Y aura-t-il un vaccin contre le coronavirus ? S'il est trouvé, y aura-t-il des personnes prioritaires parmi les Français ? À défaut de vaccin, pourquoi ne pas chercher un traitement au Sars-Cov2 ? Le vaccin peut-il aggraver la maladie ? Trois spécialistes répondent à vos questions.

Plusieurs firmes pharmaceutiques annoncent avoir trouvé un vaccin. Pourtant les spécialistes invités du "Téléphone sonne" au micro de Pierre Weill sont beaucoup plus prudents
Plusieurs firmes pharmaceutiques annoncent avoir trouvé un vaccin. Pourtant les spécialistes invités du "Téléphone sonne" au micro de Pierre Weill sont beaucoup plus prudents © AFP / Paul Hennessy / NurPhoto

Odile Launay est infectiologue, Daniel Floret est le vice-président de la commission technique des vaccinations à la Haute Autorité de Santé et Nathalie Coutinet est économiste. Tous les trois étaient invités au micro de Pierre Weill dans Le Téléphone sonne, retrouvez ici l'essentiel de leurs explications à propos du vaccin contre le covid-19. 

Y aura-t-il un vaccin contre le coronavirus ?

Odile Launay : "Jusqu'à présent, nous n'avons jamais eu de vaccin contre les coronavirus. Pour l'instant, les données qui sont disponibles sont des données qui permettent de montrer que les candidats vaccins permettent d'induire une réponse immunitaire mais nous n'avons pas de démonstration que cette réponse est protectrice chez l'homme". 

"Le but d'un vaccin n'est pas de donner des anticorps" renchérit Daniel Floret, "c'est de protéger contre les maladies. 

Nous n'avons pas la preuve que le vaccin protège. En plus de ça, il n'est pas du tout certain qu'un vaccin puisse casser la pandémie. 

Ce qu'on espère, c'est qu'il permettra au moins d'éviter les formes graves, mais de là à avoir un effet sur la dynamique de la pandémie… Ça n'est pas du tout acquis". 

Les annonces (trop ?) optimistes de ceux qui disent avoir trouvé le vaccin

Il y a là un décalage avec les annonces qui sont répétées par les différents acteurs : l'américaine Moderna, Sanofi aussi, l'allemand CureVac, les Chinois… Quant aux Russes, ils ont annoncé en début de semaine des centaines de milliers de doses de vaccin dès cette année et plusieurs millions de doses dès le début de l'année prochaine. Un autre officiel russe a dit que l'homologation officielle du vaccin devrait être chose faite d'ici dix jours. Nathalie Coutinet résume sobrement : 

"On a différentes annonces de firmes qui sont toutes très optimistes : peut-être cet optimisme doit-il être mesuré".

Elle ajoute :

Nous devons être extrêmement vigilants sur ces vaccins : pour l'instant, nous n'avons pas la preuve de leur efficacité et nous devons tout faire pour avoir aussi la preuve de leur innocuité.

Odile Launay renchérit : "Quand on développe un nouveau vaccin, il est extrêmement important de pouvoir démontrer qu'il va être efficace, mais aussi que son efficacité ne va pas être au prix d'effets indésirables". 

"Normalement, un vaccin met une dizaine d'années à être découvert" rappelle Nathalie Coutinet. "Là, on serait sur 18 à 24 mois. Il y a différentes phases de tests qui doivent être faites, des procédures d'homologation qui sont longues, sérieuses, mais indispensables pour la sécurité des patients. C'est le temps de la recherche".

Des personnes seront-elles prioritaires pour recevoir le vaccin ?

"Oui", estime Daniel Floret : "Si les vaccins arrivent, ils ne vont pas arriver par millions de doses comme ça en un claquement de doigt mais de manière progressive. Donc, il faudra en effet faire des priorités. 

Des priorités ont été déjà été pressenties : les personnes les plus exposées, les personnes les plus à-même de faire des formes graves..."

Les vaccins administrés aux personnes fragiles seront-ils efficaces ?

Les personnes immunodéprimées et les personnes âgées (puisqu'avec l'âge, le système immunitaire perd de sa capacité à répondre) pourront-elles être protégées par un vaccin ? "C'est une question très importante" reconnait Odile Launay, "à la fois pour la sécurité du vaccin dans ces populations, mais aussi pour son efficacité". 

Un vaccin peut-il aggraver la maladie ?

Daniel Floret reconnait que c'est déjà arrivé dans le passé : "Il y a un certain nombre de vaccins, qui bien sûr ont été abandonnés, qui donnaient ce type de phénomène. Il y a eu un vaccin qui a été développé pour prévenir la bronchiolite du nourrisson, qui s'est avéré non seulement ne pas protéger, mais certains enfants qui avaient été vaccinés ont fait des formes aggravées de la maladie. Il y a eu également un vaccin contre la rougeole...  

