Le Premier ministre Jean Castex a annoncé jeudi soir la généralisation du couvre-feu avancé à 18h sur tout le territoire. Les écoles restent ouvertes avec un protocole sanitaire renforcé. Dès lundi 700 centres de vaccination seront opérationnels en France.

Jean Castex, lors de sa conférence de presse jeudi 14 janvier.
Jean Castex, lors de sa conférence de presse jeudi 14 janvier. © AFP / Thomas Coex

Comment freiner la progression du virus, comment faire face aux différents variants du coronavirus ? "Le virus continue de circuler activement partout en Europe", a rappelé Jean Castex, jeudi soir, lors de sa désormais traditionnelle conférence de presse sur la lutte contre l'épidémie de Covid-19. Les fêtes de fin d'année n'ont pas été l'occasion "d'une flambée épidémique" et la situation est donc "maitrisée" mais "fragile", a-t-il dit. "Elle reste préoccupante même si elle s'est globalement stabilisée au cours des derniers jours. Nous restons sur un plateau autour de 16.000 contaminations par jour. La pression sur les hôpitaux est stable mais se situe à un niveau élevé."

La circulation des souches variantes, dont celle identifiée comme britannique "reste limitée dans notre pays". Mais "son potentiel de développement ne doit pas être sous estimé". Le Premier ministre estime qu'il faut "tout faire pour qu'elle ne progresse rapidement et ne finisse par devenir la souche dominante comme le Royaume-Uni en fait l'expérience". En conséquence, le gouvernement a annoncé, jeudi soir, que le couvre-feu avancé à 18h serait généralisé à tout le territoire à compter de samedi et pour au moins 15 jours. Il était déjà en vigueur dans 25 départements depuis le 15 décembre dernier.  

Couvre-feu renforcé, tous les commerces fermés à 18h

"Un couvre-feu sera instauré sur l'ensemble du territoire métropolitain à partir de samedi et pour au moins 15 jours", a expliqué Jean Castex. Cette mesure a une efficacité sanitaire dans les départements où elle a déjà a été mise en œuvre, a précisé le Premier ministre.  Le Premier ministre a donné ces précisions:

  • Fermeture à 18h de tous les lieux, commerces ou service recevant du public ;
  • Il y aura des exceptions "liées aux missions de service public" ;
  • Les dérogations, "très limitées, seront les mêmes que celles actuellement applicables pour le couvre-feu à 20h".

Actuellement, aucun département n'a un taux d'incidence à 50 nouveaux cas pour 100.000 habitants. "La situation sanitaire actuelle n'exige pas la mise en place d'un nouveau confinement", a-t-il affirmé, même si cette éventualité n'est pas écartée, en cas de "dégradation épidémique forte"

Entrées en France beaucoup plus strictes

"Les conditions d'entrée sur le territoire seront durcies dès lundi", a annoncé Jean Castex. Il faudra présenter un test négatif pour pouvoir poser le pied sur le territoire Français, en provenance d'un pays hors de l'Union européenne. "Les personnes concernées devront s'isoler pendant 7 jours et faire un deuxième test PCR à l'issue de cette période."

Pour les voyageurs en provenance de l'Union européenne, un cadre de coordination va être élaboré par les ministres en vue du prochain Conseil européen. "La Guyane et les Antilles doivent être protégées du variant qui circule en Amazonie. Le contrôle aux frontières sera renforcé." Des tests seront exigés pour rejoindre les Antilles et la métropole. 

Les écoles restent ouvertes avec un protocole sanitaire renforcé

La France est "le pays qui a maintenu le plus de jours d'école pour ses enfants", a souligné le ministre de l'Education Jean-Michel Blanquer. "Il est essentiel de maintenir les écoles ouvertes, car il y a des conséquences psychologiques, sanitaires et éducatives." Néanmoins : 

  • Le fonctionnement "hybride" va se poursuivre dans les lycées au-delà du 20 janvier, à savoir le partage entre présentiel et distanciel. "Dans le contexte actuel, nous considérons que ce mode hybride est efficace. Notre recommandation est que les élèves de terminale soient le plus possible dans leur établissement" ;
  • Pour les écoles primaires, il n'y aura plus de brassage des élèves dans les cantines, "maillon faible de l'organisation, puisque c'est le moment où l'on enlève le masque". Les élèves d'une même classe mangeront à la même heure, à la même table. Les cours d'EPS seront modifiés dans leur forme et "toutes les pratiques d'intérieur sont suspendues en milieu scolaire et extrascolaire", a expliqué Jean-Michel Blanquer ;
  • Le ministre a confirmé la mise en place d'une nouvelle stratégie de test massive. Elle permettra, "dès le mois de janvier" d'offrir "une possibilité massive de déploiement de tests pour un million d'élèves. (...) Chaque fois qu'il y aura trois cas, une équipe de dépistage pourra venir sur place."

