Jean-Claude Villemain, le maire de Creil dans l'Oise, l'un des premiers foyers de l'épidémie en France, demande la levée du secret-défense et une enquête parlementaire pour connaître le patient zéro.

La ville de Creil, dans l'Oise. Le département a été le premier foyer de coronavirus en France.
La ville de Creil, dans l'Oise. Le département a été le premier foyer de coronavirus en France. © AFP / Y. Castanier

Qui est le patient zéro de l'épidémie de coronavirus en France ? Pour y voir plus clair, le maire de Creil dans l'Oise demande une enquête parlementaire. Concrètement, il souhaite que députés et sénateurs étudient les investigations que le service de santé des armées a menées sur le personnel du site militaire de Creil : la base aérienne 110, ultra-sécurisée, qui pourrait avoir abrité le fameux patient zéro.

Dans une enquête publiée sur Le Monde, les journalistes Ariane Chemin et Raphaëlle Bacqué, qui ont pu consulter l'enquête épidémiologique sur la chaîne de contamination dans l'Oise, reviennent en longueur sur cette traque minutieuse du patient zéro, qui ressemble à s'y méprendre à un polar. Le patient zéro était-il un militaire ? Aucune certitude, dit le quotidien. Mais ce qui est sûr, c'est que 18 militaires basés à Creil, qui faisaient pourtant partie du premier vol de rapatriés de Wuhan (le berceau de l'épidémie en Chine), même si suivis, n’ont été ni testés ni strictement confinés.

En outre, "les proches des agents ayant effectué cette mission n’ont pas été soumis aux mêmes suivis", indique le ministère de la Défense au Monde : "En clair, explique le quotidien, les conjoints et les enfants des membres d’équipage ont, selon toute vraisemblance, continué à fréquenter leur bureau, leurs amis, leurs écoles. Lesquels ? Secret-défense." À l'époque, note le journal, "tout le monde écarte encore trop vite le cas des porteurs asymptomatiques."

La "quatorzaine" théorique des dix-huit militaires s’achève mi-février sans que personne ne soit infecté, poursuit le Monde. Et au même moment, deux habitants de l’Oise tombent malades du Covid-19.

Le maire de Creil veut "la vérité"

D'où la demande aujourd'hui d'une enquête parlementaire par le maire de Creil, Jean-Claude Villemain, "pas pour faire (de l'armée) un bouc émissaire", explique-t-il à France Inter. Selon lui, l'armée dit "la vérité" sur l'équipage de l'escadron qui a ramené les personnes rapatriées de Wuhan, mais "pas toute la vérité sur les agents militaires qui sont sur cette base et qui vont et qui viennent". Et puis y a d'autres unités sur sa commune, dont un centre de la DRM, la Direction du renseignement militaire : "des gens qui vont et viennent sans laisser de trace." 

Pour en savoir plus, et connaître ce patient zéro, il faut donc maintenant "une enquête parlementaire, et il ne faut pas que le gouvernement classe les documents secret défense", estime Jean-Claude Villemain : "On doit la vérité aux Français, le gouvernement doit la vérité aux Français. Dans un moment de crise, on ne peut véritablement rassurer les populations que si on agit en toute transparence."

Le maire de Compiègne demande lui aussi que l'on s'intéresse aux conclusions de l'enquête du service de santé des armées. Sachant que le premier cas admis au centre hospitalier de Compiègne date du 25 février et qu'il s'agissait d'un civil d'une cinquantaine d'années, employé sur la base militaire de Creil. Très sportif, pratiquant la plongée, ce dernier est toujours hospitalisé. 

Interrogé à ce sujet par Bruno Duvic sur France Inter, le docteur Luc Perino,  auteur du livre Le patient zéro, estime que ça ne "sert à rien", à titre sanitaire, d'identifier précisément le premier malade de Creil, car la France est un foyer secondaire de la pandémie.

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