L'idée de confiner dans des hôtels les malades convalescents ou présentant des formes peu graves du Covid-19 pour éviter qu'elles ne contaminent leurs proches est de plus en plus évoquée en France. Jeudi matin, le groupe Accord a d’ailleurs annoncé avoir plus de 300 hôtels volontaires.

Les hôtels vont-ils rouvrir pour accueillir des malades non-graves du coronavirus ?
Les hôtels vont-ils rouvrir pour accueillir des malades non-graves du coronavirus ? © AFP / Hans Lucas / Laure Boyer

Faudra-t-il bientôt isoler strictement les personnes malades du coronavirus ? C'est en tout cas une mesure réclamée par plusieurs responsables médicaux ou politiques ces derniers jours. Le conseil scientifique qui accompagne le gouvernement dans la prise de décisions face au Covid-19, estimait même, dans son avis du 2 avril, que la stratégie du déconfinement devra s'accompagner notamment "des modalités d’isolement des cas et de leurs contacts adaptées au contexte personnel". 

C'est aussi l'une des mesures évoquée par une récente étude de l'Inserm sur la région Île-de-France, pour permettre de lever le confinement en évitant une deuxième vague d'épidémie. Selon les chercheurs de l'Institut national de la santé et de la recherche médicale, seules une recherche intensive des porteurs du virus, la mise en place de tests et le placement en isolement des personnes contaminées permettront de relâcher un peu les mesures de confinement en vigueur depuis le 17 mars. Mais de quoi parle-t-on exactement ?

Quel est l'objectif de cet isolement ?

Un tel isolement permettrait, d'après l'Académie nationale de médecine, de réduire le risque de transmission au sein d'un même domicile "qui contribuerait à l’entretien de l’épidémie"

Il s'agirait en particulier "d'accueillir des patients atteints de formes simples ou modérées de Covid-19, ou convalescents de cette maladie sortant de l'hôpital, sur la base du volontariat". Et en particulier dans les situations où les caractéristiques du domicile et de l'entourage du patient ne permettent pas un confinement efficace.

Dans un communiqué, l'Académie s'est d'ailleurs dite favorable, en plus des mesures barrières et du confinement déjà en place, "à la mise à disposition" des Agences régionales de santé "d'établissements hôteliers ou autres lieux de résidence assimilés".

En quoi cela consiste exactement ?

Les hôtels, dont certains sont déjà sollicités pour accueillir des soignants ou des personnes sans abri, pourraient donc être la solution à un tel dispositif.  

Pour la plupart fermés et donc vides à cause du confinement, les hôtels offrent en effet la possibilité d'accueillir beaucoup de monde. Isolés, les malades non-graves pourraient éviter de contaminer d'autres personnes et tout particulièrement leur entourage proche. 

Encore faut-il trouver des établissements dont les locaux permettent de respecter les gestes barrière, la distanciation sociale et peuvent être adaptés aux éventuelles demandes médicales. Cela implique aussi par exemple la distribution de repas sans contact, trois fois par jour et la présence de personnel médical et/ou paramédical 24 heures sur 24, comme c'est le cas dans un hôtel mobilisé à Perpignan (Pyrénées-Orientales), détaille 20 minutes

La question de la durée de l'isolement dépend des cas, évidemment, et d'un avis médical. Sur la base du volontariat, on peut néanmoins imaginer que cette présence s'étalerait sur environ deux semaines, tenant compte de la durée moyenne des symptômes. 

Qui réclame la mise en place d'un tel isolement ?

Sans évoquer les contours précis que prendraient l'isolement des patients non graves, Martin Hirsch, directeur général de l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP), a lui évoqué une telle possibilité dans le Parisien ce week-end : "Nous pouvons penser que nous allons entrer dans une nouvelle phase où il sera utile de mobiliser un grand nombre de volontaires. Je veux parler à la fois des conditions du déconfinement, mais aussi des mesures permettant de repérer et d'isoler les porteurs de virus pour casser les chaînes de transmission encore actives."

"Cela fait quand même plusieurs semaines que ce sujet est sur la table", affirmait pour sa part à France Inter l'ancien directeur général de la Santé (2003-2005), William Dab, regrettant qu'une telle mesure n'ait toujours pas été instaurée. "On sait que les hôtels sont vides et on laisse retourner chez eux des gens contagieux, soit qu'ils sortent du cabinet du médecin, soit qu'ils sortent de l'hôpital où ils n'ont plus besoin de soins. Évidemment, retournant chez eux, ils contaminent d'autres gens", estime-t-il. 

"Beaucoup de gens vivent dans de petits appartements. On ne peut pas éviter une contamination. C'est vraisemblablement une des principales sources qui continue d'alimenter le flux des malades. (...) Ce n'est quand même pas compliqué à organiser", expliquait-il à France Inter samedi.  

