Les auteurs d'une étude américaine suggèrent que les enfants de moins de 5 ans pourraient être extrêmement contagieux. La charge virale retrouvée dans leur nez était en effet plus élevée que celle des adultes. Des conclusions exagérées estiment le pédiatre Robert Cohen et l'épidémiologiste Arnaud Fontanet.

Des médecins français sont en désaccord avec une étude américaine suggère que les enfants de moins de 5 ans pourraient être extrêmement contagieux
Des médecins français sont en désaccord avec une étude américaine suggère que les enfants de moins de 5 ans pourraient être extrêmement contagieux © Maxppp / Luc Nobout / IP3

Dans cette étude, publiée ce jeudi 31 juillet dans la revue JAMA Pediatrics, les chercheurs de Chicago ont réalisé des tests de dépistage avec prélèvement nasal sur 145 patients dont 46 enfants de moins de cinq ans. Ils ont ainsi relevé que la charge virale du coronavirus chez ces derniers était 10 à 100 fois plus élevée que celle trouvée chez des enfants plus âgés et des adultes. Les auteurs précisent qu'une étude en laboratoire a prouvé que plus il y avait de matériel génétique du virus, également appelé la charge virale, plus ce dernier pouvait devenir contagieux. "Par conséquent, les jeunes enfants peuvent potentiellement être d'importants facteurs de contagion du SARS-CoV-2 dans la population" ont ainsi conclu les chercheurs. 

Des conclusions exagérées estime le professeur Robert Cohen. 

Le pédiatre Robert Cohen, vice président de la Société Française de Pédiatrie, a justement mené au printemps une étude sur 600 enfants franciliens qui montraient que les moins de 15 ans étaient entre 2 à 7 fois moins souvent infectés. Pour lui, ce n'est pas parce que les très jeunes enfants portent une charge virale importante qu'ils sont plus contagieux : "Il y a de très nombreuses études qui ont montré que quand un enfant était contaminé, il arrivait moins facilement à transmettre le virus que des adultes. Probablement parce qu'ils sont plus petits, qu'ils émettent moins de particules et qu'ils les émettent moins haut. "

Même constat pour l'épidémiologiste Arnaud Fontanet lui aussi auteur pour l'Institut Pasteur d'une étude dans les écoles primaires de Crépy-en-Valois, un des premiers foyers épidémiques du coronavirus en France. "Même avec des charges virales identiques ou supérieures, les enfants sont beaucoup plus asymptomatiques. Et donc on se demande s'ils ne sont pas moins contagieux parce que c'est  lorsque vous toussez que vous allez expulser des gouttelettes qui elles peuvent évidemment transmettre le virus."  

Très peu de foyers épidémiques dans les crèches

L'épidémiologiste rappelle par ailleurs qu'il y a eu très peu de cas de foyers épidémiques dans les crèches : "Les enquêtes qui recherchent les anticorps chez les enfants montrent qu'ils sont infectés assez tardivement. Le virus finalement arrive aux enfants par le biais de leur parent qui s'infectent à l'extérieur et amènent le virus dans le domicile familial, plutôt que le virus ce serait d'abord répandu dans les crèches et serait venu dans les maisons via les enfants." À la différence de ce que l'on peut voir avec la grippe.

Alors que l'administration Trump pousse à la réouverture des écoles et des garderies des différents États, les médecins de Chicago, auteurs de cette étude, s'interrogent sur les conséquences que cela pourrait avoir sur la propagation du virus au vu des résultats de leur étude : "Les comportements habituels des jeunes enfants et les endroits clos dans les écoles et les garderies posent la question d'une propagation du SARS-CoV-2 dans cette population à mesure que les mesures sanitaires s'assouplissent".  Arnaud Fontanet estime lui que cette étude ne remet en rien en cause l'ouverture des crèches ni d'ailleurs la garde des petits-enfants par leurs grands parents. L'épidémiologiste recommande tout de même de prendre des précautions les premiers jours si les enfants ont pu être exposé au virus.  

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