Cela pourrait être l'une des conséquences les plus dramatiques du confinement en France : l'explosion des violences faites aux femmes. Si le gouvernement dit maintenir au mieux les dispositifs de lutte, pour les associations, cela ne suffit pas. À situation exceptionnelle, dispositif exceptionnel ?

En France, les inscriptions s'alignent au fil des rues afin d'honorer la mémoire des femmes victimes des violences. (Photo prise en décembre 2019)
En France, les inscriptions s'alignent au fil des rues afin d'honorer la mémoire des femmes victimes des violences. (Photo prise en décembre 2019) © AFP / AMAURY CORNU

"La période de crise que nous connaissons et le confinement à domicile peuvent hélas générer un terreau propice aux violences conjugales." Marlène Schiappa, la secrétaire d'Etat chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes, l'a souligné dans un communiqué lundi 16 mars. 

Pour "protéger" et "soutenir" les femmes victimes de violences, elle a ainsi rappelé les moyens mis en place par le gouvernement pour assurer leur sécurité. Les dispositifs restent les mêmes, seule l'activité du numéro 3919 doit être réduite. Suffisant ? Pas du tout, selon le collectif "Nous Toutes". "La hausse de ces violences durant le confinement n'est pas un risque, c'est une évidence", assène Caroline De Haas, membre de l'association. 

"Il n'est pas interdit de fuir"

Si le confinement nous impose de nouvelles règles pour notre santé, "Nous Toutes" veut aussi rappeler aux personnes victimes de violences leurs droits malgré l'enfermement. Sur Twitter, le collectif insiste, "il n'est pas interdit de fuir" :  

"A chaque fois qu’il y a une crise, il y une augmentation des violences. Cette crise-là nous oblige à rester enfermés chez nous. Le conjoint violent peut donc l’être toute la journée, c’est en continu", explique Caroline De Haas. Autre facteur : cette période de tension et de stress peut augmenter l'échelle de la violence. 

Un conjoint qui était violent psychologiquement peut le devenir physiquement. 

Emmanuelle Beauchêne, coordinatrice de l'association Solidarités Femmes en Loire-Atlantique, confirme : "Cela rend la situation plus dangereuse pour ces femmes mais aussi pour les enfants. On peut craindre une recrudescence des féminicides, comme c'est le cas au Pays basque espagnol. Il n’y avait pas eu de féminicides en 2019, là il y en a eu trois."

Il faut dire que les personnes victimes de violences ne peuvent pas s'isoler pour donner l'alerte en période de confinement, ajoute Anne-Charlotte Jelty. Elle dirige le CIDFF (Centre Information sur les Droits des Femmes et des Familles) des Hauts-de-Seine et répond aux appels du 3919 :  "Nous avons reçu moins d'appels. D’habitude, elles nous contactent lorsqu’elles sortent, lorsqu’elles vont au marché par exemple. C’est là qu’elles en profitent pour faire des démarches. Mais il ne faut pas oublier que nous ne gérons pas l’urgence dans nos centres, la police s'en charge."

Cette période de confinement est l'occasion pour les voisins d'être d'autant plus vigilants souligne la directrice du CIDFF 92 : "C’est une situation exceptionnelle, il faut être attentif à ce qu’il se passe à côté. Si on entend une femme ou un enfant victime de violences, on appelle directement le 17."

Fuir, mais pour aller où ? 

Malgré le confinement, les femmes peuvent encore être accueillies. La secrétaire d’État a demandé à ce que le dispositif se poursuive "dans le respect des mesures barrières".

Seulement, les centres d'hébergement sont "saturés" selon Marie Cervetti, directrice de l'association "FIT - Une femme, Un toit". Son centre est déjà complet, il ne pourrait pas accueillir d'autres "filles" : "Elles sont 60, comme à chaque fois. On est toujours plein". 

Durant la période de confinement, l'association fait son possible pour respecter les mesures de sécurité. Les ateliers sont annulés, les mains lavées régulièrement mais la directrice doit tout de même faire avec les moyens du bord : "Certaines filles se retrouvent à deux dans une chambre de 26 m2, ce n'est pas l'idéal pendant un confinement."

Dans le centre, des filles sont malades, d'autres enceintes et nous n'avons aucun masque, aucun gel hydroalcoolique. Comment, nous, on se protège pour ne pas être malades pendant le confinement ?

Ici, les deux encadrantes et Marie, la directrice, ne peuvent pas faire du télétravail. Leur présence est indispensable : "On doit leur parler, les rassurer, leur rappeler les gestes barrières et leurs droits". La population accueillie est d'autant plus vulnérable durant cette période de confinement : "C’est un boulevard pour l’agresseur. Par exemple, la famille peut rappeler la jeune femme victime de violences. Lui dire qu'elle sera mieux à la maison. Il y en a déjà une qui est partie hier."

Le confinement peut rappeler un moment de leur vie où elles ont été séquestrées. Il peut leur rappeler des injonctions paradoxales auxquelles elles ont eu droit pendant des années.

"Un plan d'urgence" 

Face à cette situation exceptionnelle, l'association "Nous Toutes" demande donc un dispositif exceptionnel : un plan d'urgence. 

L'activité du numéro 3919 est censée être maintenue mais elle est réduite pour protéger aux mieux les écoutantes (un transfert est en cours pour mettre en place le télétravail). Mais pour Caroline De Haas, "on ne peut pas uniquement reproduire les mêmes dispositifs, il faut en créer des spécifiques face à cette crise. Créer de nouveaux outils de signalement, proposer des appels 24/24…"

La militante rappelle aussi l'importance de bien former la gendarmerie sur les violences sexistes et sexuelles. "En période de crise, les réflexes ne seront pas toujours les bons. On veut surtout leur dire l’obligation de signaler au procureur lorsqu’un enfant est en danger." 

De son côté le gouvernement rappelle que sa plateforme "Arrêtons les violences" est toujours active et qu'elle est le canal à privilégier avec le 17 en cas de violences.  

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