Face au coronavirus, ces mesures sont drastiques et laissent imaginer ce que pourrait être le passage au stade 3. Dans le Haut-Rhin et l'Oise, les établissements scolaires resterons fermés pour 15 jours et les rassemblements de plus de 50 personnes interdits pour limiter la propagation du Covid-19.

Des parents se renseignant sur la fermeture des établissements scolaires devant une école de Mulhouse.
Des parents se renseignant sur la fermeture des établissements scolaires devant une école de Mulhouse. © AFP / Sébastien Bozon

Comme dans l'Oise, les crèches, écoles, collèges et lycée du Haut-Rhin resteront fermés pour les 15 prochains jours. Le virus "circule avec beaucoup d'intensité" a rappelé le premier ministre Édouard Philippe vendredi soir en annonçant ces mesures. Il a également expliqué que, dans ces deux départements, les rassemblements de plus de 50 personnes étaient désormais interdits, "sauf ceux essentiels à la vie sociale et démocratique". Avec respectivement 97 et 136 cas, les régions Hauts-de-France et Grand Est sont les plus touchées par le Covid-19. Le point sur la situation avec Christophe Lannelogue, directeur général de l’Agence Régionale de Santé dans le Grand Est.

FRANCE INTER : Pourquoi avoir finalement décidé de fermer les établissements scolaires ?

CHRISTOPHE LANNELOGUE : "Le premier ministre a décidé la fermeture des établissements scolaires au vu d'une situation qui est très évolutive et face à laquelle il est nécessaire de s'adapter en permanence. Nous avions prévu une fermeture sélective, à partir des cas des cas confirmés. C'est-à-dire que nous repérions des cas confirmés et dans le champ géographique, en fermant les établissements, essayions de limiter très fortement la propagation du virus. Mais dans tous les cas, cela passe par la fermeture des écoles car, par définition, les enfants sont les moins malades mais les plus porteurs du virus. Ils sont en contact tout le temps et avec beaucoup de gens ; les adultes, les grands-parents. "

Jean-Michel Blanquer, le ministre de l'Education nationale avait pourtant dit qu'on ne ferait pas comme en Italie. Pourquoi ce changement ?

"Je pense que dans le Haut-Rhin et dans l'Oise, on est dans une situation où le virus se propage rapidement. Il faut des mesures fortes pour enrayer cette propagation. Ça représente plusieurs dizaines de milliers d'enfants. La propagation du virus se fait par des contacts et les mesures de précaution individuelles sont nécessaires, indispensables. C'est peut être ces mesures là qui sont le point de départ du recul de l'épidémie, mais elles doivent s'inscrire dans un contexte collectif et donc c'est très complémentaire et, de mon point de vue, très efficace d'interdire les rassemblements, de fermer les écoles, de limiter tous les contacts avec les personnes fragiles. Par exemple, de limiter les visites dans les EPHAD, dans les hôpitaux, notamment pour les enfants. Donc, c'est une manière d'amplifier les efforts que chacun d'entre nous doit faire. "

La prise en charge, elle, doit désormais se faire selon quelles priorités ? 

"Il y a deux priorités : bloquer la propagation du virus avec les mesures dont on vient de parler et la prise en charge des malades. Le Covid-19 est une maladie qui, pour 80 à 85 % des gens est sans gravité et qui, pour 10 à 15 % des gens, peut être beaucoup plus grave. Notre priorité aujourd'hui dans le Haut-Rhin, c'est d'identifier les malades en différenciant ceux qui n'ont pas de symptômes de gravité et qu'on va confiner à domicile en leur disant 'Signalez-nous quand ça se dégrade' et ceux qui ont des symptômes graves en matière respiratoire, à qui on va dire 'On vous hospitalise'."

Mais cela demande aussi une organisation différente des SAMU, par exemple... 

"C'est effectivement la question cruciale. Parce que ce sont les 'Centres 15' qui vont faire ce tri. Nous ne pouvons pas faire autrement que de dire aux personnes d'appeler le Samu quand il y a des symptômes et c'est au Samu de décider si le symptôme vaut confinement à domicile ou s'il vaut une prise en charge hospitalière. À Mulhouse, le Samu est dans une situation qui est extrêmement difficile. 

"On a eu 1400 appels mercredi"

Ce sont des appels compliqués à gérer, avec beaucoup d'inquiétudes. Ce sont aussi des critères de diagnostic médical très précis, mais qui imposent une discussion, un échange. On a une plate forme de délestage à Strasbourg, avec des étudiants en médecine. On a un numéro vert national, mais qui renvoie sur une équipe dédiée à Mulhouse. Et surtout, on va augmenter fortement les effectifs aujourd'hui, avec des médecins libéraux, la réserve nationale. On va envoyer les personnels de l'Agence régionale de santé lundi, donc on va monter progressivement en régime. Mais je ne vous cache pas que c'est une situation qui est incroyablement difficile. "

Vous improvisez tous les jours ?

"Il faut s'adapter. Mais à la différence de beaucoup d'observateurs, je ne suis pas inquiet sur la capacité hospitalière. On est dans une région avec des hôpitaux très fort, très bien équipés, avec des personnels très compétents. On a organisé un mécanisme de solidarité pour l'hôpital de Mulhouse de façon à ce qu'il puisse faire prendre en charge des patients à Strasbourg, à Colmar, Haguenau, etc. On suit très précisément les capacités hospitalières d'accueil et la saturation de ses capacités. Et on a une politique de maintien à domicile, de confinement à domicile, mais surtout une politique aussi de retour à domicile après hospitalisation. "

S'il y a un stade 3, cela ressemblerait à quoi par rapport à ce qui existe déjà ?  

"Je crois qu'il n'y a pas forcément de distinctions aussi marquées qu'on veut le croire. Ce qui est important, c'est que progressivement, vous faites face à une épidémie massive. Et progressivement, vous engagez davantage les médecins de ville, les infirmiers, les pharmaciens parce que progressivement, vous avez à prendre en charge des gens à domicile et vous avez assuré le retour le plus rapide possible après une hospitalisation." 

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