Alors que la crise sanitaire s'est transformée en crise sociale, certains ménages se retrouvent dans l'impossibilité de payer les contraventions reçues pour non détention d'attestation de sortie. Un collectif associatif s'est emparé du dossier et demande l'effacement de ces amendes pour les familles les plus modestes.

Contrôle de police pendant le confinement, à l'entrée de la gare de Lyon, Paris
Contrôle de police pendant le confinement, à l'entrée de la gare de Lyon, Paris © AFP / Antoine WDOWCZYNSKI / Hans Lucas

Il y a ceux qui ne veulent pas y penser et ceux qui sentent la pression monter avec angoisse. Une chose est sûre : le poids des PV à 135 euros sur le budget de certaines familles parmi les plus précaires est énorme, surtout pour celles qui perçoivent les minima sociaux. Or les conditions de vie, de logement et les contraintes de ces ménages ont justement entraîné des verbalisations à répétition dans certains foyers. Verbalisation des parents eux-même mais aussi de certains jeunes adultes qui ont ramené à la maison des contraventions. 

Manque d'information, photocopies à récupérer, logements suroccupés

De Roubaix à Marseille, en passant par Lyon, Argenteuil ou Clichy-sous-Bois en région parisienne, des ménages refusent de devoir choisir entre remplir le frigidaire et payer ces amendes. Il y a Lamia, mère de 5 enfants, dont le fils, sorti sans permission pendant le confinement, a ramené trois PV à la maison. "Je ne sais absolument pas comment faire, avoue-t-elle. Je vis du RSA et bénéficie de colis alimentaires. C'est déjà la débrouille pour nourrir tout le monde." À Lyon, Saïd raconte avoir été chercher un ami à la gare, sans attestation, "par oubli et manque d'information au tout début du confinement", dit-il, alors que les transports étaient à l'arrêt. "Je me suis fait verbaliser, sans aucune pédagogie, sans prise en compte de ma situation. Aujourd'hui je préfère faire un plein de courses que payer cette amende. Tanpis!

Quant à Fatiha, qui habite dans le centre-ville de Marseille, elle explique avoir manqué de photocopies d'attestation, obligée d'aller régulièrement au taxi-phone les imprimer. "30 centimes la photocopie d'attestation : trop cher à la longue lorsqu'on a un budget très très serré, avoue cette jeune femme seule, avec 3 enfants à charge. J'ai eu deux amendes quasiment en bas de chez moi alors que j'allais faire mes courses. Aujourd'hui c'est simple, je ne me pose même pas la question. Je ne peux pas payer ces 270 euros", quasiment un tiers de son budget mensuel. 

Prime de 150 euros... amende de 135 euros

Une situation d'autant plus absurde que l'Etat reconnaît aujourd'hui l'extrême précarité de ces familles en leur versant une prime exceptionnelle, selon Hassen Hammou du collectif marseillais "Trop jeune pour mourir", réseau associatif engagé sur la question des rapports entre police et population et qui, confronté à de nombreuses demandes, s'est emparé du dossier.

"L'État verse de l'argent pour aider ces familles d'un côté et en reprend de l'autre avec ces amendes. C'est illogique !" 

"On a commercé par créer une boîte mail : amendes.covid@gmail.com pour recenser les situations, et là des dizaines de mails nous sont parvenus, explique-t-il. On s'est rendu compte qu'il y avait une problématique nationale. On dit au gouvernement : ces amendes ont été le plus souvent délivrées par des fonctionnaires qui ne faisaient que suivre les consignes mais sans tenir compte de la réalité sociale de ces personnes. Ni de leurs conditions de logement. Quand vous êtes une famille nombreuse dans un petit appartement, c'est irrespirable. Les enfants sortent et il arrive qu'ils ne soient pas dans les clous des attestations. Aujourd'hui ces amendes plongent des familles dans l'inquiétude."

Le collectif appelle à une annulation des amendes pour les ménages les plus précaires, notamment les familles nombreuses et monoparentales. Demande soutenue par des militants du Secours Populaire et à laquelle s'associe Mohamed Mechmache de la coordination nationale des associations de quartiers populaires Pas Sans Nous. La requête est actuellement sur le bureau du ministère de la Ville et du Logement. 

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