l'instar de ce vendeur de chaussures qui, ne pouvant pour exercer son métier, a subitement l'impression que sa vie n'a plus "aucun sens"

"De nombreux témoignages révèlent combien la souffrance vécue par celles et ceux qui sont aujourd'hui confrontés à l'impensable, au rêve brisé de la disparition éventuelle de leur entreprise, au sentiment de perte d'identité, de dignité et d'utilité, est souvent une extrême souffrance", analyse-t-il. L'association se charge de faire comprendre à ces chefs d'entreprise que si leur activité n'est pas essentielle, ceux qui l’exercent, eux, sont en revanche essentiels.