Début janvier, l'hydroxychloroquine, antipaludique de la famille de la chloroquine - cette molécule qui pourrait potentiellement participer à traiter le Covid-19 - a été classée sur la liste II des substances vénéneuses. Certains internautes assurent que cela revient à l'interdire de fait. C'est faux.

La Nivaquine, à gauche, contient de la chloroquine et le Plaqueril, à droite, continent de l'hydroxychloroquine.
La Nivaquine, à gauche, contient de la chloroquine et le Plaqueril, à droite, continent de l'hydroxychloroquine. © AFP / Gérard Julien

L'information a commencé à circuler vendredi. Selon la capture d'écran d'un arrêté publié au Journal officiel le 15 janvier 2020, signé de la main du directeur général de la Santé, Jérôme Salomon, le ministère de la Santé aurait, dès le début de l'année, sciemment fait obstacle à l'utilisation de la chloroquine comme remède au coronavirus en la classant "vénéneuse". Mais en réalité, cet arrêté est mal compris et particulièrement l'usage du terme "vénéneux". 

Certains posts Facebook qui évoquent cet arrêté de façon erronée ont été commentés et partagés des milliers de fois ces dernières heures d'après l'outil d'analyse CrowdTangle. C'est l'une des fausses informations qui circulent le plus massivement en ce week-end de confinement.

La chloroquine est bien autorisée en France

"Depuis 1949, la chloroquine est sur le marché Français sous le nom de 'Nivaquine'. Pourquoi Buzyn à voulu classer ce médicament en catégorie 'substances vénéneuses' par arrêté en janvier 2020 ?", s'interroge un internaute dans un groupe Facebook de "gilets jaunes", capture d'écran de l'arrêté évoqué plus haut à l'appui. 

Cet arrêté, accessible en ligne sur Légifrance, n'a pas été détourné. Il a bien été signé le 13 janvier et publié deux jours plus tard au Journal officiel. Il place effectivement l'hydroxychloroquine, un dérive de la chloroquine, sur la liste II des substances "vénéneuses". 

Mais cette décision ne date pas d'hier et "n’est en aucun cas liée au coronavirus", précise à France Inter la direction générale de la Santé. Elle se fonde sur une demande de l'Agence nationale de sécurité du médicament de 2018, liée à une requête du laboratoire Sanofi, détaille Check News. Comme le veut la procédure, l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses), a rendu un avis favorable le 12 novembre 2019 pour l'inscription de l'hydroxychloroquine sur cette fameuse liste II. 

"L’hydroxychloroquine peut donner de nombreux effets indésirables graves, notamment des risques de toxicité oculaire, pouvant aller jusqu’à la cécité. L’inscription sur liste II était justifiée afin de limiter son mésusage et réserver son utilisation à une prescription médicale", détaille la Direction générale de la Santé.  

Par ailleurs, l'inscription de médicaments ou molécules sur liste I et II ne signifie pas leur interdiction mais qu'il sont "soumis à prescription médicale et qui ne peuvent ainsi être obtenus que sur présentation d’une ordonnance rédigée par un médecin", indique le site du ministère de la Santé

La présence de principes actifs dangereux pour l'organisme

Le classement sur la liste des substances vénéneuses indique la présence de principes actifs dangereux pour l'organisme, qui peuvent toutefois entrer dans la composition d'un médicament avec un dosage non nocif et une prescription précise sur ordonnance, précisent plusieurs articles du Code de la santé publique (CSP). 

S'agissant de la chloroquine, elle est quant à elle déjà inscrite sur la liste II depuis un arrêté de 1999 "sous forme injectable" ou "sous forme orale". Par précaution, l'ASNM a donc décidé de classer également sa cousine, l’hydroxychloroquine.

La ministre de l'époque, Agnès Buzyn, pointée du doigt dans les dizaines de partages de cet arrêté n'a donc jamais été à l'origine d'une potentielle mise à l'écart de la chloroquine. Le mari de l'ex-ministre avait déjà été pointé du doigt par ailleurs dans une vidéo qui véhiculait des théories complotistes.

Possible remède

Ces dernières semaines, la chloroquine a été présentée comme étant un possible médicament pouvant permettre de lutter contre l'épidémie de maladie à coronavirus. Le principal défenseur de l'usage de cette molécule, utilisée auparavant pour lutter contre le paludisme, est le professeur marseillais Didier Raoult, spécialiste des maladies infectieuses à l'Institut hospitalo-universitaire Méditerannée Infection

Il prône une vague massive de tests, l'isolement des personnes contagieuses et un traitement à base d'hydroxychloroquine pour les malades dont il assure à La Provence connaître tous les dangers. 

Par ailleurs, jeudi, le président américain Donald Trump a vanté le recours à la chloroquine comme possible traitement. Mais nombre d'experts se montrent pour l'heure circonspects en l'absence de données cliniques solides et publiques. 

Des autorisations ont toutefois été données en France par le gouvernement pour mener un essai à travers le pays. "Si demain un traitement démontrait son efficacité", le ministre de la Santé a assuré samedi qu'il "ferait en sorte que les Français puissent en disposer" le plus rapidement possible. 

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