Le plus gros éleveur de rhinocéros a obtenu l'autorisation de vendre aux enchères 500 kilos de cornes alors que ce commerce est illégal au niveau mondial.

La corne de ce rhinocéros élevé dans la ferme de John Hume en Afrique du Sud vient d'être coupée
La corne de ce rhinocéros élevé dans la ferme de John Hume en Afrique du Sud vient d'être coupée © AFP / MUJAHID SAFODIEN

Le milliardaire John Hume élève 1 500 rhinocéros au sud-ouest de Johannesburg en Afrique du Sud. Il coupe régulièrement leur corne qui repousse. Il posséderait au total 6 tonnes de cornes dans ses stocks. Il compte en vendre 500 kg aux enchères ce mercredi.

Un commerce illégal au niveau mondial

John Hume a obtenu en avril de la justice sud-africaine la levée de l'interdiction du commerce domestique des cornes. Les cornes peuvent donc être vendues dans le pays.

Le milliardaire John Hume organise la première vente aux enchères de cornes de rhinocéros ce mercredi
Le milliardaire John Hume organise la première vente aux enchères de cornes de rhinocéros ce mercredi © AFP / ALEXANDER JOE

Pourtant, le commerce international de la corne de rhinocéros est interdit depuis 1977 par la Cites (Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore menacées d'extinction), une instance dépendant de l'ONU. Une corne achetée en Afrique du Sud ne peut donc pas être exportée.

La vente, prévue initialement lundi, a été retardée de deux jours par l'organisateur en raison du recours déposé par le gouvernement sud-africain pour tenter de stopper cette vente. Le permis a finalement été remis lundi matin, mais le site internet précise que la vente commencera ce mercredi à 12h00 GMT.

L'Afrique du Sud, source du trafic

L'Afrique du Sud compte plus de 80 % de la population mondiale de rhinocéros. Les braconniers alimentent les marchés de la médecine traditionnelle au Vietnam et en Chine, et ont éliminé plus de 20 000 bêtes. Un millier de rhinocéros sont tués chaque année.

John Hume affirme que si le commerce devient légal et contrôlé, le braconnage et le trafic diminueront. Ce que démentent les ONG. Selon elles, une reprise du commerce domestique va en réalité faire augmenter la demande et donc encourager le trafic.

Selon l'ONG Save the rhino International, rien ne dit que si la vente de cornes est légalisée et que les prix baissent , le braconnage et le trafic cesseront.

Tangi Salaün, membre de l'ONG :

L'argument de John Hume d'inonder le marché pour stopper le braconnage n'est pas réaliste car rien ne garantit que cela suffirait à satisfaire la demande d'un marché potentiel de plus d'un milliard et demi de personnes en Chine et au Vietnam.

Le triste exemple des éléphants

Dans les années 70, les éléphants d'Afrique ont été massacrés pour le commerce d'ivoire. Puis le commerce mondial d'ivoire a été interdit par la Cites. Conséquence, le braconnage a diminué et la population d'éléphants a augmenté. Mais des pays ont obtenu des permis pour vider leurs stocks d'ivoire. La demande d'ivoire a alors augmenté à travers le monde et le braconnage a lui aussi repris.

La corne utilisée en médecine traditionnelle

John Hume affirme que les cornes vendues le seront uniquement en Afrique du Sud. Or, les Sud-africains n'achètent pas de cornes de rhinocéros. Elles sont surtout utilisées au Vietnam et en Chine à des fins supposées thérapeutiques. Un ministre vietnamien a ainsi affirmé il y a plusieurs années avoir guéri du cancer grâce à leurs propriétés, alors que la légende veut qu'elles permettent également de lutter contre la gueule de bois. Autant d'affirmations qui n'ont aucune base scientifique. En Chine, exposer une corne de rhinocéros est également désormais synonyme de réussite sociale.

D'ailleurs John Hume ne s'y est pas trompé : il a créé un site internet dédié à la vente aux enchères. Or, ce site est rédigé en anglais, en mandarin et en vietnamien, preuve s'il en fallait, qu'il s'adresse bien à des acheteurs potentiels à l'extérieur de l'Afrique du Sud.

Toutes les ONG de défense des espèces tentent de persuader ces deux pays de lutter contre le commerce illégal. Or, selon elles, leurs efforts risquent d'être réduits en cendres si la vente aux enchères de ce mercredi a lieu, car il s'agirait d'un mauvais signal.

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.