Enfin la maire de Paris, Anne Hidalgo, a cité (encore plus concrètement) cette possibilité dans son "plan pour le déconfinement" adressé au Premier ministre en fin de semaine dernière, comme l'a révélé Le Monde. L'édile propose la mise en quarantaine des personnes infectées dans des lieux adaptés : "Il s’agit d’appliquer le principe de séparation physique entre les personnes saines, les personnes potentiellement contaminées, en attente de dépistage, et les personnes positives au virus", indique le document transmis à Matignon. 

Anne Hidalgo y explique vouloir "faciliter la mobilisation de sites dédiés et d’hôtels" pour héberger les Parisiens touchés par le virus. Un hébergement à destination de ceux qui, sans avoir besoin d’être hospitalisés, "ne peuvent être confinés chez eux dans des conditions satisfaisantes pour protéger leur entourage d’une contamination". "Le volontariat est toujours la clé et on ne peut pas imaginer que ça repose sur la contrainte", a précisé son adjoint Emmanuel Grégoire. 

Qu'en pense le directeur général de la Santé ?

Interrogé samedi sur le sujet, Jérôme Salomon, directeur général de la Santé, a pour l'instant balayé cette idée avancée par William Dab jugeant que ce n'est à l'heure actuelle "pas un besoin particulier." 

"Personne ne sort avec 40 de fièvre et en toussant de l'hôpital", a-t-il précisé, expliquant ainsi que les personnes qui quittent les établissements hospitaliers ne présentent plus de charge virale. 

Jérôme Salomon a aussi assuré "qu'en ville" les personnes sont de toute façon déjà contagieuses pour leurs proches au moment où elles sont testées ou diagnostiquées comme porteuses du virus et ont donc très certainement déjà contaminé leurs proches, soulignant au passage la complexité pour mettre en place un tel dispositif.  

Un dispositif déjà mis en place dans certains pays... 

En Chine. À Wuhan, épicentre de l'épidémie, stades, écoles et centres de congrès ont été transformés en lieux d’isolement pour les malades présentant des symptômes bénins du coronavirus. Des hôtels ont aussi été réquisitionnés, note Le Monde. Plus question de rester chez soi et de contaminer ses proches. "Parfois, des habitants sont emmenés de force en isolement", souligne encore le journal du soir. 

En Espagne. Face à la saturation du système hospitalier, les hôtels espagnols fermés sur ordre du gouvernement se sont reconvertis. Suivant le modèle chinois, ils reçoivent désormais des "clients" particuliers, atteints du Covid-19 et devant observer une quarantaine après être sortis de l'hôpital. La région de Madrid a été la première à transformer ainsi des hôtels et 704 patients sont actuellement suivis dans onze établissements. À Barcelone, le secteur hôtelier a mis au total 2 500 lits à disposition, explique l'AFP. 

En Italie. La solution est aussi employée en Italie : ceux qui ne peuvent s'isoler à domicile sont envoyés dans des hôtels réquisitionnés, mais aussi dans une partie des 7 000 centres de soins et de convalescence du pays, qui accueillent 300 000 personnes, notamment âgées. Ainsi qu'à New York où l'agence Bloomberg rapporte l'installation de patients dans des hôtels de la ville, épicentre de l'épidémie aux Etats-Unis. 

En Tunisie. L'AFP signale que, depuis le 5 avril, trois hôtels à Monastir (est), Sfax (est) et Médenine (sud) ont été équipés pour héberger systématiquement tous les malades non hospitalisés, avec un suivi médical. Ils abritent 120 personnes actuellement pour 1 500 places disponibles.

...et dans certaines villes de France

À Perpignan. Des hôtels ou sites d’hébergement ont été réquisitionnés pour abriter ces malades en phase de guérison, mais toujours contagieux. Une trentaine de personnes sont passés par un établissement réquisitionné sur ordre de la préfecture, rapporte BFMTV

À Paris. Le 16 avril, le président du groupe hôtelier Accord a annoncé sur France Inter la mise à disposition d'une partie de ses établissements pour accueillir des malades sans symptômes mais contaminants. 

"L’AP-HP a décidé, avec les collectivités territoriales et notamment la mairie de Paris et la Seine Saint-Denis, de lancer trois pilotes sur l’Île-de-France. (...) La seule condition, c’est que mes propriétaires hôteliers soient d’accord. On a déjà aujourd’hui plus de 300 hôtels qui ont dit 'oui' et qui sont volontaires pour aider le monde médical. Ce sera au prix coûtant de la chambre, entre 30 et 50 euros", a sigalé Sébastien Bazin. Il ne sait pas en revanche qui réglera cette note. "Les mesures de sécurité sanitaire seront renforcées avant, pendant et après, puisque ces hôtels sont destinés à rouvrir, donc à accueillir des clients", a-t-il ajouté.

Par ailleurs, le centre national d'entrainement de la Fédération internationale de tennis accueillait déjà des malades non-graves du Covid-19 mais encore contagieux. La structure peut accueillir au total 38 personnes en chambre individuelles. 

La presse quotidienne régionale rapporte aussi des initiatives de ce type en Corse et à Poitiers

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