Le confinement imposé pour lutter contre le Coronavirus fait monter la pression dans les prisons. Les parloirs sont suspendus et les dernières annonces de la ministre de la Justice pour adoucir le quotidien des détenus ne suffisent pas. Selon la contrôleure des prisons, il faut réfléchir à une loi d'amnistie.

Face à l'épidémie de coronavirus, Adeline Hazan demande des libérations anticipées.
Face à l'épidémie de coronavirus, Adeline Hazan demande des libérations anticipées. © Maxppp / Christophe Morin

Alors que le coronavirus progresse en France, les structures pénitentiaires doivent également respecter des règles de confinement. Les parloirs ont été suspendus pour tous les détenus de l'Hexagone, qui ne peuvent plus voir leurs proches. La pression monte dans les prisons et mardi dernier Adeline Hazan, la contrôleure générale des lieux de privation de liberté, a appelé à "réduire la surpopulation pour éviter la crise sanitaire"

Ce jeudi, Nicole Belloubet a donc annoncé en urgence plusieurs mesures pour calmer les tensions. Elle reconnait notamment que "la régulation de l'occupation des maisons d'arrêt constitue une priorité pendant cette période". Suffisant pour faire face à cette crise exceptionnelle ? Entretien avec Adeline Hazan.

FRANCE INTER : Télévision gratuite, crédit pour le téléphone, aide pour les plus démunis... Nicole Belloubet a annoncé des mesures pour les détenus afin de compenser la suspension des parloirs. Selon vous, cela pourrait-il calmer les choses en détention ?

ADELINE HAZAN : La situation est extrêmement dramatique, tant pour les détenus que pour les surveillants. Je prends note des mesures annoncées par la garde des Sceaux et je pense qu'elles vont dans le bon sens, mais elles restent insuffisantes. Accorder 40 euros par mois sur le compte téléphonique ne suffit pas. Les personnes ne peuvent absolument plus avoir de contact avec leurs proches, je demande donc une gratuité totale des téléphones. Je pense que la gratuité du téléphone est aussi importante que la gratuité de la télévision. La crise sanitaire et sociétale existe évidemment encore plus dans les prisons, on ne peut pas raisonner en termes de coût budgétaire et peu importe le coût que cela aura pendant quelques semaines. 

La ministre a également demandé aux juridictions "de différer la mise à exécution des courtes peines d'emprisonnement"...

"Cela me paraît aussi aller dans le bon sens. Mais je demande qu'il y ait aussi des libérations anticipées, notamment pour les courtes peines. Et par ailleurs, j'appelle la garde des Sceaux à impulser des mesures de grâces individuelles et à les multiplier. Elle pourrait également réfléchir et proposer une loi d'amnistie. Les lois d'amnistie existaient jusqu'en 2007. La situation que nous vivons actuellement justifie précisément qu'il y en ait une dans ces circonstances totalement exceptionnelles. Sinon, nous allons devant une situation extrêmement grave et je le répète, tant pour les détenus que pour les surveillants."

La crainte, c'est aussi le risque de mutineries ? On a évidemment en tête les événements début mars en Italie...

"Oui, absolument. Il y a déjà eu des débuts de mutinerie dans certains établissements qui ne sont pas allés plus loin. Mais il est évident que s'il n'y a pas des mesures plus fortes que celles annoncées, il y aura des problèmes dans les établissements pénitentiaires et particulièrement dans les maisons d'arrêt où les détenus se retrouvent à deux ou trois dans des cellules de neuf mètres carrés. Je rappelle qu'on est souvent à 200% de sur-occupation. Maintenant, les détenus se retrouvent sans activité avec un peu de promenade, mais pas beaucoup donc il est évident que s'il n'y a pas des mesures plus larges dans les jours qui viennent, on va au devant de problèmes extrêmement graves. La situation est suffisamment grave pour qu'il n'y ait plus d'idéologie dans la gestion de cette crise. Des mesures humanitaires doivent être prises dans la plus grande urgence".

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