Autorisé en urgence par les États-Unis pour traiter les malades du coronavirus, le remdesivir pourrait notamment permettre d'écourter la durée de rétablissement des patients. Mais ce médicament est loin d'être la solution miracle.

L'Agence américaine du médicament a accordé une autorisation d'utilisation en urgence du Remdesivir, sur la base d'un essai ayant conclu qu'il écourtait le rétablissement des patients.
L'Agence américaine du médicament a accordé une autorisation d'utilisation en urgence du Remdesivir, sur la base d'un essai ayant conclu qu'il écourtait le rétablissement des patients. © AFP / Ulrich Perrey

"Je suis heureux d'annoncer que Gilead a obtenu l'autorisation d'utilisation en urgence pour le remdesivir", s'était satisfait le président américain Donald Trump, le 1er mai. Malgré des résultats contradictoires, ce médicament a été autorisé en urgence aux États-Unis par la Food and Drug Administration (FDA), sur la base d'un essai américain ayant conclu qu'il écourtait de plusieurs jours le rétablissement des patients les plus gravement atteints du Covid-19. Cet antiviral semble empêcher la réplication du virus en pénétrant son génome et en le court-circuitant même si son action demeure "modeste", a précisé Anthony Fauci, le directeur de l'Institut national des maladies infectieuses, qui conseille la Maison Blanche. Mais que sait-on précisément de ce médicament et de son effet sur l'infection au coronavirus ? 

D'où vient la piste du remdesivir ?

Dès 2014, le laboratoire pharmaceutique américain Gilead avait testé ce médicament pendant l'épidémie d'Ebola. Après plusieurs années, les résultats n'avaient pas été significatifs, mais le laboratoire possédait un stock de traitements suffisant pour lancer des essais cliniques (six en tout) avec l'apparition de l'épidémie de coronavirus. 

Par ailleurs, le remdesivir avait montré des effets intéressants lors de tests sur des animaux contre d'autres coronavirus (le Sras et le Mers). 

Comment l'étude américaine a-t-elle été menée ? 

L'étude qui a entrainé cette autorisation en urgence portait sur un millier de patients aux États-Unis et dans d'autres pays. "Il s’agit d’une étude indépendante académique menée selon les standard méthodologiques (randomisée, double aveugle versus placebo)", précise le laboratoire Gilead à France Inter. 

Le médicament a été administré à la fois à des patients qui avaient des symptômes récents et à d'autres qui étaient dans un état sévère.

Que montre-t-elle ?

Les malades qui étaient en détresse respiratoire se sont effectivement remis plus vite avec le remdesivir que ceux traités avec un placebo (31 % plus vite en moyenne) avec une durée médiane de rétablissement passant de 15 à 11 jours.Le taux de mortalité était légèrement plus faible dans le groupe avec remdesivir que dans les deux autres groupes de l'étude, mais pas significativement pertinent. 

Les patients hospitalisés traités par remdesivir ont vu leur temps de rétablissement écourté de quatre jours (en durée médiane), de 15 à 11 jours, selon des résultats rendus publics mercredi par les Instituts de santé américains, qui ont coordonné l'essai. 

"Bien que les résultats soient clairement positifs du point de vue de leur sens statistique, ils sont modestes", a estimé le directeur de l'Institut national des maladies infectieuses (NIAID), Anthony Fauci. 

Pourquoi faut-il rester prudent sur ces résultats ?

Au-delà de la prudence d'Anthony Fauci sur l'étude américaine et de l'absence de la publication des résultats complets, une autre étude, chinoise, n'apporte pas les mêmes conclusions.

Publiée par la revue médicale "The Lancet" le 30 avril, elle avait été menée à Wuhan sur 237 patients et n'avait démontré aucune amélioration, ni en terme d'accélération de guérison ni en terme de décès par rapport à un placebo. Il avait était prévu dans cette étude d'inclure un nombre plus important de patients, mais le confinement dans cette ville a enrayé l'épidémie et donc le nombre de malades.

Dans quel cadre est-il utilisé aux États-Unis ? 

L'autorisation de la FDA permet au remdesivir d'être utilisé par les hôpitaux pour les malades graves du Covid-19 qui ont besoin d'oxygène, par exemple sous respirateurs artificiels, sans avoir besoin de participer à un essai clinique. Il sera distribué en priorité aux hôpitaux des villes les plus touchées par la pandémie aux Etats-Unis. 

"Il est raisonnable de penser que le remdesivir puisse être efficace contre le Covid-19 et que, étant donné qu'il n'existe pas de traitements alternatifs adéquats, approuvés ou disponibles, les avantages connus et potentiels pour traiter ce virus sévère et mortel sont supérieurs aux risques connus et potentiels posés par l'utilisation du médicament", a déclaré la FDA.  

Comment le remdesivir est-il administré aux patients ? 

Le médicament est donné par voie intraveineuse pendant dix jours, mais l'autorisation d'urgence couvre un traitement en cinq jours, car une étude de Gilead a montré que l'effet était similaire. 

La FDA reste prudence car avec l'hydroxychloroquine, un médicament contre le paludisme plébiscité par l'infectiologue marseillais Didier Raoult, avait aussi été autorisée en urgence le 28 mars, mais depuis, l'administration américaine a publié des mises en garde en raison d'effets secondaires graves sur le coeur.

Y'a-t-il assez de doses ?

Le laboratoire américain Gilead devrait faire don de 1,5 million de doses, de quoi traiter 140 000 patients au moins. "Dès le mois de janvier, avant même de savoir si le remdesivir pourrait être efficace, Gilead a lancé la production de façon massive", précise l'entreprise pharmaceutique à France Inter. 

"Nos chercheurs ont réussi à diviser le temps de production de un an à six mois. Et nous avons développé un réseau de nombreux partenaires dans le monde, notamment en Europe, pour accélérer la production avec l’objectif de disposer de traitements pour 1 million de patients à la fin de l’année." 

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