Un post Facebook complotiste accusant Emmanuel Macron d'avoir monté un plan "machiavélique" grâce au coronavirus pour "casser le code du travail" est attribué de façon abusive à Natacha Polony. Contactée par France Inter, elle ne cache pas sa colère. Le texte a été partagé plusieurs dizaines de milliers de fois.

Ce post Facebook est attribué à l'éditorialiste Natacha Polony alors qu'elle n'en a pas écrit une seule ligne.
Ce post Facebook est attribué à l'éditorialiste Natacha Polony alors qu'elle n'en a pas écrit une seule ligne. © AFP / Guillaume Souvant/Copie d'écran

"Macron sait où il veut aller." Depuis plusieurs heures, une "analyse" de Natacha Polony circule sur Facebook prêtant à la directrice de la rédaction de Marianne et intervenante dans le Grand face à face de France Inter, des propos complotistes qui visent le gouvernement français. Ce texte laisse entendre qu'Emmanuel Macron a élaboré un plan "machiavélique", laissant "pourrir la situation" sur le front du coronavirus pour "faire passer par ordonnance des lois qui ont fini de casser le code du travail". Il ne s'agit pourtant pas d'un éditorial de la journaliste qui dément catégoriquement en être l'autrice, auprès de France Inter : "Tout est aberrant dans ce texte !

Le texte est beaucoup partagé dans des groupes de "gilets jaunes", comme  "💥Gilet Jaune💥", une page qui réunit près de 200 000 followers. Les différents partages (plusieurs dizaines de milliers) permettent de remonter vers des profils d'anonymes dont certains partagent de nombreux contenus relatifs à la crise sanitaire actuelle, notamment au sujet du professeur Raoult et du traitement à la chloroquine qu'il promeut.  

"Réthorique simplificatrice et complotiste"

Sur la forme, l'auteur du post tente donc de lui apporter une dose de légitimité en apposant dès la première ligne le nom de Natacha Polony, journaliste et éditorialiste, connue pour son franc-parler. Il se présente sous la forme d'un statut Facebook, rattaché à une ancienne photo de l'éditorialiste datant de 2014, prise devant un fond Europe 1, alors que la journaliste vient de faire condamner la station de radio pour licenciement abusif. 

Plusieurs versions de cet édito existent. Mais aucun n'affiche de lien vers un vrai article. Et pour cause : ce billet n'a pas été écrit par la journaliste. "Si vous me lisez dans Marianne, vous verrez que ce n'est pas le même style. Je n'ai jamais dit ça", assure Natacha Polony, expliquant qu'elle ne s'exprime désormais par écrit que dans les colonnes de Marianne, l'hebdomadaire dont elle dirige la rédaction : "J'ai cessé d'écrire directement sur ma page Facebook." Sur le fond, "la réthorique est simplificatrice et complotiste", poursuit-elle. 

La publication laisse effectivement entendre qu'Emmanuel Macron aurait "laissé le nombre de cas [de CoVid-19] exploser" pour "justifier la mise en place du confinement" afin de "passer la loi d'urgence sanitaire" et de pouvoir gouverner par ordonnances. "Il fait passer des lois qui ont fini de casser le code du travail.

À l'heure actuelle, et malgré des reproches faits à l'exécutif sur la gestion matérielle de la crise, rien ne permet d'affirmer que le gouvernement aurait laissé volontairement l'épidémie se développer sans agir. Dès la fin du mois de janvier, les premiers cas ont engendré des mesures sanitaires et un suivi détaillé de la situation par la direction générale de la Santé. Néanmoins, il est vrai que le gouvernement a fait voter un ensemble de mesures pour faciliter les marges de manœuvre des entreprises dans le cadre de l'épidémie de coronavirus (temps de travail, durée du travail, congés, etc.). Elles ont toutefois été adoptées en urgence et pour le seul temps de la crise sanitaire. 

"C'est effarant de bêtise"

"Grâce à la stratégie de la peur au confinement, personne n’est à même de réagir et de manifester contre ces décisions infâmes dignes d’un traître et d’un dictateur", poursuit encore le texte. Si le confinement empêche effectivement les manifestations, l'opposition ne se prive pas de rester "vigilante" comme l'a assuré Jean-Luc Mélenchon (France insoumise) sur France Inter dimanche 22 décembre : "On est obligé de dire les choses sinon nous ferions preuve d'un silence que l'on qualifierait de complice."

Il est par ailleurs aisé de comparer les termes employés ("traître", "dictateur") qui ne correspondent en rien aux termes habituellement employés par la journaliste pour qualifier le chef de l'État. "C'est effarant de bêtise. Si vous lisez mes éditos, vous verrez que j'explique qu'Emmanuel Macron fait ce qu'il peut pour gérer cette crise mais que la question centrale est justement celle des moyens et des pouvoirs d'un président", explique encore Natacha Polony.

La directrice de la rédaction de Marianne précise avoir demandé aux équipes numériques de l'hebdo de se saisir de ce post et de le signaler à la plateforme Facebook. Elle raconte que sa signature avait déjà été usurpée lors de la dernière élection présidentielle de 2017, "quelqu'un avait mis mon nom au-dessus d'un texte pro-Fillon" qui s'échangeait par copié-collé en messagerie privée. "Là on ne peut pas lutter", regrette-t-elle. 

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