Dans l'éventualité où tous les malades du coronavirus ne pourraient pas tous être traités, le ministère de la Santé a saisi le Comité consultatif national d'éthique qui, dans son rapport rendu vendredi soir, a recommandé la mise en place de "cellules éthiques de soutien" pour les médecins.

L'entrée du centre d'appel du Samu de l'hôpital Necker à Paris.
L'entrée du centre d'appel du Samu de l'hôpital Necker à Paris. © AFP / Ludovic Marin

Sollicité par le ministre de la Santé, le Comité consultatif national d'éthique a recommandé la mise en place de "cellules éthiques de soutien" dans les hôpitaux, pour aider les médecins obligés de choisir quels patients soigner en priorité si les services de réanimation étaient débordés par l'épidémie de coronavirus. Ces cellules fourniraient "une aide pour les décisions médicales extrêmement difficiles que pourraient être amenées à prendre certaines équipes", a expliqué le président du CCNE, Jean-François Delfraissy, qui a rendu vendredi un rapport demandé par le gouvernement.  

L'avis d'une telle cellule permettrait d'"éclairer" une équipe "en désarroi, avant de prendre une décision", a commenté le professeur Delfraissy.  "Les ressources telles que les lits de réanimation et leur équipement lourd sont déjà des ressources rares qui risquent de s'avérer insuffisantes si le nombre de formes graves est élevé", prévient le CCNE dans son rapport.

"La nécessité d'un 'tri' pose un questionnement éthique majeur"

Si les soignants réfutent en général ce terme de "tri", dans ces conditions, les médecins peuvent devoir établir "des priorités, parfois dans de mauvaises conditions et avec des critères toujours contestables", poursuit le CCNE.  "La nécessité d'un 'tri' des patients pose alors un questionnement éthique majeur", ajoute l'organisme consultatif, en ajoutant que cela peut aboutir à traiter différemment les patients infectés par le coronavirus et ceux qui ont d'autres pathologies. 

En Italie, pays gravement touché par l'épidémie, les soignants sont déjà confrontés à de tels choix, en raison d'un trop grand nombre de malades graves par rapport aux équipements disponibles. "Les Italiens sont dans une situation complexe, qui peut nous arriver en France", a mis en garde le Jean-François Delfraissy. "Il faut sortir absolument de l'idée que nous avons un système de soins qui serait meilleur que les Italiens", a-t-il alerté. 

Le gouvernement avait saisi le CCNE pour lui demander son avis sur les "mesures contraignantes" qu'entraîne la lutte contre l'épidémie, notamment les restrictions de rassemblements ou de déplacements. Le comité a aussi demandé la mise en place d'une instance de réflexion, dans laquelle il n'y aurait pas que des scientifiques mais aussi des "membres de la société civile", à l'instar des États généraux de la bioéthique. 

Thèmes associés
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.