Les premiers travaux de médecins français laissent penser que des molécules contenues dans certains anti-dépresseurs empêcheraient les formes graves de Covid-19.

Cinq molécules ont été repérées dont celle contenue dans le Prozac.
Cinq molécules ont été repérées dont celle contenue dans le Prozac. © Getty

Et si certains antidépresseurs pouvaient réduire le risque de faire une forme grave de Covid-19 ? C'est ce que laissent entendre les travaux d'une équipe de médecins français qui viennent de paraître dans la revue Molecular Psychiatry. Sur la base de plusieurs études et essais, en France et à l'étranger, ils établissent que certaines molécules pourraient empêcher l'aggravation. Prudents, les chercheurs invitent toutefois à ce qu'un essai vienne confirmer cette hypothèse, qui semble a priori solide.

Tout à commencé il y a presque un an, en plein début de crise Covid. Psychiatre en région parisienne, Nicolas Hoertel fait un constat : "Je travaille dans un grand service, avec près de 90 lits d'hospitalisation. Et j'ai été assez étonné de voir qu'il y avait finalement peu de patients présentant des troubles psychiatriques. J'ai tout de suite pensé aux anti-dépresseurs et me suis dit qu'il pouvait y avoir un lien."

Cinq molécules, dont celle du Prozac

Partant de là, il décide, au mois d'avril d'étudier les profils des quelques 7000 patients hospitalisés pour Covid les trois mois qui ont précédé. Il constate ainsi que les patients sous antidépresseurs à leur arrivée à l'hôpital sont assez peu représentés mais, parmi eux, le risque d'intubation et de décès est inférieur quasiment de moitié. Tous les antidépresseurs ne sont pas efficaces, mais cinq molécules très courantes sortent du lot, parmi lesquelles la fluoxétine, plus connue sous le nom de Prozac. 

Par la suite, deux essais aux États-Unis viennent étayer l'hypothèse, et des données précliniques réalisées in vitro confirment le rôle préventif et même curatif que pourraient jouer ces molécules. "Certains traitements anti-dépresseurs pourraient rendre étanches nos cellules à l'infection par le virus, et ce, en quelques heures. Certains traitements, en inhibant une enzyme, pourraient gêner fortement, voire empêcher complètement, le virus d'infecter les cellules", explique Nicolas Hoertel.  

Des données très prometteuses, donc, qu'il faudra confirmer via un essai de grande ampleur : les hôpitaux de Paris devraient bientôt en lancer un sur des centaines de patients. À l'étranger, d'autres essais sont en cours mais il faudra attendre plusieurs mois pour savoir si le traitement tient ses promesses... ou pas.