Percutantes, glaçantes, insolites ou émouvantes : France Inter a déniché des images qui, de par leur composition ou leur contenu, interpellent l'œil.

Avec l'épidémie, son lot d'images marquantes.
Avec l'épidémie, son lot d'images marquantes. © Captures d'écran / AFP

Depuis le début de l'épidémie de coronavirus en France, les images fortes se succèdent. Parmi elles, certaines photographies détonnent plus que d'autres : des patients infectés par le Covid-19 sur des lits médicalisés à bord d'un TGV, une église vide pour la messe de Pâques avec les photos des paroissiens accrochées aux bancs, un Allemand qui vient récupérer ses baguettes de pain françaises à la frontière avec une canne à pêche... Dix clichés marquants.

Le TGV médicalisé

Des malades évacués dans des régions où les hôpitaux sont moins engorgés qu'à Paris.
Des malades évacués dans des régions où les hôpitaux sont moins engorgés qu'à Paris. © AFP / Thomas Samson

Le personnel soignant installe des patients infectés par le Covid-19 à bord d'un TGV médicalisé, au départ de la gare d'Austerlitz à Paris, pour les évacuer vers des hôpitaux en région moins engorgés. Une photographie frappante signée Thomas Samson, photographe de l'AFP qui a pu monter à bord.

Dans les jardins d'un hôpital psychiatrique

L'infirmière est forcée de garder ses distances avec ses patients.
L'infirmière est forcée de garder ses distances avec ses patients. © AFP / Anne-Christine Poujoulat

Le cliché, pris par Anne-Christine Poujoulat dans le jardin de l'hôpital psychiatrique Valvert à Marseille, est saisissant. On y voit une soignante assise dans les herbes hautes, portant un masque de protection et discutant avec ses patients, tout en leur intimant avec la paume de sa main de respecter la distance de sécurité obligatoire. 

Les patients des services de psychiatrie, très isolés en cette période de confinement : ils ne peuvent plus recevoir de visites, ni participer à des activités de groupe.

"L'hôpital Valvert est basé sur la libre-circulation des patients, ce sont de petits pavillons qui sont dans un parc. Les patients circulent normalement et le personnel soignant n'a pas de signe distinctif, ni blouse ni rien", explique à France Inter la photographe Anne-Christine Poujoulat, qui a passé la journée dans l'hôpital : "or, avec le coronavirus, ils ont été obligé de mettre en place un dispositif plus ou moins inverse et des gestes barrières : le personnel doit expliquer aux patients de ne pas trop s'approcher, l'inverse de ce qu'ils font habituellement."

Anne-Christine Poujoulat détaille les coulisses : "Ils n'avaient pas encore passé la tondeuse, c'est les herbes folles, la vie que l'on voit tous depuis notre fenêtre. L'administration a beaucoup hésité à faire rentrer un photographe. J'ai fait en sorte de ne pas être trop proche, car on ne pouvait pas montrer le visage des patients, c'était un peu compliqué."

Une distanciation d'autant plus compliquée que les patients étaient assez demandeurs de photo, se souvient-elle : "Il y avait de vrais gestes pour aller vers moi, c'était délicat car ils avaient envie de parler, de s'approcher. C'est malgré moi que je m'éloignais."

De toute la série de photographies prises ce jour-là, celui-ci est son favori, car "le cliché raconte le contexte" : "Le geste fort de la paume de la main raconte la situation, cette double distance, subie par les soignants et par les personnes soignées."

Macron à tous les étages

13 avril, 20h. Le président de la République annonce la poursuite du confinement jusqu'au 11 mai a minima. Valentin Pilate, depuis la fenêtre de son appartement, réussit à prendre ce cliché : deux étages, deux téléviseurs, et deux familles en train de regarder simultanément l'allocution d'Emmanuel Macron. Une intervention suivie par 33,79 millions de téléspectateurs.

Messe en solitaire

Les paroissiens ont assisté à la messe. Ou presque.
Les paroissiens ont assisté à la messe. Ou presque. © AFP / Pascal Pochard-Casabianca

Confinement oblige, les célébrations de Pâques ont revêtu cette année une connotation toute particulière. Certains ont tout de même trouvé le moyen de célébrer la messe du Jeudi saint, comme Georges Nicoli, un prêtre corse. D'une part, la cérémonie a été retransmise en direct sur Facebook. Mais ce qui interpelle le plus, ce sont ces dizaines de photos de paroissiens, accrochées sur les bancs vides de l'église vide Notre-Dame de Lourdes à Bastia. Dans l'allée, sous l'œil du photographe Pascal Pochard-Casabianca, le prêtre balance lentement son encensoir, entouré des images des fidèles.

