Les Français vont-ils consommer plus ou moins après les deux mois de confinement ? L'Observatoire Cetelem a mené l'enquête, et rapporte que la proportion de sondés qui pensent consommer plus est quasi égale à celle qui envisage de consommer moins. Éclairage avec Flavien Neuvy, responsable de cet Observatoire.

Des acheteurs devant un magasin, le 11 mai à Paris
Des acheteurs devant un magasin, le 11 mai à Paris © AFP / SAMUEL BOIVIN / NURPHOTO

FRANCE INTER : Consommer plus ou moins ? Les personnes que vous avez interrogées sont divisées quasiment à parts égales.

FLAVIEN NEUVY : "C'est très frappant de voir cette division à parts égales. D'un côté, vous avez des Français qui nous disent que le confinement les a obligés à moins consommer, qu'ils se contentent de cela, et qui se disent qu'après, ils continueront sur cette tendance-là, ils vont vivre différemment. Et de l'autre côté, l'autre moitié, qui a envie, de nouveau, de consommer.

C'est vrai qu'il sera très intéressant de voir ce qu'il va se passer au cours des prochaines semaines, sachant qu'on a une partie des Français – mais pas tous – qui a économisé, qui a mis de l'argent de côté, parce qu'ils ne sortaient plus, ils n'allaient plus au cinéma, ils ne partaient plus en vacances. Les revenus les plus élevés ont profité de cette période pour mettre de l'argent de côté, alors que les revenus les plus bas ont été contraints, notamment, par une augmentation forte de leurs dépenses alimentaires."

Il y a aussi des intentions nettes : consommer mieux, made in France, plus local ?

"C'est très intéressant, parce que c'était déjà des tendances qu'on voyait apparaître depuis plusieurs années. Cette volonté de consommer local est vraiment très forte, parce qu'elle coche toutes les cases : la case économique (on aide le producteur local), la dimension environnementale, les circuits courts. Le consommer local, vraiment, c'est quelque chose qui marchait bien déjà. Mais on voit que cette crise renforce la volonté des Français de consommer au plus proche des producteurs. 

Plus largement, le made in France sort renforcé de cette crise : les Français ont découvert que dans une crise aussi grave et aussi inattendue, le fait d'être autosuffisant sur le plan alimentaire, d'avoir sa souveraineté nationale sur un certain nombre de domaines, est stratégique. Ça, les Français l'ont bien compris, et c'est pour cela qu'ils affichent cette volonté, même après la crise, de continuer à consommer français."

Des intentions aux actes, quel espace ? Quand on émet aussi fort des intentions, est-ce que cela signifie que derrière, les actes suivront ?

"Le sujet numéro un, c'est évidemment l'arbitrage permanent entre la volonté de bien faire, de mieux consommer, et la capacité financière. Je prends un exemple caricatural, mais si pour consommer local il faut payer 30% plus cher, beaucoup de Français ne pourront pas le faire, car le sujet du pouvoir d'achat est un sujet extrêmement présent dans l'esprit des Français, même de plus en plus."

Parce qu'une partie des personnes que vous avez interrogées ont perdu du budget dans les semaines passées…

"La baisse de pouvoir d'achat est une réalité pour de nombreux Français, ceux qui sont au chômage partiel, mais c'est aussi une grande crainte pour une immense majorité des Français : 72% d'entre eux nous disent qu'ils sont inquiets pour leur pouvoir d'achat. 

Il y a une tension permanente entre volonté de mieux consommer, et la réalité budgétaire qui n'offre pas beaucoup de marge de manœuvre, car il y a des dépenses contraintes – et notamment le logement, qui prend une place considérable dans le budget des Français.

Les marges de manœuvre financière sont très contraintes et laissent peu de place aux arbitrages en faveur d'une consommation plus responsable. Parce que qui dit plus responsable, dit un peu plus cher."

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