"Pour observer un effet, 60 % des gens doivent l'utiliser", a estimé le ministre belge Philippe de Backer. Or, selon lui, trop peu de citoyens sont susceptibles d'installer une application de traçage numérique pour accompagner le déconfinement.

La Belgique écarte pour l'instant l'éventualité de mettre en place une application de tracing, comme c'est le cas par exemple en Australie (notre photo).
La Belgique écarte pour l'instant l'éventualité de mettre en place une application de tracing, comme c'est le cas par exemple en Australie (notre photo). © Maxppp /

"Il n'y a pas besoin d'une application pour la recherche de contacts." C'est ainsi que le ministre belge Philippe de Backer a tranché le sujet d'une application de traçage numérique pour la sortie du confinement. Celui qui est chargé de l'Agenda numérique et, depuis fin mars, responsable de la "task force" en charge de la recherche des matériaux (masques, gel hydroalcoolique, tests ou respirateurs) pour la lutte contre le Covid-19 a estimé sur la chaîne flamande VRT Nieuws que cette recherche "peut être effectuée manuellement" et qu'elle "existe depuis des années". 

Trop peu d'utilisateurs potentiels

"Nous devons mener une enquête sur les contacts. À partir du moment où un patient est testé positif, nous devons regarder avec qui il a été en contact. Ça s'appelle une enquête de contacts, ça existe depuis des années dans les enquêtes épidémiologiques et ça se produit régulièrement. C'est de ce système-là dont nous allons avoir besoin pour arrêter aussi vite que possible l'extension du virus", détaille-t-il.  

Selon Philippe de Backer, le principal problème est celui de l'adhésion à un tel dispositif, censé simplifier l'identification des contaminations de personnes au Covid-19. "Il n’y a pas besoin d’une application pour la recherche de contacts, elle peut-être effectuée manuellement et elle existe depuis des années", poursuit-il. 

"Pour observer un effet, 60 % des gens doivent utiliser une telle application", souligne-t-il, avançant l'exemple autrichien. Or, en Autriche, malgré la publicité faite autour de l'application créé par la Croix rouge, "seulement 3 ou 4 % des gens l'utilisent". "Une application pourrait être utile, mais trop peu de gens l'utiliseraient" pour qu'elle soit vraiment efficace, semble estimer Philippe de Backer. Jusqu'alors, la Belgique avait en plus opté, comme la France l'envisage, pour une application à télécharger sur la base du volontariat

Toutefois, le ministre ne ferme pas la porte à un dispositif de traçage via une application, mais dans un futur plus lointain : "Nous allons nous concentrer sur une cartographie de la manière dont le virus se répond, nous allons voir comment nous pouvons développer cette application et s'il s'avère que nous pouvons l'utiliser, nous l'utiliserons."

D'ici là, la Belgique a déjà annoncé qu'elle recrutait 2 000 enquêteurs pour identifier les citoyens potentiellement contaminés, selon Le Soir. Dans une lettre ouverte envoyée au gouvernement, une centaine d’universitaires belges avaient émis des réticences, comme plusieurs partis politiques, et demandé la tenue urgente d’un débat public sur une éventuelle application de traçage numérique, rapporte encore le quotidien belge.

Le débat fait (aussi) rage en France

Cette prise de décision de notre voisin belge s'inscrit dans un contexte tendu autour du développement de l'application "StopCovid" en France. Le Premier ministre a exprimé son souhait qu'un débat parlementaire sur le traçage numérique soit organisé. Il aura lieu le 28 avril à l'Assemblée nationale. 

Dans la lutte contre le coronavirus, le gouvernement français travaille sur une application mobile de traçage numérique qui doit permettre d'"identifier les chaînes de transmission" sur "la base du volontariat" et ainsi retracer grâce à la technologie Bluetooth les déplacements des personnes malades du Covid-19, afin d'accompagner le déconfinement. Mais son développement est semé d’embûches : retrait de certains partenaires suisses ou allemands, tensions avec Apple sur l'usage du Bluetooth, initiatives individuelles (comme celle de Stéphane Richard, PDG d'Orange) ou réticences de certains spécialistes sur la confidentialité.  

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