Les professionnels de la restauration, les bistrotiers et certains élus ne décolèrent pas après l'annonce de la fermeture de leurs établissements dans la métropole d'Aix Marseille. Pour le premier adjoint, le pic est derrière nous. Mais que disent les chiffres du Covid dans la région ?

A l’hôpital de la Timone à Marseille, un tiers des lits de réanimation sont dédiés aux malades de la Covid
A l’hôpital de la Timone à Marseille, un tiers des lits de réanimation sont dédiés aux malades de la Covid © AFP / Christophe Simon

Au vu des derniers indicateurs, le ministre de la Santé a placé les Bouches-du-Rhône en zone d'alerte renforcée, et l'agglomération d'Aix-Marseille, en zone d'alerte maximale. Les bars et restaurants vont donc fermer à Aix et Marseille à partir de samedi. Ce qui a soulevé la colère des élus. Le président de la région PACA, Renaud Muselier, a dénoncé une décision "prise de façon unilatérale", dans laquelle il voit une "punition collective" et un "quasi-reconfinement". La maire de Marseille, Michèle Rubirola, a fait part de sa "colère"

Le premier adjoint Benoît Payan va plus loin en criant, de son côté, à l'injustice. "Les derniers chiffres officiels indiquent que le pic de cette phase de l'épidémie a été atteint dans la semaine du 3 au 9 septembre. Depuis, le taux de positivité ne fait que reculer : il est de 8,2 % ici contre 10 % à Paris."

Au contraire, la médecin Annie Levy-Mozziconacci, généticienne et conseillère municipale PS, estime que "c'est assez désolant pour l'image de notre ville de voir des élus offrir une cacophonie qui sème le doute. Pneumologues, réanimateurs biologistes, généralistes se battent pour endiguer la Covid. L'avenir nous dira qui avait raison, en attendant continuons à nous serrer les coudes."

Alors que disent les chiffres ? Quelle est vraiment la situation  dans les Bouches-du-Rhône, concernant le nombre de cas positifs, celui des hospitalisations et celui des patients en réanimation ?

Des nouveaux cas Covid qui semblent marquer un pallier

Trois critères ont été pris en compte pour placer le département en zone d'alerte maximale. Les zones où le taux d'incidence est supérieur à 250 cas pour 100.000 habitants, où le taux d'incidence chez les 65 ans et plus est supérieur à 100 cas pour 100.000 personnes et où la part des patients atteints du COVID-19 en services de réanimation est supérieure à 30% seront placées en alerte maximale, a indiqué le ministre de la Santé. 

Il est clair qu'entre la fin juillet et la mi-septembre, dans les Bouches-du-Rhône, le nombre de cas positifs quotidiens était exponentiel. Il semble toutefois en baisse depuis le 13 septembre, mais il faut attendre encore pour savoir si cette tendance va se poursuivre. Voici à quoi ressemblent ces chiffres, en faisant la moyenne lissée sur 7 jours (pour éviter les biais liés à un décompte excessif suite au week-end).

Si le nombre de nouveaux cas quotidiens se situe autour de 600, on en déduit que le taux d'incidence pour les Bouches-du-Rhône est de 220,34 nouveaux cas pour 100 000 habitants (le 14 septembre). Un chiffre qui semble lui aussi baisser selon nos calculs. C'est une moyenne départementale : pour la seule agglomération marseillaise, on monte à 250.

Des hospitalisations en hausse importante

C'est le point qui reste inquiétant. Sur la courbe ci-dessous, on voit que les dix derniers jours en particulier ont été chargés, avec plus de 50 hospitalisations en moyenne chaque jour, et un pic à 65 le 22 septembre. Il y a bien une baisse du nombre de cas quotidiens vers le 14 septembre, mais suivie immédiatement d'une hausse importante.

Des admission en réanimation qui augmentent également

Ce sont 113 patients qui sont aujourd'hui en réanimation dans les Bouches-du-Rhône. Si l'on regarde là encore la moyenne lissée sur 7 jours, le 14 septembre, 11 patients étaient entrés en réanimation, contre 9 le 21 septembre. Des chiffres qui restent sensiblement identiques au fil des derniers jours, avec une stabilisation depuis une semaine.

Sur France Bleu Provence, le Professeur Marc Leone, chef du service d'anesthésie et réanimation à l'Hôpital Nord évoquait vendredi dernier une situation qui continue de s'aggraver : "On pensait peut-être qu'il y avait une stabilisation et depuis vendredi le nombre de cas augmente. On est à 105 cas hospitalisés [au 19 septembre] en réanimation dans les Bouches-du-Rhône alors que seulement 300 lits de réanimation sont disponibles." Le professeur s'inquiète de la progression rapide du nombre de personnes touchées qui nécessitent une hospitalisation. Cette fois, on arrive à un point critique, dit-il.

Si le nombre de cas positif semble donc bien être en baisse après un pic mi-septembre, ce qui inquiète le ministère c'est la capacité dans les hôpitaux face à une hausse de cas plus graves. En effet, mécaniquement, la hausse des cas positifs entraînent avec quelques jours de décalage une hausse des hospitalisations et des entrées en réanimation. Reste à savoir si la baisse observée du côté des tests se traduira vite par une baisse du nombre de patients hospitalisés, ou si côté hôpital, on voit justement arriver les effets du pic de cas positifs observé il y a dix jours.

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