Depuis le début de la crise du Covid-19, les armées prêtent main forte avec leurs huit hôpitaux d’instruction militaire en France, qui ont déjà reçu des malades. Le président de la République leur demande désormais de mettre en place un hôpital de campagne en Alsace et de prendre en charge le transfert de patients.

A bord de l’A330 MRTT Phénix médicalisé, mercredi matin sur la base aérienne d’Istres. L’avion a ensuite décollé vers l'aéroport Bâle Mulhouse pour évacuer des patients atteints par le Covid-19.
A bord de l’A330 MRTT Phénix médicalisé, mercredi matin sur la base aérienne d’Istres. L’avion a ensuite décollé vers l'aéroport Bâle Mulhouse pour évacuer des patients atteints par le Covid-19. © Ministère des Armées

C’est une aide sanitaire supplémentaire que va apporter l’armée à la région de France la plus touchée actuellement par le Covid-19. Le Grand-Est compte 1 548 cas, selon les derniers chiffres de l'Agence régionale de santé (ARS), et déjà 45 décès.

Les armées vont donc installer un EMR-SSA (élément militaire de réanimation du Service de santé des armées), une tente médicale de réanimation qui peut accueillir 30 malades sous la surveillance de médecins et d’infirmiers militaires.

On évoque la ville de Mulhouse, principal foyer de contamination, pour accueillir cet hôpital de campagne. C'est dans cette ville que des fidèles qui s'étaient retrouvés pour un grand rassemblement évangélique ont contracté le virus fin février puis sont repartis chez eux, dans la région, dans l'Hexagone ou encore en Guyane.

Une structure très équipée et rapide à monter

La  tente de réanimation, habituellement montée en opération extérieure avec tout son matériel de soins intensifs, ne pèse que 650 kg. Elle peut être acheminée en peu de temps et installée en une trentaine de minutes. Aujourd'hui c'est une mission inédite pour les armées de mettre en place une structure pour 30 personnes. Cela devra donc prendre un peu plus de temps nous précise le médecin principal Antoine du Service de Santé des Armées.

"C'est le régiment médical de la Valbonne, dans l'Ain, qui est responsable du montage de ce genre de structure, explique Jean-Marc Tanguy, spécialiste des questions de défense et grand reporter au magazine Raids. Il a pour mission de soutenir médicalement les militaires en opérations extérieures."

"On le retrouve, précise Jean-Marc Tanguy, dans les structures de santé du service de santé des armées dites "de rôle 2", les équivalents de mini-hôpitaux de campagne. Il peut réaliser des travaux de brancardages ou de pilotages d’ambulance."

Ces structures médicales d'urgence sont déployées sur n'importe quel terrain de guerre pour prodiguer les soins urgents aux soldats blessés en missions.

La nécessité d'une tactique médicale 

Le régiment médical de la Valbonne peut aussi réaliser des évacuations sanitaires. C'est l'autre demande faite par le président de la République. Des hélicoptères des armées ont déjà effectué des rotations, a annoncé le ministre de la Santé Olivier Véran. 9 patients ont été ainsi évacués vers des hôpitaux voisins. "Ce sont des malades jeunes et graves", a précisé le ministre.

En plus des hélicoptères, le dispositif Morphée a été activé. "Il s'agit d'un avion ultra-médicalisé avec assistance respiratoire qui peut évacuer une dizaine de patients intubés et monitorés", précise Jean-Marc Tanguy. Deux appareils peuvent être déployés. 

L’A330 MRTT Phénix médicalisé, mercredi matin sur la base aérienne d’Istres, avant son décollage vers l'aéroport Bâle Mulhouse.
L’A330 MRTT Phénix médicalisé, mercredi matin sur la base aérienne d’Istres, avant son décollage vers l'aéroport Bâle Mulhouse. / Ministère des Armées

Morphée a été développé suite à l’attentat de Karachi en mai 2002, dans lequel 14 personnes ont été tuées, dont 11 employés français de la Direction des constructions navales. À l’époque, la France n’a aucun moyen spécialisé et doit se reposer sur ceux de nos alliés, les Allemands en l'occurrence. 

"Mais attention au personnel", prévient Jean-Marc Tanguy. En effet, après chaque vol, il faut reconditionner l'appareil et changer l'équipage. Or les soldats, comme tout le monde, sont exposés au virus. Il faudra donc établir une tactique médicale pour ne pas épuiser les militaires et avoir une disponibilité opérationnelle efficiente.

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