Des chercheurs britanniques ont annoncé que ce médicament, de la famille des stéroïdes, réduisait significativement, selon de premiers résultats, la mortalité chez les malades gravement atteints par le coronavirus. L'OMS salue une "percée scientifique".

Le médicament réduirait d'un tiers la mortalité chez les malades les plus gravement atteints.
Le médicament réduirait d'un tiers la mortalité chez les malades les plus gravement atteints. © AFP / Justin Tallis

C'est une annonce qui redonne de l'espoir. Pour la première fois, un médicament pourrait améliorer les chances de survie des patients les plus gravement touchés par le Covid-19, selon des résultats communiqués hier par des chercheurs britanniques. Selon les responsables du vaste essai britannique Recovery, mené sur 10.000 personnes au Royaume-Uni, la dexaméthasone réduirait la mortalité chez les malades les plus gravement atteints. Cinq questions autour ce ce stéroïde prometteur.

Quels sont les résultats ?

D'après les chercheurs britanniques, ce stéroïde réduirait d'un tiers la mortalité chez les malades les plus gravement atteints. "La dexaméthasone réduit les morts d'un tiers chez les patients placés sous ventilation artificielle", ont estimé dans un communiqué les responsables du vaste essai clinique britannique Recovery.  Selon eux, "pour chaque groupe de huit patients placés sous ventilation artificielle, une mort pourrait ainsi être évitée" grâce à ce stéroïde.

Quel usage comptent en faire les Britanniques ?

Le gouvernement britannique a annoncé que ce traitement allait être immédiatement utilisé pour traiter les malades concernés. Dans une vidéo postée sur son compte Twitter, le ministre de la Santé Matt Hancock a précisé que le Royaume-Uni disposait de 200.000 traitements prêts à l'emploi stockés depuis mars.

Quels sont les avantages du traitement ?

La déxaméthasone présente selon plusieurs atouts selon Stéphane Gaudry, médecin intensif réanimateur spécialisé en recherche clinique : "Ce qui est intéressant c’est que c’est un traitement qui est relativement simple d’utilisation et qui n’est pas cher, il ne ne coûte que quelques euros par jour", note-t-il. "Très clairement, si cette étude est confirmée, il est très clair qu’il faudra recommander l’utilisation de ce traitement-là, cette corticothérapie, chez les patients les plus graves atteints de Covid-19."

"Elle n'est pas chère, déjà commercialisée et peut être immédiatement utilisée pour sauver des vies à travers le monde", a aussi commenté l'un des responsables de Recovery, le Pr Peter Horby, de l'université d'Oxford.

L'utilisait-on déjà en France ?

Oui. "En France, on a très rapidement donné très tôt les corticoïdes chez des patients qui avaient le Covid-19 parce que ça diminuait l’inflammation au niveau des poumons", a expliqué ce mercredi sur France Inter Karine Lacombe, cheffe du service des maladies infectieuses de l'hôpital Saint-Antoine. "On sait que c’est un traitement qui marche, on l’a utilisé à grande échelle. Et là, on a des données intéressantes. Ce qu'il faut retenir, c'est qu'ils [les anglais] ont sans traitement 40% de mortalité, chez nous seulement 13%", note aussi Karine Lacombe.

"C'est un médicament très ancien, c'est de la cortisone que beaucoup de patients connaissent", abonde Jean-Daniel Lelièvre, chef du service de maladies infectieuses à l'Hôpital Henri Mondor, interrogé sur franceinfo : "On avait déjà des effets rétrospectifs parce que dans d'autres cas de détresse respiratoire aiguë, on sait que ce médicament peut avoir une efficacité."

Stéphane Gaudry, de son côté, précise que ce traitement est fréquemment utilisé dans les maladies inflammatoires : "Dans certaines méningites notamment, il est recommandé d’utiliser la dexaméthasone pour réduire les séquelles neurologiques dues à la maladie."

Que dit l'Organisation Mondiale de la Santé ? 

L'OMS s'est d'ores et déjà enthousiasmée des résultats, en parlant de "percée scientifique" : "C'est le premier traitement avéré qui réduit la mortalité chez les patients atteints par le Covid-19 sous assistance d'oxygène ou de respirateur", a commenté son directeur général, Tedros Adhanom Ghebreyesus, dans un communiqué. "C'est une bonne nouvelle et je félicite le gouvernement britannique, l'université d'Oxford et les nombreux hôpitaux et patients au Royaume-Uni qui ont contribué à cette percée scientifique qui sauve des vies", a-t-il ajouté. 

L'OMS qui espère, dit-elle, "vivement connaître l'analyse complète des données dans les prochains jours." L'organisation ajoute qu'elle va conduire une "méta-analyse" (autrement dit une analyse croisée de multiples études) de ces recherches dans le but d'actualiser ses directives, pour "refléter comment et quand le médicament devrait être utilisé" contre la maladie.

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