Alors que le monde attend un vaccin, certains pays se tournent vers des plantes médicinales et des préparations ancestrales. Un type de traitement controversé sur lequel se penchent des chercheurs, mais qui laisse la communauté scientifique internationale sceptique.

A Madagascar, le président a bu du "Covid organics", une préparation à base de plantes dont il a lancé la commercialisation le 20 avril.
A Madagascar, le président a bu du "Covid organics", une préparation à base de plantes dont il a lancé la commercialisation le 20 avril. © AFP / Henitsoa Rafalia / ANADOLU AGENCY

Tandis que le monde entier est en quête d'un remède contre l'infection au Covid-19 et que l'on se déchire sur l'utilisation de l'hydroxychloroquine, des traitements préventifs ou curatifs à base de plantes sont promus dans certains pays. Leur fondement scientifique est contesté, même si des chercheurs n'excluent pas de trouver des pistes contre le virus dans l'étude des végétaux et de la médecine traditionnelle. Dans tous les cas, leurs effets sont complexes à mesurer, puisque dans leur immense majorité, les malades guérissent spontanément avec le temps.

En Chine, le gouvernement mêle la médecine traditionnelle aux traitements "occidentaux"

Très tôt, les autorités chinoises ont promu les recherches sur des traitements contre le virus intégrant la médecine traditionnelle chinoise, et encouragé son utilisation sur des patients. Dès février, l'Académie des sciences de Chine affirmait que le médicament traditionnel "Shuanghuanglian", à base de plantes comme le chèvrefeuille, pouvait "inhiber" le virus. Le ministère chinois de la Santé a même recommandé le mois dernier une injection du nom de "Tan Re Qing" composée de bile d'ours, de poudre de corne de chèvre et d'extraits de plantes, pour les patients gravement atteints.

Le gouvernement se montre favorable à l'association de la médecine traditionnelle chinoise (MTC) "avec la médecine occidentale", et promet même que cette combinaison s'est révélée "efficace pour réduire la possibilité qu’une infection faible devienne sévère", assure le ministre des Sciences et de la Technologie, Xu Nanping. Au cours d'une conférence de presse le 9 mars, Yu Yanhong, à la tête de l’administration nationale de la MTC, a également déclaré que "la plupart des plus de 50 000 patients atteints de Covid-19 en Chine, qui se sont rétablis et sont sortis de l'hôpital, ont reçu un traitement de la médecine traditionnelle chinoise". Sans que l'on sache si c'est bien ce dernier qui a eu un effet.  Des essais cliniques sont en cours.

Bien que l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) ait intégré la médecine traditionnelle chinoise à la pharmacopée mondiale en 2019, elle met en garde contre toute prise de traitements, en particulier en auto-médication, car si "certains remèdes occidentaux, traditionnels ou domestiques peuvent apporter du confort et soulager les symptômes du Covid-19, rien ne prouve que les médicaments actuels permettent de prévenir ou de guérir la maladie", dans l'attente de résultats cliniques validés. Autrement dit, ce n'est pas parce qu'un patient qui va mieux a pris ces traitements, qu'il va mieux parce qu'il a pris ces traitements.

À Madagascar, un médicament à base de plantes lancé en grande pompe

Le président malgache, Andry Rajoelina, a officiellement lancé, le 20 avril, un "remède contre le Covid-19". Le médicament est commercialisé, sous forme de décoction en bouteille ou en poudre, sous le nom de "Tambavy" ("tisane bio") au prix d'environ deux dollars. Une préparation conçue par l'Institut malgache de recherches appliquées (IMRA).

Il contient de l'Artemisia annua, une plante d’origine chinoise, importée il y a plusieurs années sur la Grande île pour lutter contre le paludisme, associée à d'autres extraits de plantes tenues secrètes. Si jusqu'ici ce traitement est recommandé à titre préventif pour stimuler le système immunitaire, "les essais du médicament sur des patients atteints du Covid-19 (...) se sont avérés concluants", assure le chef de l'État. Il a même décrété obligatoire la prise de ce médicament pour les étudiants en classe de troisième et en terminale, qui retournent à l’école dès ce mercredi.

