Ils étaient des milliers à Paris mardi soir, sur la place de la République, pour protester contre une augmentation des actes antisémites en France ces dernières semaines. Des jeunes, des vieux, des femmes, des hommes, des juifs, chrétiens ou athées : nous leur avons donné la parole.

France Inter a interrogé des Parisiens venus protester contre la hausse de l'antisémitisme, place de la République, mardi soir à Paris.
France Inter a interrogé des Parisiens venus protester contre la hausse de l'antisémitisme, place de la République, mardi soir à Paris. © Radio France / Xavier Demagny

La place de la République était noire de monde mardi soir, à Paris. Plusieurs milliers de personnes (20 000 selon le Parti socialiste, qui avait lancé l'appel) se sont réunis pour protester contre la hausse du nombre d'actes antisémites ces dernières semaines en France. Une cinquantaine de partis, associations, mouvements avaient appelé à faire front commun contre l'antisémitisme, derrière le slogan "Ça suffit". Les anciens présidents de la République François Hollande et Nicolas Sarkozy, le Premier ministre Édouard Philippe, ainsi que plusieurs membres du gouvernement et de nombreuses personnalités politiques ont assisté (depuis un périmètre sécurisé) à la prise de parole du rabbin Delphine Horvilleur et à la lecture de textes par des enfants. Mais aussi de nombreux anonymes : nous leur avons tendu notre micro.

Jean, 75 ans : "Un acte antisémite devrait toucher tout le monde"

Jean fait référence à Simone de Beauvoir et rappelle que "ce qu'il y a de plus scandaleux dans le scandale, c'est qu'on s'y habitue"
Jean fait référence à Simone de Beauvoir et rappelle que "ce qu'il y a de plus scandaleux dans le scandale, c'est qu'on s'y habitue" © Radio France / Xavier Demagny

"Je me suis déplacé parce que je pense que c'est une affaire qui nous concerne tous. Qu'on soit juif, musulman, catholique, agnostique ou athée (ce qui est mon cas). Le scandale, aujourd'hui, c'est que tout ça ne scandalise plus personne. Il faut descendre dans la rue pour montrer que la République, c'est autre chose que ce qu'il se passe en ce moment et que ça ne concerne pas uniquement les Juifs, ça concerne tout le monde. Il faut que la République, les citoyens, s'élèvent pour dire stop. Nous sommes tous juifs ce soir, un acte antisémite ça touche, ou ça devrait en tout cas toucher tout le monde."

Hélène, 68 ans : "J'ai été touchée au plus profond de moi-même"

Hélène a été choquée par l'agression d'Alain Finkielkraut.
Hélène a été choquée par l'agression d'Alain Finkielkraut. © Radio France / Xavier Demagny

"Je suis venue ce soir pour arrêter ce cycle de violence. C'est très important pour tout le monde, pas seulement pour les juifs. Que l'on arrête. Et il faut absolument donner de la voix pour arrêter cela. Regardons ce qu'il s'est passé pour Alain Finkielkraut : c'est honteux, ignoble. En voyant ces images, j'ai été touchée au plus profond de moi-même. Je suis catholique mais je suis aux côtés des juifs ce soir, je leur apporte tout mon soutien."

Antoine, 20 ans : "Dans la rue, on n'est pas regardé de la même façon si l'on porte une kippa"

Antoine, 20 ans, tient l'une des pancartes "Ca suffit" distribuées pour dénoncer l'antisémitisme.
Antoine, 20 ans, tient l'une des pancartes "Ca suffit" distribuées pour dénoncer l'antisémitisme. © Radio France / Xavier Demagny

"Je suis très ému d'être là, c'est un grand moment pour nous, ce sont des moments qu'il ne faut pas rater. Les relents d'antisémitisme de ces derniers mois, ces dernières semaines, on ne peut et on ne doit pas le tolérer. C'est absolument insupportable et c'est ce qui m'a poussé à venir. On ne doit pas dire "Il y a de l'antisémitisme en France mais…" La réalité c'est "Il y a de l'antisémitisme, point final". Moi je porte la kippa et quand on se balade avec dans la rue, on n'est pas regardé de la même façon que si l'on n'en a pas, très clairement. Le regard est dérangeant, les paroles le sont parfois encore plus, les coups pleuvent malheureusement de temps en temps. La seule chose à laquelle il faut faire attention, c'est de ne pas se retrancher dans la peur et avoir autant de haine que ceux qui en ont pour nous." 

Sophie, 36 ans : "Les juifs ne sont pas seuls"

La jeune trentenaire est venue apporter son soutien aux Juifs de France.
La jeune trentenaire est venue apporter son soutien aux Juifs de France. © Radio France / Xavier Demagny

"Je me suis déplacée parce qu'il faut réaffirmer les valeurs de la démocratie. Montrer aussi qu'il y a ces actes antisémites visibles mais qu'il y a aussi une grande majorité de personnes qui sont tout aussi visibles et qui sont contre ces actes. Ma présence, c'est un soutien apporté aux juifs mais aussi à la dignité humaine, montrer que l'ancrage de la démocratie est plus fort que l'antisémitisme. Les juifs ne sont pas seuls, nous les considérons comme des Français, des amis, de la famille. Les imbéciles ignorants qui s'en prennent à eux ne sont qu'une minorité."

Jean-Claude, 63 ans : "L'antisémitisme se banalise, sous prétexte d'antisionisme" 

"Il y a de l'antisémitisme, sous prétexte d'antisionisme".
"Il y a de l'antisémitisme, sous prétexte d'antisionisme". © Radio France / Xavier Demagny

"C'est important d'être là. Si l'on veut garder les juifs en France, le gouvernement doit les protéger. Je suis citoyen franco-israélien, je n'ai jamais été victime, mais je me sens en insécurité ici. L'antisémitisme se banalise, sous prétexte d'antisionisme. Le philosophe (Alain Finkielkraut) a été traité de "sale sioniste" : mais je pense que c'est simplement pour éviter l'insulte "sale juif" qui est un délit."

Pepina, 38 ans : "Il faut retrouver le bon chemin" 

"Il ne faut pas oublier le sens de l'Histoire" estime Pepina.
"Il ne faut pas oublier le sens de l'Histoire" estime Pepina. © Radio France / Xavier Demagny

"C'est important de montrer que nous sommes unis sur cette place de la République. La haine n'est pas la bonne manière de s'exprimer, dans toute l'Histoire ça n'a jamais aidé, il ne faut surtout pas l'oublier. C'est très angoissant, pour moi qui vient du Canada où l'on se mélange beaucoup, c'est très frustrant de voir qu'un pays qui a à la base un esprit de fraternité et d'égalité ne vit pas dans ce climat. Il faut que l'on retrouve le bon chemin." 

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