La Conférence internationale sur le Sida réunit experts et militants, ce lundi, aux Pays-Bas. Loin de crier victoire, ils se retrouvent face à un paradoxe : s'il n'y a jamais eu autant de personnes vivant avec le VIH qui bénéficient d'un traitement, la prévention se relâche et les moyens manquent.

Depuis 2015, les autotests de dépistage sont disponibles dans les pharmacies françaises.
Depuis 2015, les autotests de dépistage sont disponibles dans les pharmacies françaises. © Maxppp / Christophe Petit Tesson

Plus de 15 000 délégués sont attendus à Amsterdam, aux Pays-Bas, pour une conférence d'une semaine sur la lutte contre le virus de l’immunodéficience humaine (VIH). L'occasion pour les scientifiques de faire le point sur les avancées, tout en rappelant que l'on est loin d'en avoir fini avec ce virus. 

Aujourd'hui, 36,9 millions de personnes vivent avec le VIH, en espérant qu'il ne s'aggrave pas en Sida, stade le plus avancé de l'infection. Pour la première fois depuis 2000, le nombre de morts annuel est passé en dessous de un million, en 2016 et en 2017 (940 000 décès). Deux fois moins qu'au moment du pic de l'épidémie atteint en 2005 avec 1,9 million de décès dans le monde liés au Sida. Pour l'Onusida, cette baisse est avant tout liée au progrès de la diffusion et de l'efficacité des traitements. En effet, près de trois personnes séropositives sur cinq prennent des médicaments antirétroviraux, soit la plus haute proportion jamais atteinte, selon le rapport de l’Onusida.

Nous n'allons pas assez vite pour lutter contre le virus.

Ces chiffres "ont donné à certains le cran de déclarer que la fin du Sida est à portée de main", relève le chercheur et ancien patron de l'Onusida, Peter Piot. Pourtant, les objectifs fixés en 2016 pour 2020 sont loin d'être réalisés. On visait moins de 500 000 nouvelles affections par an, il y en a encore un million 800 000 en 2017. Même objectif pour les décès, nous atteignons presque le double. "Nous n'allons pas assez vite pour lutter contre le virus", s'alarme François Dabis. Le directeur de l'ANRS, organisme chargé de coordonner et de financer la recherche publique sur le Sida.

On observe même une résurgence du VIH dans certaines régions du monde, en raison notamment d'un défaut de dépistage, "très associé à la question de la discrimination et de la stigmatisation", souligne François Dabis. "C'est le cas en Afrique centrale et de l'ouest, ainsi qu'en Europe de l’Est et Asie centrale", précise-t-il. En particulier dans les pays où les populations les plus exposées au VIH (les homosexuels et les toxicomanes notamment) font l'objet d'une législation répressive, l'isolement et le manque de prévention encouragent la propagation de l'infection.

Miser sur la prévention, pas uniquement sur le traitement

Pour François Dabis, certes "les traitements existent et sont disponibles, mais la principale difficulté que nous rencontrons désormais est de _faire prendre conscience aux personnes qu’elles peuvent et doivent se faire dépister_, et que c’est le seul moyen de pouvoir être traité" pour ne plus risquer de transmettre le virus. Ce qui fait dire à la présidente de l'International AIDS Society (IAS), Linda-Gail Bekker, que donner la priorité au traitement plutôt qu'à la prévention pourrait bien avoir été "une erreur stratégique". Paradoxalement, les traitements qui permettent de vivre avec le VIH auraient donc nui à la prévention.

Parmi les thèmes qui seront abordés au cours de cette conférence, la PrEP, combinaison de "Prophylaxie" (éviter une infection) et "Pré-exposition". Elle s’adresse "aux personnes qui n’ont pas le VIH et consiste à prendre un médicament afin d’éviter de se faire contaminer", explique l'association Aides. Aujourd'hui, environ 7 000 personnes en France utilisent le Truvada comme médicament préventif

Autre "hypothèse de travail sur laquelle des chercheurs sont engagés" et sur lesquels "on débattra pendant la conférence d'Amsterdam" : la rémission. Pour l'instant, les quelques rares cas de rémission concernent des personnes qui ont été dépistées très tôt et ont donc pu contrôler rapidement la progression du virus. François Dabis espère "qu’au travers de ces débats entre scientifiques, on puisse déboucher sur des programmes de recherche interventionnels permettant ensuite de proposer à des personnes de pouvoir arrêter les traitements".

L'argent, le nerf de la guerre

Pour réaliser de telles avancées, il faut de l'argent. Après avoir diminué pendant deux ans, les fonds versés aux pays à revenus faibles et moyens pour la lutte contre le Sida ont augmenté de 12% entre 2016 et 2017 pour atteindre 21,3 milliards de dollars. Problème : le président Trump a décidé de verser moins de fonds pour la lutte contre le VIH.

"On sait depuis de nombreuses années que l’on est en dessous des moyens qui nous semblent nécessaires pour lutter contre le VIH", déplore François Dabis. L'Onusida estime à 7 milliards de dollars par an les financements manquants pour que le sida ne soit plus une menace pour la santé publique mondiale en 2030

En 2019, la France accueillera le Fonds mondial de lutte contre le Sida, la tuberculose et le paludisme pour discuter du plan de financement international pour les cinq années suivantes. Il s'agira de mettre la main à la poche pour relever des défis encore nombreux, car après trois décennies de recherche, le virus reste incurable et sans vaccin.

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