Les hôpitaux sont en première ligne face à l'épidémie de Covid-19. Parmi les risques pointés par ces établissements : la pénurie de matériel pour soigner les malades. À Lille, le CHU cherche donc des solutions innovantes pour y remédier, notamment au cas où les accessoires des fameux respirateurs venaient à manquer.

Le CHU de Lille regroupe une douzaine d’hôpitaux dans les Hauts-de-France
Le CHU de Lille regroupe une douzaine d’hôpitaux dans les Hauts-de-France © AFP / DENIS CHARLET

Ils se préparent à la vague Covid-19. Dans les Hauts-de-France, le CHU de Lille, mais aussi les universités et les grandes écoles ont mis en place une cellule d’innovations technologiques. Le but est de réfléchir à la façon de fabriquer ou de réutiliser certaines fournitures à usage unique en salle de réanimation si elles venaient à manquer. 

En pleine crise, la demande mondiale explose, notamment pour les accessoires indispensables aux respirateurs de réanimation. Ces machines sont cruciales dans la prise en charge des malades les plus graves, explique Frédéric Boiron, le directeur du CHU de Lille, regroupant une douzaine d’hôpitaux de la région : "C’est particulièrement le cas pour les 'tubulures' des respirateurs en réanimation. Ces tubes en plastique souple sont changés régulièrement. Or, aujourd’hui, sur le marché mondial, ces tubulures sont en situation de tension. Nous essayons de voir si nous pouvons les fabriquer au niveau local ou bien les retraiter, pour les réutiliser."

Désinfecter et réutiliser du matériel plutôt que de le jeter 

Quitte à modifier certains protocoles d’utilisation de matériel sensible. En temps normal, cela serait inenvisageable mais en tant de crise, il faut se préparer à cette éventualité estime le chef de la pharmacie du CHU de Lille, le professeur Pascal Odou. 

"Nous sommes en train de regarder pour effectivement changer les protocoles de nettoyage, de séchage et pour pouvoir éventuellement les réutiliser."

Pour l’instant, la direction du centre hospitalier se veut rassurante. Mardi 24 mars, elle affirmait encore qu'il n'y avait, pour l'heure, pas de pénurie de matériel médical indispensable à la prise en charge des malades du Covid-19. "Nous n’avons aucun médicament ou dispositif en rupture même si certains produits sont en tension. On arrive toujours à approvisionner tous les services avec tous les types de médicaments et dispositifs, y compris les masques. On se prépare pour anticiper une hausse de la demande en temps et en heure", explique Pascal Odou.

Le "Garrigou", masque en tissu "made in CHU de Lille"

Pour éviter de vider les stocks de masques jetables, les précieux FFP2 réservés aux soins sur des patients atteints du Covid-19, le centre hospitalier a développé une alternative : le "Garrigou". Un masque de protection en tissu mis au point avec l’entreprise de textile du Nord, "Lemahieu", dans une démarche d’économie solidaire. "Ce masque est distribué aux personnels hospitaliers qui souhaitent le porter en dehors des soins, il les protège des projections (des postillons). Il a été testé et lavé et il est efficace" assure Pascal Odou, l’un des concepteurs. 

Le CHU a conçu, avec de nombreux partenaires, un masque tissu, développé et testé en laboratoire.
Le CHU a conçu, avec de nombreux partenaires, un masque tissu, développé et testé en laboratoire. / Direction de la communication – CHU de Lille

La fabrication de ce masque en tissu lavable et réutilisable permet ainsi de rationner et de réserver les masques techniques (FFP2) aux situations à risque, "les soins et actes intrusifs".

 Ce masque est compatible avec les exigences d’un masque chirurgical.
Ce masque est compatible avec les exigences d’un masque chirurgical. / Direction de la communication – CHU de Lille

2 000 litres de gel hydroalcoolique fabriqués par jour

Le CHU de Lille s’est également lancé dans la fabrication quasi-industrielle d’un autre produit en rupture de stock : le gel hydroalcoolique. Grâce à un élan de solidarité il en produit 2 000 litres par jour. 

Les Brasseurs du Nord ont prêté main forte pour la mise en flacon automatique et une vingtaine d’étudiants en pharmacie travaillent bénévolement depuis deux semaines, week-end compris, à la fabrication de cette solution. Désormais, le CHU de Lille en produit suffisamment pour dépanner les services de pompiers et certains Ephad de la région en plus de ses propres hôpitaux.

Pour le directeur du CHU de Lille, Frédéric Boiron, la mise en place de ce système D est une fierté : "C’est le service public hospitalier qui, avec l’appui de bénévoles et d’industriels, permet de se substituer en partie à des pénuries. Il répond à un besoin de premier niveau pour le fonctionnement du système de santé. Donc bravo et merci le service public", conclut-il. 

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