Universités : reprise par demi-groupes des travaux dirigés

Si certains cours avaient repris en présentiel pour les étudiants les plus en difficultés, la reprise "par demi-groupes" des travaux dirigés pour tous les élèves de première année sera effective à partir du 25 janvier

Pour faire face aux difficultés rencontrées par les étudiants, "le nombre de psychologues dans les universités sera doublé au cours de ce semestre", a annoncé la ministre de l'Enseignement supérieur. "Des tests antigéniques seront disponibles dans les universités", a également annoncé la ministre.

Vaccination : 700 centres ouverts dès lundi 

La vaccination est "la priorité des priorités" pour la sortie de crise, a estimé Jean Castex. Au moins 250.000 personnes seront vaccinées à la fin de cette semaine, un million à la fin du mois, prévoit le gouvernement. Concernant l'organisation de la campagne de vaccination : 

  • Plus de 700 centres vont ouvrir dès lundi ;
  • La prise de rendez-vous sera possible à partir de 8h, samedi matin, au numéro 0 800 009 110 et sur sante.fr. Le numéro de téléphone sera opérationnel de 6h du matin à 22h, pour la métropole et les territoires d'outre-mer ;
  • Le jour du rendez-vous, il faudra se munir simplement de sa carte d'identité et de sa carte vitale ;
  • La vaccination sera ouverte, à partir du 18 janvier, aux personnes présentant "une des six pathologies conduisant à un très haut risque de forme grave". Cela représentera "quelques 800.000 personnes", d'après Olivier Véran (personnes traitées pour un cancer, atteintes de trisomie, souffrant d'insuffisance rénale sévère ou ayant subi une transplantation d'organe). Les concernés devront d'abord consulter leur médecin traitant.

En comptant les personnes de plus de 75 ans, ce seront 6,4 millions de Français qui seront donc appelés à se faire vacciner à compter du 18 janvier. 

Aménagements du fonds de solidarité

Le ministre de l'Économie, Bruno Le Maire, a annoncé des aménagements du fonds de solidarité : 

  • Un nouveau formulaire sera disponible dès le 15 janvier ;
  • À partir de décembre 2020, le produit de la vente à emporter et en livraison ne sera pas intégré dans le chiffre d'affaires de référence pour le calcul du montant de l'aide
  • Le délai de remboursement du Prêt garanti par l'État pourra être allongé d'un an supplémentaire (de mars 2021 à mars 2022) pour les entreprises qui le souhaitent, quelle que soit leur taille ;
  • Les fournisseurs du secteur de la restauration et de l'hôtellerie pourront bénéficier d'une aide en pourcentage leur chiffre d'affaires, jusqu'à 20%, dans la limite de 200 000 €, sans restriction de nombre de salariés.  

"Pour les entreprises qui sont totalement fermées comme les salles de sports ou discothèques ou fermées partiellement, l'Etat continuera de prendre en charge à 100 % de la rémunération des salariés tant que les restrictions sanitaires s'appliquent", a encore précisé la ministre du Travail, Elisabeth Borne. "Le coût des mesures économiques est de 4 milliards d'euros par mois pour l'Etat, sans compter le coût de l'activité partielle", a précisé Bruno Le Maire.

Culture : un processus "adaptable" pour éviter un choix "binaire"

"Nous devons sans joie nous résoudre à vivre avec des lieux culturels fermés au public", a regretté la ministre de la Culture, Roselyne Bachelot, rappelant que cette mesure n'était "pas propre à la France". Aucune date de réouverture n'a été évoquée. Pour éviter d'avoir, à l'avenir, à faire un choix "binaire", un modèle "adaptable" est en cours d'élaboration pour les lieux publics de culture, une fois que "nous serons sortis de la crise aigüe"

"Nous prolongerons les dispositifs spécifiques qui ont été mis en place pour la culture qu'ils s'agissent des fonds de sauvegarde ou fonds d'urgence, par exemple", a-t-elle encore précisé avant de citer Pablo Neruda : "Le printemps est inexorable."