Le président malgache en fait également un enjeu d'influence au niveau mondial : il dit avoir reçu "beaucoup de demandes, de partout dans le monde, au Canada, aux États-Un is, en Europe", et a même annoncé suspendre "l’exportation de toutes les plantes médicinales utiles au traitement du Covid-19, en raison de la convoitise extérieure qui pourrait se manifester."

L’académie malgache de médecine, s’est exprimée mardi pour la première fois via un communiqué. Les scientifiques qui la composent alertent sur "les risques de préjudice sur la santé, notamment celle des enfants," liés à l'utilisations de ce "médicament dont les preuves ne seraient pas encore élucidées". 

Interrogée par RFI, Charlotte Ndiaye, la représentante de l’Organisation mondiale de la santé à Madagascar, émet de grosses réserves à cet enthousiasme local : l’heure actuelle, nous n’avons aucune plante médicinale qui a fait preuve de son efficacité concernant la lutte contre le coronavirus. Nous émettons donc des réserves puisque vous savez que l’OMS ne peut émettre ce genre de recommandation que lorsqu’on a des évidences, des  preuves factuelles scientifiques qui nous permettent de le faire. Cependant, l’OMS encourage et soutient au niveau africain les recherches faites vers l’utilisation de ces plantes médicinales", conclut-elle. L'organisation a d'ailleurs lancé des essais cliniques pour mesurer l'efficacité de plusieurs produits médicaux, dont des médicaments à base de plantes.

En Bolivie, des inhalations censées "dégager les poumons et empêcher la contraction du virus"

La Bolivie, qui compte près de 500 contaminations au nouveau coronavirus et plus de 30 morts, a mis en place des procédures de confinement, mais pas seulement. Sur ces images tournées dans la ville d'El Alto, en banlieue de la capitale La Paz, on voit des Boliviens entrer un par un dans des tentes bleues, appelées "chambres de désinfection naturelle". À l'entrée, des pancartes affublées de l’inscription : "ministère de la Santé".

À l'intérieur des tentes, on leur dit d'inhaler "profondément" des vapeurs issues de plantes, comme l'eucalyptus ou la camomille,"afin de dégager leurs poumons et empêcher la contraction du virus", explique le journal kényan Daily Nation. "On prévient, on anticipe", précise une des personnes encadrantes qui y voit une manière de "libérer les voies respiratoires, les bronches", de "prévenir la toux et l'asthme".

Là encore, aucune étude n'a démontré l'efficacité de ces plantes contre l'infection au Covid-19. D'autant que l'infection peut se faire certes par voie respiratoire mais aussi, entre autres, par contact avec un objet infecté.

Les Boliviens conjuguent d'ailleurs l'utilisation de ces plantes aux gestes barrières classiques, comme ceux appliqués en France : distanciation sociale, lavage de mains, ou utilisation de protections personnelles.

Des chercheurs de l'Arizona s'intéressent aux plantes

Le journal Phoenix New Times évoque la collaboration entre l'Arizona State University (ASU) et le Southwest College of Naturopathic Medicine (SCNM) dans une recherche de traitement contre le Covid-19 à base de plantes. L'étude est dirigée par Jeffrey Langland, professeur adjoint de recherche au Biodesign Center for Immunotherapy, Vaccines and Virotherapy de l'ASU et professeur agrégé de microbiologie médicale au SCNM. Pour le virologue, "il existe probablement des plantes qui pourraient être utilisées pour traiter ce virus".

"Leur point de départ est une collection de trente à quarante composés botaniques, appelés produits à base de plantes, qui ont montré divers degrés de succès dans le traitement du nouveau coronavirus et d'autres virus similaires. Parmi eux, ceux dérivés de l'isatis, de la réglisse chinoise et de la houttuynia", décrit le journal.

Toutefois, les Instituts américains de la santé (NIH) mettent en garde : "Il n'y a aucune preuve scientifique que l'un de ces remèdes alternatifs puisse prévenir ou guérir la maladie causée par Covid-19. En fait, certains d'entre eux peuvent ne pas être recommandés à la consommation." Quant à l'organisme gouvernemental de contrôle pharmaceutique et alimentaire (FDA) et la Commission fédérale du commerce (FTC), ils ont envoyé en mars des lettres d'avertissement à plusieurs sociétés vendant des produits "frauduleux" censés traiter contre les coronavirus, qui "présentent des risques importants pour la santé des patients et violent la loi fédérale". En exploitant la crainte de la population d'être contaminée.

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