Certains articles partagés sur les réseaux sociaux laissent entendre que le nouveau coronavirus serait désormais moins virulent qu'il n'était au moment du pic de l'épidémie après avoir muté. Il n'en est rien. L'erreur vient d'une mauvaise interprétation de plusieurs hypothèses scientifiques.

Particules de nouveau coronavirus.
Particules de nouveau coronavirus. © AFP / KTS / SCIENCE PHOTO LIBRARY

L'infectiologue a été très claire. "L'histoire d'un virus qui serait moins transmissible ou moins grave est une histoire totalement construite, on n'en sait rien pour l'instant", affirme Karine Lacombe, cheffe du service maladies infectieuses à l'hôpital Saint-Antoine à Paris, lundi matin sur France Inter. À l'origine de cette petite musique, plusieurs études dont une publiée dans "Cell", extrêmement relayée ces derniers jours, évoquant une mutation du Sars-CoV-2, le virus à l'origine de la Covid-19. Cette mutation l'aurait rendu "moins agressif" mais "plus contagieux". Certains ont cru y voir un indice expliquant la faiblesse actuelle de l'épidémie ces dernières semaines, ces derniers mois. Or l'étude ne détaille en rien l'état actuel du virus en circulation et n'analyse pas non plus la virulence développée cet été.  

Mais un article des Echos, se basant sur ces études, a été particulièrement partagé depuis quatre jours (des milliers de fois sur Facebook et Twitter), nourrissant parfois le discours anti-masques ou anti-gestes barrières. L'article met donc en avant que le virus est "en train de devenir tout à la fois plus contagieux mais moins dangereux". Sauf que l'étude, comme l'ont décrypté Le Monde (article réservé aux abonnés) ou franceinfo, suggère en réalité que cette mutation - la souche porte le nom D614G - a eu lieu il y a déjà plusieurs mois et appelle surtout à la prudence quant à de potentielles conséquences sur la contagiosité et la sévérité des cas liés à cette forme du virus. 

La mutation n'est pas nouvelle

Car, en effet, il ne s'agit pas d'une mutation récente. Elle est même "majoritaire depuis le mois de mars en France et identifiée en Allemagne", note sur Twitter le médecin breton Yvon Le Flohic, très actif sur le réseau social et courroucé par la diffusion de cette information erronée. 

C'est ce que confirme, après vérification, le magazine Arrêt sur images (article payant) : "La mutation D614G était déjà majoritaire chez les malades en Europe dès le début du mois de mars". Et si la publication date de juillet, les données, elles, remontent au  moins au mois d'avril, comme l'a souligné sur Inter la professeure Karine Lacombe ou comme l'explique ce "thread" de l'immuno-oncologue Eric Billy, lui aussi très actif sur la question. 

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Le mirage de la comparaison

Mais alors, comment expliquer qu'en cette fin août le nombre de personnes positives à la Covid augmente sans que les hospitalisations s'envolent ? Si beaucoup ont très vite voulu voir un lien entre cette étude et la situation actuelle en France, il n'en est rien. 

"La courbe épidémique, si elle est moins violente actuellement, c’est d’abord parce que l’on est en été et que le coronavirus a une base saisonnière - on risque d’ailleurs d’y retourner quand on sera de nouveau en hiver", précise Olivier Bouchaud, chef du service des maladies infectieuses et tropicales à l'hôpital Avicenne de Bobigny (Seine-Saint-Denis), au téléphone de France Inter. "Mais l'autre raison, c'est surtout que le virus atteint les jeunes parce qu'ils se protègent moins et qu’ils sont souvent asymptomatiques."