La Cène des soignants

Le personnel soignant est en première ligne face à l'épidémie. Du coup, quand c'est possible, certains en profitent pour relâcher un peu la pression. Parmi les  images sur les réseaux sociaux de soignants chantant ou dansant quand ils peuvent trouver un peu de répit, celle-ci, postée par l'Intersyndicale nationale des internes, interpelle : les soignants prennent tout simplement la pause, hiératiques, recréant à l'occasion de Pâques la mythique Cène de Léonard de Vinci. À s'y méprendre.

Le personnel a déployé une banderole pour témoigner leur gratitude.
Le personnel a déployé une banderole pour témoigner leur gratitude. © AFP / Mehdi Taamallah

Le 20 avril, comme tous les soirs, les applaudissements résonnent un peu partout pour témoigner le soutien au personnel hospitalier. Ce jour-là, le photographe Mehdi Taamallah est devant l'hôpital Georges Pompidou, à Paris. Il prend alors ce cliché de soignants euphoriques qui, galvanisés par les applaudissements et vivats, déploient une banderole afin de remercier les voisins qui applaudissent pour leur solidarité. Un beau cliché, saisi sur le vif, où l'on devine sans mal le large sourire des soignantes derrière les masques.

Concert de pompiers au pied d'un Ehpad

Un peu de musique pour mettre du baume au cœur des personnes âgées.
Un peu de musique pour mettre du baume au cœur des personnes âgées. © AFP / Arié Botbol

Ce que vous voyez est une photo prise lors d'un concert de solidarité, organisé devant un Ehpad de Nice. Mais, particularité : les musiciens font partie de l'orchestre des pompiers. La composition du cliché, signé Arié Botbol, est particulièrement forte et émouvante. Au premier plan, en contre-plongée, une accordéoniste de l'orchestre. Et au-dessus, les résidents, confinés et isolés, qui profitent de la musique depuis leur balcon ou leur fenêtre.

Le "mur des milles mercis"

Des dizaines et des dizaines de messages pour remercier le travail des éboueurs, toujours mobilisés en cette période de crise sanitaire.
Des dizaines et des dizaines de messages pour remercier le travail des éboueurs, toujours mobilisés en cette période de crise sanitaire. © AFP / Georges Gobet

Une autre photo qui fait chaud au cœur, signée du photographe Georges Gobet. Un éboueur contemple un mur qu'il a baptisé le "mur des mille mercis" : un mur littéralement tapissé de messages d'encouragement et de remerciement collectés auprès des habitants de la commune d'Eysines, à côté de Bordeaux.

Frontière franco-allemande : la pêche à la baguette

Une canne à pêche pour récupérer ses baguettes, il fallait y penser.
Une canne à pêche pour récupérer ses baguettes, il fallait y penser. © AFP / Jean-Christophe Verhaegen

Le cliché, saisi à Carling dans l'est de la France, est presque surréaliste. On y voit un homme dénommé Hartmut Fey, citoyen allemand habitant Lauterbach - non loin de la frontière française - venir acheter ses baguettes de pain. Frontière fermée et distance de sécurité obligent, il utilise... une canne à pêche pour récupérer sa commande. Et éviter une amende de 250 euros, ça ferait un peu cher la baguette.

"La première fois, il avait traversé la frontière", se souvient, un peu amusé, Jean-Christophe Verhaegen, l'auteur du cliché, joint par France Inter : "À son retour, la police allemande était là et l'a rabroué. Il s'est dit 'aïe aïe aïe, ça ne va pas aller !' Alors pour ne pas avoir à franchir la frontière, il a eu l'idée de la canne à pêche." Hartmut, l'amateur de baguettes, connaissait bien la boulangère, explique le photographe : "Sa boulangerie est à 50 m à peine de la frontière, il lui a passé un petit coup de fil et elle est venue."

Changement d'ambiance drastique pour Jean-Christophe Verhaegen, qui les jours précédents avait photographié des évacuations sanitaires, par hélicoptère notamment. "Je me retrouvais à faire un truc assez décalé. Il faisait super beau, l'homme était très sympathique. Ça fait du bien de voir de petites choses comme ça : ça sort un peu du morbide du quotidien."

Carnaval à la fenêtre

Quand le Jour des morts mexicain s'invite à une fenêtre marseillaise.
Quand le Jour des morts mexicain s'invite à une fenêtre marseillaise. © AFP / Patxi Beltzaiz

Ambiance morose dans le quartier de la Plaine à Marseille, où le carnaval local a été annulé à cause de l'épidémie. Quand, soudain, une femme, grimée comme lors du Jour des morts au Mexique, passe sa tête par la fenêtre. "

C'est une copine que je connais depuis longtemps, avec qui on a décidé de se déguiser quand même", indique à France Inter Patxi Beltzaiz, le photographe, qui rentrait du Mexique avec de quoi s'accoutrer pour faire la fête : "C’est un moment de convivialité qu’on avait envie de célébrer malgré tout." Anecdote : Patxi Beltzaiz avait lui enfilé un masque de catch mexicain, la lucha libre. Mais ça, à défaut de photo, vous devrez l'imaginer...

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