C'est un état des lieux du complotisme en 2018. Le rapport annuel de l'observatoire du conspirationnisme, "conspiracy watch", publié pour la première fois ce mercredi, dénonce des idées conspirationnistes en progression dans la société et recommande de renforcer l'éducation pour les combattre.

Présentation du rapport annuel de l'observatoire du conspirationnisme
Présentation du rapport annuel de l'observatoire du conspirationnisme © Radio France / Rémi Brancato

En 2001, les théories du complot sur les attentats du 11 septembre ont fleuri plusieurs mois après. Le 15 avril, l'incendie de Notre-Dame de Paris n'était pas encore éteint que déjà, de nombreux internautes criaient au complot sur les réseaux sociaux. La rapidité de diffusion des théories complotistes est l'un des enseignements de ce rapport annuel, intitulé "Complotisme et négationnisme - un panorama", premier du genre pour "Conspiracy Watch", l'observatoire du conspirationnisme, fondé en 2007 et qui traque depuis plus de 10 ans les théories du complot sur Internet.

Les "gilets jaunes", mouvement "emblématique de la banalisation" du complotisme

Discours politiques, relais dans les médias traditionnels : le rapport tente de dresser un panorama mondial du conspirationnisme, qui, selon ses auteurs, gagne du terrain.

Ces théories s'incarnent même désormais dans l'espace public et plus seulement en ligne. "On a vu sur des affiches portées par des gilets jaunes des accusations de complot contre Macron, contre les Rotschild, contre le sionisme" détaille ainsi Rudy Reichstadt, directeur de l'observatoire au sujet des gilets jaunes : "c'est un mouvement assez emblématique de la banalisation de cet imaginaire conspirationniste parce qu'il cristallise effectivement tout un imaginaire qui a pu se développer sur Internet depuis plus de dix ans et qui là a explosé dans l'espace public de manière très concrète".

En 2018 l'observatoire a pu quantifier la percée des idées complotistes, notamment par deux sondages réalisés en partenariat avec l'institut l'Ifop. Les résultats sont édifiants. Ils montrent ainsi que 27% de la population croit à l'existence d'une secte illuminati et 22% à un "complot sioniste".

Chez les gilets jaunes, ces idées sont encore plus prégnantes. En décembre 2018, après l'attentat de Strasbourg, 23% des sondés disant appartenir au mouvement, répondaient croire à une manipulation du gouvernement, contre 10% en pour la moyenne des Français.

Les Français, champions des anti-vaccins

Le rapport détaille ainsi l'influence de certains sites puissants, comme celui d'Alain Soral, véritable "navire amiral de la complosphère" selon Rudy Reichstadt, avec près de 5 millions de visites mensuelles. Un site et des réseaux en ligne qui ont, selon Valérie Igounet, historienne spécialiste du négationnisme et co-auteure du rapport, contribué à "donner de la visibilité, de la traçabilité aux théories négationniste". 

Certaines théories sont plus crues que d'autres. 43% des Français, selon le sondage Ifop, croient que le gouvernement cache la nocivité supposée des vaccins à la population. "Certaines personnes ne vaccinent plus leur enfant : on peut aujourd'hui mourir de la rougeole" se lamente Valérie Igounet, qui constate que les jeunes sont plus perméables aux théories du complot : "avec un nouveau public, avec la technologie, cela fonctionne plus qu'avant". Elle préconise donc de renforcer l'éducation pour lutter contre le complotisme. 

Education, justice, réseaux sociaux : des recommandations pour lutter contre les complots

Le rapport formule ainsi plusieurs "recommandations", comme le renforcement de l'éducation à l'histoire, aux sciences, la possibilité de poursuites judiciaires renforcées contre les propagateurs de complots. Ses auteurs demandent aussi que les plateformes numériques modifient leurs algorithmes afin de "cesser de suggérer ou recommander des contenus complotistes". 

Ce mardi soir, la conférence de présentation du rapport se déroulait dans les locaux de Twitter France, à Paris, prêté dans le cadre des activités philanthropiques du groupe. Les représentants du réseau social n'ont pas souhaité commenté les préconisations du rapport.

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