Seule épreuve écrite du baccalauréat 2021, les copies de philosophie déçoivent les correcteurs. Beaucoup d'élèves, qui ont compté sur leur note de contrôle continu, n'ont pas fait l'effort de composer sérieusement.

Même s'ils ne sont pas étonnés, les correcteurs sont tout de même très déçus par les copies de philosophie de ce bac 2021.
Même s'ils ne sont pas étonnés, les correcteurs sont tout de même très déçus par les copies de philosophie de ce bac 2021. © AFP / Hans Lucas / Jean-François Fort

Cela fait une semaine que les copies de bac de philosophie ont été scannées, puis envoyées aux correcteurs. On se souvient que certains candidats avaient quitté les salles d'examen au bout d'une heure, beaucoup au bout de deux. Ils devaient au minimum signer la liste d'émargement et rester dans la salle pendant une heure. De nombreux élèves savaient qu'ils pouvaient d'ores et déjà compter sur leur contrôle continu. Alors qu'ont-ils écrit dans leurs copies pendant ce temps si bref ? Même s'ils ne sont pas étonnés, les correcteurs sont tout de même très déçus.

"Des copies bâclées, approximatives", constate Marie-Perret, professeur de philosophie au lycée Richelieu de Rueil-Malmaison, près de Paris, qui a une centaine de copies à corriger. "J'en ai corrigé à peu près la moitié", précise-t-elle, "et ce que je note c'est que le nombre de ce que l'on appelle dans notre jargon 'les non-copies', c'est-à-dire des copies très brèves, très peu consistantes, est très élevé cette année"

Très peu de candidats ont fait l'effort d'analyser le sujet, de construire une réflexion rigoureuse parce qu'il n'y avait pas d'enjeu pour la très grande majorité d'entre eux.

Les candidats n'ont pas poussé la réflexion très loin

En effet, cette année, pour tenir compte de la crise sanitaire et des cours qui se sont en partie tenus à distance, le ministère a accordé aux élèves la possibilité de garder leur note de contrôle continu en philosophie si elle est meilleure que celle obtenue à l'épreuve. "La correction des copies du baccalauréat, c'est un travail intéressant d'habitude", raconte Marie Perret, "car on découvre des candidats qui construisent une pensée originale... Mais cette année, ce n'est malheureusement pas le cas".

À Roanne, dans la Loire, Stéphane Pellicier est tout aussi déçu. "90 % des copies portent sur l'explication de texte", selon lui. "Les candidats ont compris globalement le texte mais il y a très peu de copies avec des connaissances du cours. Pas de référence, aucun auteur cité. Très peu de définitions précises. Ils ont fait le travail mais le minimum. Ils n'ont pas dû y passer très longtemps." 

Ce professeur de philosophie, qui anime un site pour les élèves de terminale, maphilosophie.fr, explique que sur les copies qu'il corrige, ses annotations sont le plus souvent "rapide, superficiel". "On voit qu'ils ont compris", complète-t-il, "mais on se dit que c'est dommage qu'ils n'aient pas développé davantage, qu'ils ne soient pas allés plus loin. Quelques-uns ont fait un gros paragraphe d'une quinzaine de lignes. J'ai une copie blanche, à laquelle je mets zéro bien sûr. J'ai deux 17/20 et plusieurs 16/20 mais la masse des copies, environ 75% des copies, se situent entre 8 et 12." 

Je suis un peu déçu quand même parce que ce n'est pas très intéressant à lire. Je lis des copies qui se ressemblent un peu toutes.

"Et je pense à mes élèves, je me dis qu'ils ont dû faire pareil. C'est dommage parce qu'on se dit que toute l'année, on a travaillé en cours, on leur a donné des références, qu'ils n'ont sans doute pas utilisées ce jour-là", poursuit-il. 

Copies interrompues

Pour autant, la correction n'est pas plus rapide puisque, pour la première fois, les copies sont numérisées, les enseignants corrigent sur écran et de nombreux bugs sont apparus. Une autre enseignante de philosophie, de l'ouest de la France, qui souhaite rester anonyme, explique qu'elle a eu des pages dans le désordre, des copies écrites au stylo illisibles

Sur les 130 devoirs qu'elle doit corriger, en filière générale, la plupart des candidats ont pris l'explication de texte ainsi que le premier sujet de dissertation "Discuter, est-ce renoncer à la violence ?". "Beaucoup d'élèves se sont mis à écrire directement, sans passer par le brouillon", fait-elle remarquer, "donc on a des copies où il n'y a pas de travail de conceptualisation, pas de travail de problématisation, pas forcément de plan élaboré. Cela donne le sentiment que cela a été écrit directement, au fil de la plume. Ce sont des copies qui traitent de la question d'un point de vue non-philosophique parce qu'en une heure ou une heure et demie, on n'a pas le temps de faire de la philo, c'est pour ça que l'épreuve dure quatre heures normalement." 

Certains candidats n'ont aussi pas rédigé jusqu'au bout. "Des élèves ont aussi interrompu la rédaction en plein milieu de l'explication", détaille-t-elle." Je pense que leurs copains partaient ou ils n'avaient pas envie de rester." 

J'ai eu un élève qui a conclu en plein milieu du texte en s'excusant de devoir partir mais qu'il en avait marre de composer.

Mais les professeurs n'en veulent pas aux candidats, comme le dit cette enseignante : "C'était quand même très difficile d'imaginer des élèves venir composer quatre heures alors que la majorité sait qu'elle a le bac. Donc je ne suis pas très surprise, parce que je crois qu'on ne pouvait pas s'attendre à autre chose. Je ne suis pas déçue de ce que je lis, je suis déçue de ce qui a été proposé aux élèves, de la manière dont l'épreuve s'est passée. C'est un peu triste." 

Pour Marie Perret, "les élèves ne sont pas responsables de la situation. À partir du moment où le ministère a décidé que cette épreuve n'en serait pas une, il fallait s'attendre à ce que le niveau des copies soit celui-ci. La responsabilité incombe plutôt au ministère qui aurait dû soit aménager l'épreuve bien en amont, bien avant le mois de juin, soit l'annuler."

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