Immunité, efficacité sur les plus âgés, effets secondaires, personnes prioritaires : invité de France Inter, l'immunologue Alain Fischer, président du Conseil d’orientation de la stratégie vaccinale anti Covid-19, a répondu aux questions des auditeurs.

Le professeur Alain Fischer, invité de France Inter mercredi 16 décembre 2020.
Le professeur Alain Fischer, invité de France Inter mercredi 16 décembre 2020. © Radio France / France Inter

Optimiste. C'est ainsi qu'Alain Fischer, chargé de conseiller le gouvernement sur la campagne de vaccination contre le COVID-19 en France, se décrit à propos de la stratégie mise en place par l'exécutif, tout en jugeant "absolument légitime" qu'une partie de la population se pose des questions sur les différents sérums qui commencent à être administrés à travers la planète. Estimant qu'il serait "irresponsable" de trop "attendre" pour lancer la campagne de vaccination, l'immunologue et pédiatre a aussi estimé mercredi, invité de France Inter, qu'il ne fallait pas non plus se précipiter et laisser le temps pour que la "balance entre les bénéfices et les risques soit extrêmement favorable".

Quant aux questions des Français, sur le vaccin de Pfizer à ARN messager par exemple, Alain Fischer les trouve tout à fait normales. "Il est absolument légitime de se poser des questions sur un produit nouveau", a-t-il dit, fournissant des explications précises sur le fonctionnement de ce procédé. "La façon d'obtenir au mieux l'adhésion de la population, et d'abord des professionnels de santé eux-mêmes, c'est d'informer de façon transparente et complète en essayant d'être clairs, de tout dire. Il y a des choses que l'on sait. Il y a des choses que l'on ne sait pas encore", a estimé le spécialiste, répondant aux nombreuses questions des auditeurs de France Inter. 

A-t-on besoin de se faire vacciner si l'on a déjà eu la Covid ? 

La réponse d'Alain Fischer : "Il est encore difficile de répondre avec précision. Mais dans l’essai Pfizer, il y avait quelques personnes vaccinées avec des anticorps. Ça n’a créé aucun dommage chez les personnes vaccinées, la sécurité est donc préservée. Et il semblerait que ça booste la réponse anticorps. Ce n'est peut-être pas si mal."

Mes parents ont 86 et 91 ans mais sont autonomes. Quand pourront-ils se faire vacciner ?

La réponse d'Alain Fischer : "Vos parents devront être vaccinés. Ils devraient pouvoir l'être dans la seconde phase, après celle qui devrait se conclure en janvier [et qui donne notamment la priorité aux Ehpad, NDLR]. Donc en février-mars." 

Quelle est l'efficacité du vaccin Pfizer chez les personnes âgées atteintes de comorbidités ?

La réponse d'Alain Fischer : "Les données de l'essai clinique indiquent que l'efficacité est démontrée, avec un nombre d'individus suffisant, jusqu’à l’âge de 75 ans. Les données qui concernent les plus de 75 ans sont en nombre insuffisant. Les données concernant un certain nombre de comorbidités (il n'y avait par exemple pas de sujets immunodéprimés dans l'essai), on n'a pas encore d'informations. Mais par exemple, pour les personnes en surpoids, l’efficacité était identique à celle observée sur des patients sans comorbidité. Donc on peut espérer fonder sur ces données une efficacité chez ces personnes avec comorbidités de ce type."

Le virus a muté en Grande-Bretagne, les vaccins actuels sont-ils toujours efficaces ?

La réponse d'Alain Fischer : "Les Britanniques décrivent en effet un virus dans lequel il y a quelques mutations, liées à la région du virus impliquée dans la fixation sur le récepteur, la zone importante pour l’immunisation. Mais il n’y a pas de données supplémentaires à ma connaissance, ni d’évidence que ce virus soit plus méchant ou virulent que les précédents. Il va être vérifié que la réponse immune persiste et c'est assez probable parce que la réponse immune n'est pas dirigée contre une toute petite séquence, elle est multiple."

Comment rassurer les Français sur les effets secondaires à long terme de ce vaccin ?

La réponse d'Alain Fischer : "D'une manière générale, la façon d’obtenir au mieux l’adhésion, d'abord des professionnels de santé eux-mêmes et de la population c’est d’informer de façon transparente et complète. En essayant d'être clairs, même si c'est pas toujours facile en termes techniques, et de tout dire. Il y a des choses que l’on sait, d’autres que l’on ne sait pas encore parce que le temps n'est pas arrivé, que l'on n'a pas la puissance statistique sur certaines choses. 

Mais il ne faut pas attendre, puisqu’on a suffisamment d’éléments sur l’efficacité et la sécurité qui laissent penser qu’on va obtenir une protection des personnes qui vont se faire vacciner dans les semaines et les mois qui viennent. Attendre serait irresponsable mais cela n'empêche pas qu'en parallèle, on poursuive les études pour améliorer les connaissances et que ces connaissances soient diffusées à la population. J'ajouterais que les quelques complications des vaccins, qui sont en général très rares, surviennent très tôt après la vaccination et pas deux, cinq ou dix ans après. Je peux en tout cas rappeler que le vaccin Pfizer n'est pas 'toxique' car on sait déjà qu'il ne l'est pas. Il peut y avoir quelques effets secondaires rares, mais restons apaisés avec les données disponibles et vérifiables par chacun."

Les asthmatiques semblent moins supporter le vaccin à ARN messager. Des vaccins traditionnels (comme le vaccin chinois) seront-ils à notre disposition pour contourner ce type de difficultés ?  

La réponse d'Alain Fischer : "Je dois d'abord rectifier : l'information dont nous disposons aujourd'hui est que deux personnes 'hyper allergiques', c'est-à-dire qui ont sur elles en permanence une seringue d'adrénaline car elles sont susceptibles de faire des réactions à toute sorte de produits, ont fait une réaction. Mais ce ne sont pas des asthmatiques et cela s'est très bien terminé. Il faut identifier ces personnes, très rares, et rassurer les allergiques habituels ou qui ont de l'asthme et qui ne sont pas a priori concernés."

Si les enfants sont autorisés à ne pas aller à l'école jeudi et vendredi, est-ce parce qu'ils sont des "super contaminateurs" et qu'on ne le dit pas ? 

La réponse d'Alain Fischer : "Rien n'est caché. Les choses ne sont pas formellement établies, ne définissent pas strictement un facteur de risque mais on sait quand même que, globalement, les enfants font des maladies bénignes et contaminent peu." 

Que pensez-vous de faire vacciner les députés et les ministres rapidement, en public et devant les caméras ?

La réponse d'Alain Fischer : "Je crois que le Premier ministre a dit qu'il serait prêt à se faire vacciner tout de suite mais qu'il n'entrait pas dans les priorité immédiates, ce dont je suis sûr. Il attendra son tour, je ferai pareil. Il faut se faire vacciner selon les priorités prévues, qui sont susceptibles de bouger en fonction des vaccins et des résultats. Maintenant, le faire savoir, pourquoi pas."