Ce qui m'inquiète, c'est que lors de la tentative de développement de vaccins contre d'autres coronavirus, le Sars ou le MERS-CoV, une aggravation de la maladie a également été observée avec certains vaccins.

32% des Français disent refuser d'être vaccinés contre le Covid-19 

Un sondage récent révélait que 32 % des personnes interrogées en France refuseraient de se faire vacciner si un vaccin contre le coronavirus voit le jour. Daniel Floret n'est pas surpris : cela correspond plus ou moins aux pourcentages des personnes vaccino-sceptiques en France.

Néanmoins, il nuance : "Il s'agit d'intentions : au moment où les vaccins vont arriver, il y a quand même un certain nombres de choses qui sont susceptibles de modifier ça : 

  1. Tout d'abord, il y a le niveau de la pandémie. C'est clair que si les vaccins arrivent alors que la pandémie est en train de s'éteindre, les gens n'auront pas très envie de se faire vacciner. Par contre, si on se trouve en pleine deuxième vague et qu'il y a mille morts par jour, ça pourrait quand même faire changer l'opinion de l'opinion des gens. 

  2. Ce qui va être extrêmement important, c'est la manière dont le public va concevoir le sérieux avec lequel ces vaccins ont été évalués. 

  3. Et puis, bien sûr, il y aura aussi va intervenir la qualité de la communication. Il faudra qu'il y ait une communication qui soit claire et indépendante - indépendante à la fois du pouvoir politique et de l'industrie pharmaceutique. 

À défaut de vaccin, pourquoi ne pas chercher un traitement au covid-19 ?

C'est Odile Launay qui apporte une réponse : "Il faut savoir que les traitements antiviraux sont des traitements qui restent malgré tout relativement rares. Et comme on n'a pas eu la chance que des traitements déjà disponibles puissent démontrer leur efficacité, bien il faut repartir sur de nouveaux traitements. 

Aucun traitement antiviral ou immuno-modulateur n'a vraiment démontré une efficacité vis-à-vis de ce virus. 

Le seul traitement qui aujourd'hui a montré son efficacité, c'est les corticoïdes dans les situations de personnes qui ont une forme déjà grave avec une dépendance à l'oxygène. 

La question du vaccin est une question très importante, mais les recherches sur un traitement antiviral continuent.

C'est extrêmement difficile : on est beaucoup plus démunis vis-à-vis des infections virales que vis-à-vis des infections avec des bactéries".

Différents vaccins peuvent-ils être trouvés plus ou moins simultanément ?

Nathalie Coutinet : "On peut imaginer effectivement que plusieurs vaccins avec des méthodologies différentes de recherches arrivent dans un temps relativement proche les uns des autres. Dans ce cas-là, on pourra aller à la pharmacie et  choisir son vaccin en fonction du laboratoire

Odile Launay : "Cinq vaccins sont aujourd'hui sont rentrés dans les essais d'efficacité ; on attend déjà d'avoir les résultats. Néanmoins, en même temps que les essais sont conduits, les industriels ont déjà commencé la production de ces vaccins

On n'a jamais vu ça : avant même de savoir si un vaccin va être efficace, tout est mis en place pour être en capacité de les produire et de les distribuer. 

Ce qui est tout à fait possible, c'est qu'on ait une première génération de vaccins qui montrent une efficacité et qu'on ait ensuite des vaccins de deuxième génération. Il faudra ensuite, en fonction des données d'efficacité et de sécurité, qu'on puisse utiliser plutôt l'un ou l'autre des vaccins en fonction des personnes à vacciner. Encore une fois, tout ça est encore vraiment l'inconnu puisque pour l'instant, nous n'avons pas de vaccin". 

La question du prix du vaccin

"Le prix des médicaments", explique Nathalie Coutinet, "quand ils ne sont pas remboursés par les organismes de remboursement (la Sécurité sociale ou des assurances privées), sont libres. Et lorsqu'ils sont admis au remboursement, les prix sont négociés pays par pays entre des représentants - pour la France de la Sécurité sociale, pour faire très simple ; et les laboratoires. 

Les vaccins sont protégés par des brevets. Depuis les accords Adpic de 1994, les brevets sont mondiaux et pour 20 ans donc, le détenteur du brevet fait finalement ce qu'il veut, à la fois en termes d'approvisionnement (il peut décider que tel pays aura ou pas accès aux vaccins) et fixer des prix - y compris des prix différents selon les pays. C'est le cas, par exemple, du laboratoire Gilead, qui a découvert un médicament qui permet de guérir l'hépatite C et qui a des prix différents pour les pays à faibles revenus et les pays du Nord".

Aller plus loin

Retrouvez l'intégralité des échanges en écoutant le Téléphone sonne 

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